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The Twentieth Century : les cauchemars de Mackenzie King

Un homme avec un sac de papier sur la tête marche dans une forêt d'arbres coupés.

« The Twentieth Century » de Matthew Rankin

Photo : Courtoisie du TIFF

Claudia Hébert

C’est dans la série Midnight Madness du Festival international de Toronto qu’était présenté The Twentieth Century en première mondiale, devant un public nocturne prêt à toutes les audaces, toutes les outrances.

Le film signé Matthew Rankin lui en a donné pour son argent, fantaisie historique complètement déjantée, genre de minute du patrimoine cauchemardesque sur une grande figure politique canadienne.

1899. À l’orée du vingtième siècle, un jeune William Lyon Mackenzie King fait face à son avenir, lui qui est destiné à gouverner – du moins, c’est ce que lui a prédit sa mère. Mais alors que le succès semble à sa portée, tout lui glisse entre les doigts : la gloire, le pouvoir, et la fille de ses rêves. Au fond du baril, le futur premier ministre replonge alors dans sa dépendance charnelle pour les chaussures de femmes…

Avant de faire du cinéma, Matthew Rankin a étudié l’histoire et chacun de ses films depuis reflète cet intérêt. Ayant fait ses classes avec le court métrage, il a signé Tabula Rasa, sur l’inondation de Saint-Boniface en 1950; Mynarski chute mortelle, sur la mort d’un pilote manitobain pendant la Deuxième Guerre mondiale; et Tesla : lumière mondiale, sur le travail sur l’électricité de Nikola Tesla.

Un homme est devant un ruban rouge. Il y  a un juge derrière lui.

Une scène du film « The Twentieth Century » de Matthew Rankin

Photo : Avec l'autorisation du TIFF

Son intérêt pour Mackenzie King remonte à longtemps, alors qu’étudiant, il s’est plongé dans la lecture de ses journaux intimes, que le politicien a tenus pendant la majorité de sa vie, jusqu’à quelques jours avant sa mort. J’avais des rapports très personnels avec le matériel, les confusions, les obsessions, qu’il avait racontées là-dedans. Je me sentais très proche, en lien avec lui.De là, s’est développé un film avec le futur premier ministre comme personnage principal qui n’est ni biographie ni leçon d’histoire.

Je décris le film comme un cauchemar que Mackenzie King aurait pu faire en 1899. Tous les évènements, tous les personnages existaient de façon plus ou moins concrète – mais sont revus par le prisme d’un rêve.

Matthew Rankin, réalisateur de The Twentieth Century

Le cinéaste craint-il la critique des amateurs d’histoire et spécialistes de Mackenzie King qui pourraient s’offusquer que l’on présente l’homme politique sous un tel angle, parfois peu flatteur? Pour Rankin, ce n’est pas un enjeu. Le film est tellement explicitement une création artistique et tellement une fantaisie… Il n’a pas la prétention d’être crédible sur le plan historique!

Satire politique qui se permet quelques pointes acérées sur le Canada, le film a été tourné en 16 mm, en studio dans des décors extrêmement simples, mais incroyablement inventifs. On réussit à y représenter tout un univers, tout un pays, se déplaçant entre Toronto, Québec et Winnipeg, mais dans des espaces minimalistes, avec des structures de carton, des collages, des jeux de miroirs et de lumières. C’est une des leçons que j’ai apprises de Guy Maddin : comment faire un film épique, opératique, mais avec un budget de Dollarama , dit en riant Matthew Rankin.

Un homme s'apprête à embrasser une botte en cuire.

L'acteur Daniel Beirne dans le film « The Twentieth Century »

Photo : Avec l'autorisation du TIFF

Dans le rôle principal, Dan Beirne défend un futur premier ministre passant de l’arrogance à la honte la plus profonde. À ses côtés, Sarianne Cormier, Catherine St-Laurent et Mikhail Ahooja, qui fait parti des quatre étoiles montantes nommées dans le programme Rising Star du TIFF. Les cinéphiles auront aussi beaucoup de plaisir à reconnaître ici et là des visages amis dans la figuration : Guillaume Lambert, Ève Duranceau, le cinéaste d’animation Theodore Ushev…

Si le réalisateur de The Twentieth Century nous confirme que King avait bel et bien des rapports complexes et légèrement obsessionnels avec sa mère – ici jouée délicieusement par un homme, Louis Negin – qu’en est-il de ces désirs inavouables envers les chaussures de femmes?

Ce détail croustillant est une fantaisie, mais ancrée dans les nombreux non-dits des journaux du premier ministre, qui y évoque parfois un désir et une honte, mais avec une grande pudeur.

Souvent il parle des choses qu’il a faites, mais il ne peut pas préciser ce qu’il a fait au juste, nous dit Matthew Rankin. Il a même arraché des pages. Il avait de la misère à juste avouer, à son propre journal intime, sa vie érotique! Alors j’ai dû, par la force des choses, imaginer certains détails.

The Twentieth Century est présenté en première mondiale au Festival international du film de Toronto, avant de poursuivre sa route vers Cinéfest Sudbury, le Festival international du film de Calgary et le Festival du nouveau cinéma de Montréal.

Toronto

Cinéma