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Des radio-oncologues remettent en question l’efficacité du Centre de cancérologie de l'Abitibi-Témiscamingue

Un plan d'architecte montre les plans du futur centre de cancérologie de Rouyn-Noranda.

Les plans du futur centre de cancérologie de Rouyn-Noranda, vu de la 9e rue.

Photo : gracieuseté Trame

Émilie Parent Bouchard

Risque de rupture de services, manque de spécialistes, des radio-oncologues qui traitent actuellement les patients de l’Abitibi-Témiscamingue ont plusieurs réserves quant au nouveau Centre de cancérologie de l’Abitibi-Témiscamingue, qui doit ouvrir à Rouyn-Noranda en 2021. Pourtant, la direction du Centre de santé et de services sociaux de l’Abitibi-Témiscamingue (CISSS-AT) se fait rassurante.

N.D.L.R. Un première version de ce texte mentionnait à plusieurs reprises les « oncologues » de l'Outaouais. Or, il aurait fallu lire, par soucis d'exactitude, les « radio-oncologues ».

Dans un document de neuf pages dont Radio-Canada a obtenu copie, les radio-oncologues de l'Outaouais soutiennent que l'implantation d'un centre de radio-oncologie en région éloignée n'est posée que sous l'aspect de l'équipement, passant sous silence les autres conditions essentielles. Ils déplorent aussi que le projet aille de l’avant avec un seul accélérateur linéaire de particules.

Les oncologues de l’Outaouais répondaient par cette note à un document de l’Institut national d’excellence en santé et services sociaux (INESSS). Les auteurs de cette note ont notamment étudié les centres satellites de Sault-Sainte-Marie et Peterborough pour conclure que ce mode de fonctionnement était acceptable.

Les professionnels de l'Outaouais auraient tout de même souhaité maintenir le corridor de services naturel, disent-ils, établi avec l'Abitibi-Témiscamingue depuis deux décennies en ce qui concerne la radiothérapie. Ils se disaient d’ailleurs prêts peu importe la décision finale prise par le gouvernement du Québec, à collaborer avec les autorités médicales et de santé de l’Abitibi-Témiscamingue et du ministère de la Santé afin d’améliorer l’accueil et les services offerts lors de traitements.

Un seul accélérateur de particules

Les radio-oncologues de l’Outaouais considèrent qu’il existe ainsi un risque de rupture de services en lien avec le démarrage du centre de cancérologie avec un seul accélérateur de particules — une « hérésie » selon notre informateur de l’Outaouais.

Dès 2016, les radio-oncologues de l’Outaouais recommandaient effectivement que deux accélérateurs de particules soient installés et que ces équipements soient compatibles avec ceux de l'Outaouais afin de maintenir le corridor de services existant. Or, c’est plutôt le Centre universitaire de santé McGill qui servira de centre de référence au (CISSS-AT). Et un seul accélérateur de particules sera en service à l’ouverture du centre de cancérologie. Un deuxième accélérateur doit être ajouté à compter de 2026.

Photographie d'un accélérateur linéaire, un appareil utilisé dans le traitement de certains cancers.

À ses débuts, le Centre de cancérologie de l'Abitibi-Témiscamingue n'aura qu'un accélérateur de particules. (archives)

Photo : Radio-Canada

La doyenne des oncologues de la région et fondatrice du département de médecine interne et d’oncologie médicale, Dre Liette Boyer, considère qu’il s’agit d’un non-sens.

Un seul accélérateur va nous rendre dépendants du CUSM, de McGill, estime celle qui a ouvert, dès 1993, la troisième maison de soins palliatifs de la province, la Maison du bouleau blanc. Alors que deux accélérateurs nous permettraient de bâtir notre autonomie et de référer seulement pour les cas de radiothérapie tertiaire [plus complexes].

Ça fait déjà 10 ans, peut-être même 12, qu’on travaille sur le dossier, je pense que ça nous en prend un seul [accélérateur] pour partir parce que maintenant on est jumelés très officiellement avec le CUSM dans lequel on va avoir un accélérateur linéaire en image miroir, martèle pour sa part Dre Annie Léger, directrice des services professionnels et de l’enseignement universitaire du CISSS-AT. Donc, en cas de bris ici, j’envoie tout simplement les patients au CUSM et il n’y aura aucune interruption dans leur traitement. Ok, il va falloir qu’ils aillent à Montréal, mais c’est toujours bien mieux d’avoir peut-être 95% de tes traitements à Rouyn et peut-être juste un ou deux au CUSM.

