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Aide médicale à mourir : Ottawa et Québec s'interrogent sur la suite des choses

Une femme tient la main d'un malade qui est couché dans un lit d'hôpital.

La Cour supérieure invalide l'une des exigences permettant d'être admissible à l'aide médicale à mourir afin d'élargir le « droit à une mort digne et sereine » à un plus grand nombre de personnes.

Photo : iStock / iStock

Radio-Canada

Les réactions fusent à la suite de la décision de la Cour supérieure d'élargir les critères d'admissibilité à l'aide médicale à mourir, qui forcera les législateurs à se pencher de nouveau sur ce dossier délicat.

Le jugement fort attendu de la Cour supérieure a donné gain de cause à deux Montréalais, Nicole Gladu et Jean Truchon, qui contestaient l'un des critères d'admissibilité à l'aide médicale à mourir, soit l'obligation que « leur mort naturelle soit raisonnablement prévisible », le jugeant trop restrictif.

À Ottawa comme à Québec, on affirme vouloir prendre connaissance du jugement avant de décider de ce qui sera fait ultérieurement.

Le Canada revoit la décision et prendra attentivement en considération quelles doivent être les prochaines étapes les plus appropriées.

Ministère fédéral de la Justice

Du côté de l'opposition sur la scène fédérale, lors de cette première journée d'une campagne électorale qui culminera avec le scrutin du 21 octobre, le chef du Parti conservateur (PCC), Andrew Scheer, a affirmé qu'il était important que le gouvernement respecte les décisions de la cour.

M. Scheer entend lire attentivement le jugement et se prononcera dans les jours à venir.

« La population va nous demander des réponses dans ce dossier-là, alors il faut le faire avec soin », a indiqué pour sa part la ministre québécoise de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann.

Le premier ministre du Québec, François Legault, a souligné que son gouvernement avait déjà l'intention d'étudier la loi pour peut-être l'« élargir » à certaines personnes qui ne sont pas en fin de vie.

Ça vient ajouter une raison de plus pour regarder tout le dossier. Est-ce qu'on va en appel, est-ce qu'on change la loi?

François Legault, premier ministre du Québec

La députée péquiste Véronique Hivon, qui avait piloté le projet de loi sur les soins de fin de vie à Québec, a appelé le gouvernement Legault à agir rapidement pour améliorer les choses, pour être au diapason des besoins des personnes comme M. Truchon et Mme Gladu.

Ce qu'ils ont fait n'était pas simple, a déclaré la députée de Joliette. Deux personnes gravement malades aux capacités physiques grandement réduites qui ont décidé de prendre cette cause-là et d'aller devant les tribunaux.

Véronique Hivon a dit tendre la main à la ministre McCann pour que le Québec continue à être un leader au nom du respect de la dignité des personnes qui sont malades et souffrantes, pour qu'on réponde aussi à cette volonté de plus en plus affirmée de la société québécoise que l'on puisse aller un peu plus loin dans le domaine de l'aide médicale à mourir.

La députée péquiste affirme aussi que des avancées doivent être faites en ce qui a trait à la question des directives médicales anticipées des personnes qui sont atteintes de maladies dégénératives du cerveau, comme la maladie d’Alzheimer. C’est une question de compassion, de respect et de dignité.

Aide médicale à mourir: entrevue avec Véronique Hivon

Quant au critique en matière de santé du Parti libéral du Québec, André Fortin, il a indiqué que sa formation est prête à procéder rapidement en collaboration avec le gouvernement pour modifier la loi afin que les gens malades et souffrants ne soient pas obligés d’attendre d’être à la toute fin de leurs jours avant d’avoir accès à l’aide médicale à mourir.

M. Fortin s'est dit content pour M. Truchon, Mme Gladu et les centaines d’autres Québécois qui vivent avec de la souffrance, avec une maladie qui est incurable et qui n’ont pas espoir d’améliorer leur condition médicale.

Les libéraux sont aussi ouverts à l'idée de débattre de l'éventualité d'élargir l'admissibilité à l'aide médicale à mourir à des gens souffrant d'alzheimer, par exemple. La loi encadrant l'aide médicale à mourir est évolutive, a dit le député de Pontiac, et les Québécois sont prêts à ouvrir leur coeur pour comprendre les gens qui souhaitent y recourir.

Protéger les malades

Le président de l’Association québécoise pour le droit de mourir dans la dignité, le neurochirurgien Georges L'Espérance, a applaudi à la décision de la juge Christine Baudouin.

Ça permet à ces personnes-là, qui ont des pathologies chroniques, mais incurables, et qui leur procurent des souffrances intolérables à leurs yeux, de pouvoir demander l’aide médicale à mourir et d’y être admissibles.

Georges L'Espérance, président de l’Association québécoise pour le droit de mourir dans la dignité

Le Dr L'Espérance a affirmé que ce jugement ne constitue pas une atteinte aux droits des personnes les plus vulnérables.

Selon lui, la cour illustre, dans son jugement extraordinairement étoffé, que le lien n'a pas été démontré entre le suicide et les patients plus vulnérables qui ont des pathologies chroniques.

Les médecins ont tous les outils pour bien percevoir, chez les patients, leurs demandes d’aide médicale à mourir et aussi de bien évaluer leurs aptitudes à comprendre ce qu’ils demandent, a affirmé le Dr L'Espérance.

Me Paul Brunet, président du Conseil pour la protection des malades, abonde dans le même sens que le Dr L'Espérance et réfute l’idée que le jugement pourrait ouvrir la porte à des dérapages. L’encadrement clinique est très strict, dit-il.

« Préférons-nous laisser des gens passer 10, 15 ans dans un CHSLD, sans traitement possible? » a-t-il demandé.

Me Brunet a souligné que des tas de gens lourdement handicapés ont « un goût de vivre extraordinaire », mais aussi que certains, moins nombreux, estiment qu’ils ont le droit d’en finir.

Il est question de l’autonomie, du libre arbitre de la personne.

Me Paul Brunet, président du Conseil pour la protection des malades

Quant aux médecins qui ont des réticences concernant l’aide médicale à mourir, ils devront mettre de côté leur « bagage de conservatisme », a-t-il dit.

« Il faudra que le corps médical évolue comme les tribunaux sont en train de nous dire que la société devrait le faire », a soutenu Me Brunet.

Avec les informations de La Presse canadienne

Aide médicale à mourir

Société