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Physique de la tristesse : une capsule du temps signée Theodore Ushev

Un dessin d'un garçon avec des cornes.

Physique de la Tristesse deTheodore Ushev

Photo : Avec l'autorisation du TIFF

Claudia Hébert

Theodore Ushev lit le roman Physique de la mélancolie de l’écrivain bulgare Guéorgui Gospodinov en 2010 et ressent immédiatement une connexion avec le matériel. En une nuit, le film se cristallise dans sa tête et au matin, il contacte l’auteur pour lui proposer d'adapter son ouvrage sous forme d’un moyen-métrage d’animation.

Une adaptation qui ne sera pas littérale, mais qui emprunte plutôt au texte ici et là des phrases et des fragments. Ushev y injecte aussi des éléments narratifs de son propre vécu, pour rendre le matériel encore plus personnel et près de lui.

Dans Physique de la tristesse, le spectateur se perd dans le dédale des souvenirs et de la mélancolie d’un personnage anonyme, qui contient une universalité plus grande que lui-même. C’est un film labyrinthe, un film capsule du temps, explique le réalisateur. C’est une capsule de mémoire, des objets, des sons, des chansons…

C’est la jeunesse d’un homme dans la Bulgarie communiste, son émerveillement au cirque, ses premiers émois amoureux, le service militaire; et une fois adulte, le déracinement pour partir au Canada, la perte du père. Et à travers ces migrations, ces bagages que l’on amène avec nous et ceux qu’on laisse derrière, ces objets qui deviennent symboliques de nos souvenirs, de notre jeunesse.

On est tous des immigrants de notre enfance. On est immigrant, peu importe où on se trouve, juste du fait qu’on est loin de notre enfance, de notre maison, de nos jouets...

Theodore Ushev

Physique de la tristesse est le premier film d’animation créé en utilisant la peinture à l’encaustique. Utilisée depuis des millénaires, les peintures retrouvées sur les sarcophages des pharaons étant peintes avec ce mélange de cire d’abeille et de pigments, l’encaustique représentait justement pour Ushev un vecteur historique de capsules de temps.

Une technique qui venait toutefois avec ses défis. Ça sèche extrêmement vite, alors vous devez dessiner très vite, à une vitesse incroyable, explique Theodore Ushev. Et c’est très physique. Il faut dessiner avec les deux mains. Le cinéaste a dû carrément inventer une façon de travailler pour animer ses dessins, créer pour lui-même une façon de mettre au monde sa vision.

Ce fut d’ailleurs une production de longue haleine, sept ans à peindre et photographier les images du film. Durant la création, parfois difficile physiquement et émotionnellement, Theodore Ushev a eu besoin d’une pause, durant laquelle il est allé créer le film Vaysha l’aveugle, qui a été nommé aux Oscars dans la catégorie du meilleur court-métrage d’animation en 2017.

Theodore Ushev dédie Physique de la tristesse à son père, décédé pendant la création, et qui est celui qui a appris au cinéaste à peindre à l'encaustique. L’ombre du père est magnifiée au niveau de la narration, où l’on retrouve des voix de duo père-fils célèbres.

Dans la version française du film, la narration est offerte par Xavier Dolan, avec son père Manuel Tadros qui offre en filigrane des voix supplémentaires. Pour la version anglaise, avec Rossif Sutherland, est venue l’idée de créer le même écho filial en demandant à Donald Sutherland de joindre sa voix au film, pour une fugace participation, dans les derniers instants du film, des détails amplifiant la mélancolie, la tendresse, le temps qui passe et l’universalité de cette tristesse.

Physique de la tristesse (Physics of Sorrow) est présenté en première mondiale au Festival International du film de Toronto. Le court-métrage sera par la suite présenté au Festival international du film d’animation d’Ottawa et au Festival du nouveau cinéma de Montréal.

Toronto

Cinéma