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Amos : un département d’oncologie sans oncologue

Façade de l'hôpital d'Amos avec affiche indiquant le nom du centre hospitalier, le centre hospitalier Hotel Dieu d'Amos.

Le département d'oncologie de l'hôpital d'Amos fonctionne sans oncologue depuis août 2018 à la suite de démissions d'oncologues qui y travaillaient.

Photo : Radio-Canada / Émilie Parent-Bouchard

Émilie Parent Bouchard

Depuis l’été 2018, le département d’oncologie d’Amos fonctionne sans oncologue. Bien que les patients atteints de cancer peuvent toujours recevoir leur traitement de chimiothérapie dans leur hôpital désigné, l’adjointe administrative qui travaillait dans ce département a été réaffectée. Depuis, les patients sont accueillis par une affiche.

Papier bleu indiquant aux patients que dû aux xoupures budgétaires, il n'y a plus d'agente administrative, et qu'ils doivent soit attendre l'arrivée du médecin pour leur rendez-vous, soit inscrire leur nom sur une feuille.

Les patients en oncologie à Amos sont accueillis par une affiche quand ils arrivent.

Photo : Radio-Canada / Émilie Parent-Bouchard

En 2017, l’un des deux seuls oncologues de la région, le Dr Maed Osili, claque la porte. Il invoque les dysfonctionnements du département d’oncologie causés par l’accaparement des cas de cancer par les internistes de Rouyn-Noranda, le recours fréquent à des spécialistes de Montréal pour les cas complexes ainsi que la déshumanisation des soins.

Cette démission marque le début de la centralisation de ces services spécialisés à Rouyn-Noranda. Un nouvel oncologue est recruté. Contrairement à son prédécesseur, il sera basé à Rouyn-Noranda après avoir travaillé un temps à Amos. Il s’engage toutefois à effectuer des déplacements pour rencontrer les patients dans les cinq points de services de la région. Quelques mois plus tard, il remet aussi sa démission pour s’installer dans l’Outaouais.

Espérant faire de la place pour la venue d’un nouvel oncologue à Amos, la Dre Liette Boyer remet quant à elle sa démission à l’été 2018 — un peu maladroitement, concède-t-elle. Coup de théâtre, cet oncologue, le Dr Tabchi, s’installe à Rouyn-Noranda. Depuis, aucun oncologue n’est basé à Amos.

La Dre Liette Boyer sourit.

La Dre Liette Boyer aimerait que les oncologues soient capables d'être proches des patients et plus accessibles à ceux-ci.

Photo : Radio-Canada / Émilie Parent-Bouchard

À Amos, on est un pôle important de l’oncologie car nous avons des chirurgiens qui s’occupent du cancer du poumon, du cancer rectal, du cancer de œsophage. On a plusieurs forces aussi en pathologie, en radiologie, etc. À Val-d’Or, ils ont également des forces et à Rouyn aussi — entre autres en urologie. Tout ça fait en sorte que ça doit demeurer au moins à trois pôles. La vision du CISSS-AT est très centralisatrice et pour eux, en autant que la chimiothérapie se donne partout, c’est parfait. Ce n’est pas ma vision. Ma vision, c’était vraiment de rester proche du patient, relate la Dre Boyer

C’est un peu le futur que je vois : trois pôles et s’occuper aussi de nos villes frontières que sont Lebel-sur-Quévillon, Matagami et le Grand Nord. Il y a plein de travail à faire et un oncologue, ce n’est pas une machine à voir les patients, ce n’est pas une machine à prescrire la chimio, c’est un spécialiste qui s’occupe des patients qui ont le cancer.

Dre Liette Boyer, oncologue

L’orthopédiste Robert Adam, qui pratique à Amos depuis 49 ans, abonde dans le même sens. Il ne mâche d’ailleurs par ses mots en ce qui concerne la centralisation des services qui touche, selon lui, d’autres départements.

Depuis la réforme [Barrette], ça s’est détérioré. C’est nous [à Amos] qui avons commencé l’oncologie, on a eu deux oncologues pendant un bout de temps et là, on n’a plus d’oncologue à l’hôpital. On a un problème.

On avait fait une entente entre les hôpitaux où chacun faisait une affaire parce qu’on ne pouvait pas tout faire et on ne voulait pas se combattre pour aller dépouiller l’autre. Mais là, étant donné qu’ils ont fusionné tous les hôpitaux, je pense que Rouyn va essayer de tirer la couverte de plus en plus [...] et ça va être mauvais pour tout le monde.

Dr Robert Adam, orthopédiste
Le Dr Robert Adam à côté d'un écran d'ordinateur où il y a l'image d'une radiographie d'une côte.

L’orthopédiste Robert Adam déplore la centralisation des services à l'hôpital de Rouyn-Noranda.

Photo : Radio-Canada

Autre exemple : il cite les mouvements des autres catégories de personnel occasionnés par la réforme. L’été dernier, on est arrivés après les vacances et un paquet d’infirmières avaient perdu leur poste ou avaient été changées de place. Le monde était heureux avant et ils ne le sont plus, soutient-il. C’est une catastrophe pour nous, les gens d’Amos, la fusion.

Les gens n’ont pas perdu grand-chose, rétorque pour sa part la Dre Annie Léger, directrice des services professionnels au CISSS-AT. Je pense que c’est une fausse idée de croire qu’ils ont perdu quelque chose. Des retraites de docteur, il y en a toujours eu depuis que le monde est monde.

Des services toujours offerts à Amos, plaide le CISSS-AT

Annie Léger maintient d’ailleurs que les services en oncologie sont maintenus à Amos et que des oncologues — dont un médecin de l’Hôpital Sacré-Coeur de Montréal, Dr Tabchi — se rend toujours sur place, comme dans les autres points de services de la région.

Porte d'entrée du département d'oncologie de l'hôpital d'Amos

Le département d'oncologie de l'hôpital d'Amos peine à maintenir les services qu'il offrait aux patients dans les années précédentes.

Photo : Radio-Canada / Émilie Parent-Bouchard

Dre Léger concède que les déplacements de professionnels de la région ont diminué, mais dit ainsi avoir appris des erreurs du passé. Elle parle d’une réorganisation des services, notamment via la formation de médecins de famille pour soutenir les oncologues à distance et superviser les traitements de chimiothérapie.

Que le médecin ait une maison à Preissac, Duparquet, Malartic, ça ne change rien. Ce qui est important, c’est que les patients n’aient pas à se déplacer pour avoir accès à leurs services, plaide-t-elle. À Amos, ils ont toujours un excellent service en oncologie. À La Sarre, oui, ils ont peut-être moins l’accès à un oncologue, mais la façon dont on a organisé les services, il n’y a qu’à la première consultation qu’ils voient l’oncologue à Rouyn-Noranda, et c’est la même chose à Ville-Marie.

Dre Léger ajoute par ailleurs que le CISSS-AT travaille en parallèle sur le recrutement de professionnels pour le futur centre de cancérologie, un dossier qui va bon train selon elle.

N.D.L.R. Certaines informations de ce texte ont été corrigées depuis sa première parution.

Une première version mentionnait que l'adjointe administrative du département d'oncologie avait été remerciée. Or, elle a plutôt été mutée.

Nous avons précisé que l'oncologue qui a remis sa démission pour s'installer en Outaouais s'était d'abord installé à Amos, avant d'aller à Rouyn-Noranda.

Ce n'est pas une équipe de l'hôpital Sacré-Coeur qui se rend à Amos, mais seulement Dr Tabchi.

Abitibi–Témiscamingue

Établissement de santé