•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Trump réclame des taux à zéro à la Fed tout en insultant ses dirigeants

Jerome Powell en janvier dernier.

Le président de la Réserve fédérale américaine, Jerome Powell, est régulièrement attaqué par Donald Trump.

Photo : Reuters / Leah Millis

Agence France-Presse

La Réserve fédérale américaine (Fed) et son patron, Jerome Powell, ont de nouveau été la cible, mercredi, des tweets rageurs de Donald Trump, qui les a traités de « crétins » parce qu'ils ne baissent pas les taux à zéro comme en Europe.

« La Réserve fédérale devrait ramener nos taux d'intérêt à ZÉRO, ou en dessous, et nous devrions alors commencer à refinancer notre dette », a tonné le président américain dans un tweet matinal.

Les États-Unis devraient toujours payer le taux le plus bas. Pas d'inflation! C'est la naïveté de Jay Powell et de la Réserve fédérale qui nous empêche de faire ce que d'autres pays sont déjà en train de faire.

Donald Trump, président des États-Unis

Au passage, il a traité les responsables de la Fed de « boneheads », un terme qui peut vouloir dire « crétins » ou encore « têtes dures ».

C'est un cran au-dessus des insultes dont il a déjà abreuvé l'institution et ceux qui la dirigent, mais le président est en campagne pour sa réélection et les sondages commencent à montrer que les Américains s'inquiètent de l'état de l'économie.

Ces invectives interviennent la veille d'une réunion monétaire de la Banque centrale européenne (BCE), prévue jeudi, dont le taux de refinancement est à zéro depuis trois ans.

Vu la morosité économique, la BCE envisage de faire plonger son taux de dépôt encore davantage en territoire négatif. Ces taux négatifs sont aussi en vigueur en Suisse, en Suède et au Japon, notamment.

En zone euro, où l'Allemagne frôle la récession, la croissance ne devrait pas dépasser 1,2 % cette année, selon les prévisions, tandis que l'inflation se situe à 1,1 % seulement.

Une économie en bonne santé?

Aux États-Unis en revanche, même si l'activité a marqué le pas notamment du côté du secteur manufacturier handicapé par la guerre commerciale, l'expansion reste encore solide à 2 % en rythme annuel.

Le taux de chômage est proche de son plus bas niveau en 50 ans (3,7 %) provoquant des problèmes de pénurie de main-d'œuvre qui, théoriquement, devraient faire remonter l'inflation.

Mais cette relation de cause à effet théorique entre un marché de l'emploi hyperdynamique et la hausse des prix ne semble plus de mise, et l'inflation américaine reste basse, à 1,4 %, soit loin de la cible de 2 % que la Fed estime saine pour l'économie.

Dans ces conditions, la Banque centrale a abaissé fin juillet d'un quart de point de pourcentage les taux d'intérêt au jour le jour, qui se situent maintenant entre 2 et 2,25 %.

Les marchés prévoient que la Fed les abaisse encore lors de sa prochaine réunion monétaire le 18 septembre, mais sans doute d'un autre quart de point de pourcentage (0,25 %) seulement, loin de l'ampleur réclamée par le président.

Ces derniers mois, Donald Trump – qui a totalement rompu avec la tradition de respect d'indépendance de la Banque centrale – a tempêté à coup de tweets pour que les taux soient réduits d'un point entier de pourcentage, une exigence qu'il a donc encore augmentée, mercredi, en réclamant des taux nuls, voire négatifs.

L'arme économique pour séduire les électeurs

Le président, qui entre en campagne électorale pour obtenir sa réélection en novembre 2020, veut clairement que la Fed soutienne sa politique économique en réduisant le coût du crédit.

Non seulement des taux moins hauts favorisent les consommateurs qui sont aussi des électeurs, mais ils peuvent aussi faire baisser le dollar, ce qui arrangerait bien l'administration Trump dans son bras de fer commercial avec la Chine. Un billet vert plus faible rendrait les produits américains plus compétitifs à l'exportation.

Et comme le dit Donald Trump dans son tweet matinal, des taux moins onéreux aideraient également à rembourser plus rapidement la dette abyssale de l'État fédéral, qui a gonflé avec les réductions d'impôts et les augmentations de dépenses militaires.

L'endettement du pays a dépassé les 22 000 milliards de dollars, équivalant quasiment au produit intérieur brut (PIB) annuel de la première économie mondiale.

Jerome Powell et la Banque centrale, pour leur part, s'arc-boutent sur leur indépendance et tentent d'ignorer les coups de boutoir de l'hôte de la Maison-Blanche.

La Fed agit « de façon totalement apolitique », a répété Jerome Powell vendredi à Zurich.

Quoique divisé sur l'ampleur du soutien à donner à l'économie, le Comité monétaire de la Fed ne semble pas enclin à brûler toutes ses munitions si rapidement en réduisant drastiquement les taux.

Il veut garder une marge de manœuvre pour avoir la capacité de les réduire significativement en cas de récession avérée.

Car il y a un rare point d'accord entre la Fed et le gouvernement Trump. Contrairement à nombre d'économistes sur les marchés, aucun des deux ne voit de récession à l'horizon.

« Je ne vois en aucune manière une récession », a déclaré mardi Steven Mnuchin, le ministre des Finances de Donald Trump, tandis que quelques jours plus tôt, à Zurich, le patron de la Fed a assuré que l'économie « se portait bien », évacuant lui aussi l'imminence d'une récession.

Politique américaine

International