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L'usage du glyphosate sur les arbres remis en cause pour ses effets sur les feux de forêt

Image d'une camionnette devant un énorme feu de forêt.

Le feu de forêt de Fort McMurray a ravagé plusieurs quartiers de la ville du nord de l’Alberta.

Photo : Reuters / Mark Blinch

Stéphanie Rousseau

Alors que l’Alberta a connu de nombreux feux de forêt dévastateurs ces dernières années, la pratique de l’industrie forestière de répandre de l’herbicide pour favoriser les résineux, plus combustibles, fait débat.

Chaque année, l'industrie forestière répand du glyphosate sur 30 000 hectares des quelque 90 000 hectares de bois qui sont récoltés par l'industrie forestière en Alberta. L’usage de cet herbicide est cependant de plus en plus contesté dans le monde, pour ses effets présumés sur la santé.

Selon des données du Conseil canadien des ministres des forêts, en Alberta, 32 471 hectares ont été aspergés par hélicoptère et 4428 hectares par voie terrestre en 2016. L'année suivante, 27 529 hectares ont été aspergés du haut des airs et 4355 l’ont été avec des camions.

Du bois d'oeuvre.

Du bois d'oeuvre

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

De toutes les provinces canadiennes, l’Alberta est la deuxième où l’arrosage est le plus répandu. Le Nouveau-Brunswick arrive en tête, avec 41 413 hectares aspergés en 2017. 

En Colombie-Britannique, qui arrive troisième, les superficies traitées au glyphosate ont diminué ces dernières années en raison de la pression du public, soit 18 491 hectares en 2016, la dernière année avec des données disponibles.

Selon le ministère de l’Agriculture et de la Foresterie en Alberta, qui a seulement répondu aux questions par courriel, le glyphosate est de loin l’herbicide le plus utilisé dans la gestion des forêts dans la province.

Le gouvernement dit que ce produit « sert à supprimer de manière efficace les plants qui se font compétition » dans les nouvelles forêts, pour favoriser notamment les espèces résineuses, au détriment des feuillus.

Des aiguilles de conifère.

Des aiguilles de conifère.

Photo : iStock

Pour Daniel Perrakis, chercheur scientifique au Service canadien des forêts, à Victoria, qui s’intéresse au comportement des incendies, éliminer les feuillus n’est pas sans conséquence et tend à favoriser les incendies de cime, les plus puissants et difficiles à combattre de tous les types de feux de végétation. 

Les feux de cime sont les plus intenses au Canada. On ne se sert pas d’avions-citernes et l'on ne met pas les pompiers en première ligne pour les combattre, c’est trop dangereux. L’eau et le retardant ne fonctionnent pas, alors il faut adapter les stratégies, dit-il.

Un feu de cime qui avance et arrive devant des trembles, des peupliers, bref, des feuillus, il va retomber au sol et peut-être continuer comme feu de surface, qui sera moins intense, poursuit le chercheur. 

Daniel Perrakis répond aux questions en entrevue.

Chaque année, l’industrie forestière répand du glyphosate sur environ 30 000 hectares.

Photo : Radio-Canada

En Alberta, il y a eu une saison assez intense. En mai et en juin, il y a eu les grands feux à High Level et près de Slave Lake, au nord. Tous ces feux-là étaient dans les forêts d’épinette, de pins ou de sapins et il y avait beaucoup de jours où c’étaient dans les forêts boréales où les feux de cimes avançaient, ajoute Daniel Perrakis. Il précise que les incendies font partie du phénomène naturel de régénération, mais que les incendies de cimes sont en augmentation.

Les feux de cime ont toujours existé au Canada, mais ce qu’on voit au cours des dernières années, c’est que la superficie augmente. Il y a plein de raisons, entre autres, l’impact des changements climatiques. Et il y a aussi toujours plein des variations d’une année à l’autre, alors c’est difficile de dire qu’un facteur a eu plus d’impact qu’un autre, indique le chercheur. 

Ce à quoi le gouvernement répond : Compte tenu de l’utilisation judicieuse du glyphosate dans les forêts de l’Alberta et de la surveillance des nouvelles données scientifiques, le gouvernement de l’Alberta n’a actuellement aucune préoccupation. Cependant, nous continuerons à revoir régulièrement nos pratiques et nos politiques afin de rester un leader mondial des pratiques de gestion forestière.

L’Association des producteurs forestiers de l’Alberta n’a pas répondu à nos demandes d’entrevue ou à nos questions. 

Alberta

Changements climatiques