Dre Léger ajoute que la technologie actuelle est d’une « très grande fiabilité ». Et dès qu’ils ont un bon programme d’entretien, qu’on respecte les règles, on peut s’attendre à ce qu’il n’y ait pas vraiment de bris. [...] On fonce, on va l’avoir notre centre de radiothérapie. En 2021, on espère faire les premiers traitements.

Des pieux plantés à côté de l'hôpital de Rouyn-Noranda.

Les premiers patients du Centre de cancérologie de l'Abitibi-Témiscamingue devraient être reçus en 2021.

Photo : Radio-Canada / Émilie Parent Bouchard

Dotation en spécialistes

Les radio-oncologues de l'Outaouais s'interrogent aussi quant à la dotation en médecins spécialistes du futur centre de cancérologie. Ils considèrent que dans la note publiée par l'INESSS, on s'en remet à la télémédecine [pour] régler la question cruciale du nombre de radio-oncologues nécessaires pour assurer la continuité des soins.

Selon des critères basés sur la population, la région devrait avoir droit à au moins deux ou trois spécialistes, évalue un oncologue de l’Outaouais qui préfère garder l’anonymat, et qui ajoute qu’on fait appel à des oncologues itinérants pour venir à la rescousse de la région quand il y a des tremblements de terre.

Toujours selon les radio-oncologues de l’Outaouais, un nombre suffisant de radio-oncologues sur place est pourtant essentiel pour offrir des services 24 heures sur 24, 365 jours par année. Sur cette question, le CISSS-AT assurait ce printemps que le recrutement, tant pour les oncologues que pour les autres catégories de professionnels, allait bon train.

La recherche de médecins spécialistes demeure un défi quotidien pour la directrice des services professionnels et de l'enseignement universitaire au CISSS-AT, docteure Annie Léger.

La recherche de médecins spécialistes demeure un défi quotidien pour la directrice des services professionnels et de l'enseignement universitaire au CISSS-AT, docteure Annie Léger.

Photo : Radio-Canada / Jocelyn Corbeil

Le recrutement de nos technologues va très, très bien. On a même des jeunes technologues et des technologues d’expérience, plaide la directrice des services professionnels, Dre Annie Léger. On a affiché nos deux postes de radio-oncologues, on a deux résidents qui ont appliqué et on a signé un contrat d’engagement de parrainage avec une radio-oncologue d’expérience qui pourrait être là à l’ouverture. Le centre de cancérologie, c’est un nouveau service tertiaire. On est extrêmement chanceux d’avoir ça dans notre région.

On a même engagé notre physicien aussi. Tout le monde pensait qu’on allait se planter et qu’on ne trouverait pas du monde, mais au contraire, l’Abitibi-Témiscamingue attire encore des professionnels de haut niveau.

Dre Annie Léger, directrice des services professionnels au CISSS-AT

Un challenge professionnel intéressant?

La Dre Boyer, elle, craint cependant que les oncologues recrutés se lassent rapidement. Elle anticipe que le centre de cancérologie de Rouyn-Noranda, tel que conçu, ne se contenterait que d’offrir des services de radiothérapie palliatifs — les soins de fin de vie qui visent à atténuer les souffrances plutôt que de guérir — alors que les cas les plus complexes seraient systématiquement transférés au centre de référence de McGill.

C’est une très mauvaise compréhension de l’entente qu’on a avec le CUSM, rétorque la Dre Léger. Quand on a fait nos plans, on avait un certain pourcentage de cas complexes qu’on croyait qu’on allait envoyer à McGill. Mais, [...] ce qu’ils nous ont expliqué, c’est qu’ils n’ont pas besoin de voir les patients. Ils vont faire les plans de traitement avec nous à distance et on va tout simplement les appliquer.

On va en faire plus qu’on croyait de tous types de traitements et de diagnostics et en plus, on va faire du palliatif. Et on va pouvoir faire les traitements concomitants — c’est-à-dire que le patient reçoit sa chimio et son traitement de radiothérapie la même journée. [...] Notre clientèle va avoir le même service que s’ils étaient allés au CUSM, a ajouté Annie Léger.

Le futur centre de cancérologie, donc la construction a commencé à la mi-août, devrait accueillir ses premiers patients à compter de 2021.

Abitibi–Témiscamingue

Établissement de santé