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Face aux vents de Trans Mountain, les libéraux s’accrochent à leurs sièges albertains

Randy Boisonneault discute avec une citoyenne qui tient un café dans ses mains.

Le député libéral sortant d'Edmonton-Centre, Randy Boissonneault, va tenter de garder son siège, qu'il avait remporté par 1199 voix en 2015.

Photo : Radio-Canada / Richard Marion

Audrey Neveu

Cela a été une surprise de taille en 2015, quand les libéraux fédéraux ont obtenu quatre sièges en Alberta, véritable château fort conservateur au pays. Si l’équipe de Justin Trudeau a perdu un siège à la suite d’une démission, les trois députés sortants s’accrochent fermement à leurs sièges, malgré les vents violents causés par les déboires dans le dossier Trans Mountain.

Le matin est pluvieux et frisquet, mais Randy Boissonneault rayonne de bonne humeur en offrant un café gratuit aux passants de sa circonscription d’Edmonton-Centre. Pour lui, c’est une chance de convaincre les électeurs.

Une dame dans la trentaine traverse la rue et s’arrête pour lui serrer la main. Tout de suite, Randy Boissonneault tente de la séduire, mais elle l’interrompt. Vous prêchez à une convertie!, lance-t-elle avec un grand sourire.

Toutes les conversations ne sont pas aussi simples. Le député franco-albertain essuie plusieurs refus, qu’il prend avec bonne humeur. Il faut dire qu'il est habitué à ce genre d'exercice. Je n’ai pas arrêté de faire du porte-à-porte depuis 2015. J’ai continué l’engagement avec les électeurs, explique Randy Boissonneault.

Il y a quatre ans, il a remporté son siège par 1199 voix, une mince avance, mais bien plus confortable que celle de 92 voix de son collègue d'Edmonton, le ministre sortant des Ressources naturelles, Amarjeet Sohi.

Randy Boisonneault serre la main d'un électeur enthousiaste.

Randy Boissonneault s'amuse à converser avec ses électeurs, notamment dans un espagnol fluide.

Photo : Radio-Canada / Richard Marion

Les libéraux albertains pourraient toutefois souffrir du bilan énergétique de Justin Trudeau. De nombreux Albertains le critiquent, même si le gouvernement libéral a dépensé 4,5 milliards de dollars pour acheter le pipeline Trans Mountain l’an dernier.

Le Franco-Calgarien Peter O’Leary voyait en Justin Trudeau un vent de fraîcheur en 2015, mais il a déchanté depuis. Il estime que l’achat de Trans Mountain était une décision de dernière minute et il comprend les Albertains qui souhaiteraient que le gouvernement fédéral n’ait pas procédé à cet achat.

Ça devient difficile d'accepter [l'achat du pipeline Trans Mountain] en Alberta. On veut vraiment être autonomes.

Peter O'Leary, Franco-Albertain travaillant dans l'industrie pétrolière

Peter O'Leary dresse un parallèle avec la colère qu'ont éprouvée les Albertains lorsque le père de Justin Trudeau, le premier ministre canadien Pierre Elliott Trudeau, avait instauré le Programme énergétique national, qui imposait aux Albertains de vendre leur pétrole au rabais aux autres provinces.

Peter O'Leary en entrevue devant des arbres au centre-ville de Calgary.

Le Franco-Calgarien Peter O'Leary est déçu du bilan du premier mandat de Justin Trudeau.

Photo : Radio-Canada / Audrey Neveu

Les libéraux albertains rejettent toutefois les reproches sur leur gestion de Trans Mountain. C'est facile en Alberta de dire des histoires négatives, mais je vais directement aux faits, répond Randy Boissonneault.

J'ai 4,5 milliards de raisons de dire que Trudeau a l'Alberta à coeur.

Randy Boissonneault, député libéral sortant d'Edmonton-Centre

La bataille de Calgary

Son collègue calgarien Kent Hehr est encore plus ferme. Lorsque Kinder Morgan a laissé tomber le projet, nous sommes montés au créneau, affirme-t-il.

Si l'ex-ministre des Sports et des Personnes handicapées défend bec et ongles son parti dans ce dossier, il ne mentionne jamais TransMountain lors de son porte-à-porte. Ce n’est pas son principal argument de vente.

Vous allez obtenir 660 $ en crédit d’impôt grâce à la taxe carbone, répète-t-il plutôt comme un mantra à toutes les portes auxquelles il cogne dans sa circonscription de Calgary-Centre. Dans une province où la taxe carbone est particulièrement détestée, ce crédit d’impôt vise à la rendre plus attrayante.

Kent Hehr préfère braquer les projecteurs loin des retards de TransMountain : égalité salariale, assurance-médicaments nationale et protection de l’environnement ne sont que quelques-uns des arguments socioéconomiques qu’il garde toujours dans sa poche.

Kent Hehr, assis dans un fauteuil roulant, discute avec un homme en train de faire des travaux paysagers.

Député provincial, puis fédéral depuis 12 ans, Kent Hehr connaît la plupart de ses électeurs par leur prénom, comme ce professeur en vacances d'été.

Photo : Radio-Canada / Audrey Neveu

Randy Boissonneault est quant à lui certain que, en assez grand nombre, les Albertains reconnaîtront les réussites de son parti pour non seulement le faire réélire, mais pour envoyer plus de députés libéraux albertains à Ottawa le 21 octobre. Le politologue de l’Université de l’Alberta Frédéric Boily n'en est pas convaincu.

Ça va être beaucoup plus difficile pour les libéraux de garder les acquis et de faire de gains. Je pense que c'est irréaliste.

Frédéric Boily, politologue, Université de l'Alberta

L’équipe libérale croit toutefois encore aux surprises, comme celle de 2015. Aucun politologue n’avait prédit que M. Trudeau allait passer du troisième parti à un gouvernement majoritaire, rappelle Randy Boissonneault, qui espère que la chance lui sourira encore.

Notre dossier Élections Canada 2019

Alberta

Politique fédérale