•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Produits comestibles au cannabis : des intervenants en toxicomanie sont inquiets

Plusieurs produits comestibles à base de cannabis sont présentés dans la vitrine d'un commerce.

Des produits comestibles au cannabis

Photo : iStock / Gwengoat

Sophie Desautels

L'arrivée des produits comestibles contenant du cannabis sur le marché canadien en décembre inquiète des intervenants qui travaillent en toxicomanie auprès des jeunes. Ils craignent que plus de jeunes soient attirés vers ces produits sucrés et que le nombre de cas de dépendance et d'intoxication augmente.

Luc Desjardins travaille au centre Portage Atlantique au Nouveau-Brunswick depuis 20 ans. Portage est un organisme canadien sans but lucratif, dont l’objectif est d’aider les personnes aux prises avec des problèmes de toxicomanie à vaincre leur dépendance.

Il a vu une transformation des habitudes de consommation chez les jeunes qu'il côtoie au centre dans le cadre de son travail.

Il y a 20 ans, oui, il y avait la cocaïne qui était là, des drogues d'ordonnance. C'est devenu de plus en plus populaire et accessible et ça l'est encore. Il y a 20 ans, tu n'avais pas de jeunes qui venaient en traitement parce qu'ils consommaient seulement du cannabis, affirme Luc Desjardins, notant que plusieurs facteurs contribuent à expliquer les changements d'habitudes de ceux qui consomment.

Le centre Portage vu de l'extérieur.

Portage est un organisme canadien à but non lucratif dont l’objectif est d’aider les personnes aux prises avec des problèmes de toxicomanie à vaincre leur dépendance et à mieux comprendre ce qui les a menées vers celle-ci.

Photo : Radio-Canada

Selon lui, le cannabis contient un grand pourcentage d'agent psychoactif (THC). Les gens banalisent les produits qui en contiennent et les disent inoffensifs, en particulier depuis sa légalisation à des fins récréatives. Or, parmi les centaines de jeunes qui sont accueillis à Portage Atlantique chaque année, 88 % ont affirmé avoir une dépendance au cannabis. 

Les produits comestibles bientôt en vente

Pour les intervenants du centre de désintoxication, l'arrivée de produits comestibles contenant du cannabis tels que des biscuits ou des bonbons est inquiétante.

Ça peut être n'importe quel âge. Ça peut être 8, 12 ou 13 ans. Ils voient un muffin dans le frigidaire ou sur le comptoir et le consomment. Ça peut être dangereux, lance Luc Desjardins, ajoutant qu'il peut être difficile de contrôler la quantité de cannabis quand les consommateurs décident de faire leurs propres recettes.

Mia, qui a révélé dans un reportage publié mercredi l’évolution de sa dépendance aux drogues, est du même avis. Elle a terminé un séjour de six mois au centre de désintoxication Portage Atlantique. Elle dit que c'est très facile de trouver du cannabis, d'en consommer et de dépasser les limites.

Je pense que c'est vraiment facile de prendre un brownie et de le donner à quelqu'un qui commencera à être parano. Un de mes amis, la première fois qu'il a fumé de la marijuana, il a fait un bad trip et il s'est ramassé à l'hôpital. Depuis ce temps, il a un problème de santé mentale. Fait que non, je ne soutiens pas ça.

Pas de produits interdits au Nouveau-Brunswick

Le Québec a décidé d'interdire certains produits comestibles tels que les biscuits et les bonbons, qui sont attirants pour les enfants, par peur d'intoxication involontaire. Le Nouveau-Brunswick n’a pas l’intention d’interdire la vente de produits du cannabis achetés des producteurs autorisés par Santé Canada.

La médecin-hygiéniste en chef du Nouveau-Brunswick, Jennifer Russell, dit que la vente est tout de même bien encadrée par la réglementation fédérale. Il faut que ce soit vendu avec un emballage très neutre qui n'attire pas les enfants. Il y a des limites quant à la quantité de THC, et c'est Cannabis NB qui est la seule agence autorisée à vendre des produits alimentaires. Elle ajoute que des programmes de sensibilisation et une campagne de marketing nommée « C'est moi qui décide » sont en place pour sensibiliser les jeunes aux dangers de la consommation de cannabis.

Un magasin de la société Cannabis NB.

La société de la Couronne est la seule responsable de la vente et de la distribution de cannabis récréatif au Nouveau-Brunswick.

Photo : Radio-Canada / Nicolas Steinbach

Portage Atlantique est d’avis que le gouvernement a la responsabilité d’en faire davantage pour prévenir et traiter la dépendance. On en parle, mais on n’en parle pas assez. Je regarde la télévision, et il va y avoir une publicité, mais c'est très bref. Je pense que beaucoup plus devrait être fait dans les écoles : plus de discussions de groupe et d'implication des jeunes dans la prévention, explique Luc Desjardins.

Depuis le début de la vente légale de cannabis, moins de 5 personnes âgées de 18 ans ou moins ont été hospitalisées au Nouveau-Brunswick en raison d’une intoxication à la marijuana. Un rapport complet sur les indicateurs de consommation de cannabis chez les jeunes et sur ses effets sur la santé devrait être publié en 2020.

Nouveau-Brunswick

Cannabis