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Élections fédérales : de quoi faudrait-il parler au cours des prochaines semaines?

Des personnes non identifiées traversent une rue.

Des passants dans le centre-ville de Montréal

Photo : Ivanoh Demers

Ximena Sampson

Au moment où les partis viennent de se lancer dans la course électorale, des analystes soulèvent des enjeux clés sur lesquels les futurs élus devraient faire campagne.

1. La place du Canada dans le monde

Les analystes s’entendent sur cette question : Justin Trudeau n’a pas tenu ses promesses dans ce domaine. Les libéraux avaient commencé en grande pompe en disant : "Le Canada est de retour", mais on n’a pas l’impression que le Canada est vraiment de retour, pense Geneviève Tellier, professeure à l'École d'études politiques de l'Université d'Ottawa.

M. Trudeau a fait des promesses, mais les actions n’ont pas suivi, croit pour sa part Guy Lachapelle. « Que ce soit sur le plan climatique avec le sommet à Paris, quand il est allé en Inde, ou avec les pays africains, ça ne se concrétise pas, soutient-il. Et la réputation internationale du Canada ne s’est pas améliorée au cours des dernières années. »

Quelle est notre stratégie? Quelle est la politique canadienne vis-à-vis de l’Asie et de la Chine? Quel est notre leadership? Autant de questions auxquelles, selon Mme Tellier, il faudrait apporter des réponses.

2. Le commerce international

Assis à la même table, MM. Pena Nieto, Donald Trump et Justin Trudeau montrent l'accord à la presse.

Le président américain, Donald Trump, le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, et le président mexicain, Enrique Pena Nieto, lors de la cérémonie de signature de l'Accord États-Unis–Mexique–Canada (AEUMC), avant le Sommet du G20 à Buenos Aires en Argentine le 30 novembre 2018.

Photo : Reuters / Kevin Lamarque

Au-delà de l'Accord États-Unis–Mexique–Canada (AEUMC), qui n’a pas encore été ratifié par les États-Unis, il faudrait interroger les partis sur leur vision de nos liens avec les États-Unis, pense Geneviève Tellier.

Comment est-ce qu'ils voient nos relations avec les Américains, avec un président imprévisible et une possible récession? Quelle serait leur approche? Serait-elle plus protectionniste ou plus libre-échangiste? se demande Mme Tellier.

3. Le clivage entre provinces

Les provinces s’éloignent les unes des autres, constate Guy Lachapelle, professeur au Département de science politique de l’Université Concordia. Il n’y a pas de convergence de valeurs, il y a de plus en plus de divergences. Ce n’est plus le vieux clivage gauche-droite, mais un nouveau clivage lié aux intérêts économiques des provinces plutôt qu’à leurs intérêts idéologiques.

Comment empêcher la balkanisation du Canada?, se demande Carolle Simard, professeure au Département de science politique de l’Université du Québec à Montréal (UQAM). Le principal rôle du premier ministre devrait être de garder le pays uni, souligne-t-elle. En Alberta, par exemple, il y a un sentiment d’aliénation de plus en plus grand.

Le prochain premier ministre aura fort à faire pour dénouer les tensions entre les provinces, notamment sur la question des pipelines.

4. La péréquation

Ce qui mène à la péréquation. Sujet aride, s’il en est un, mais pourtant incontournable quand on parle de relations fédérales-provinciales.

Jason Kenney et François Legault, tous les deux souriants, se serrent la main.

Le premier ministre du Québec, François Legault, et son homologue albertain, Jason Kenney, étaient tout sourire avant leur rencontre.

Photo : Ivanoh Demers

Le premier ministre de l'Alberta, Jason Kenney, l’a remis sur le devant de la scène, puisqu’il menace de tenir un référendum pour changer la formule de la péréquation et couper les transferts aux provinces les plus pauvres.

C’est une question que les politiciens craignent d’aborder, tant elle est controversée, croit Daniel Béland, directeur de l’Institut d’études canadiennes de l’Université McGill. Les partis fédéraux n'aiment pas trop parler de péréquation durant la campagne électorale parce que c'est un jeu à somme nulle : certaines provinces en reçoivent, d'autres n’en reçoivent pas.

Mais il va pourtant falloir le résoudre une fois pour toutes, croit Guy Lachapelle. C’est un système qui fonctionne de moins en moins bien, affirme-t-il. Lors de sa création, c’était une police d’assurance pour les provinces, mais elle n’est plus nécessaire aujourd’hui. C’est devenu un programme de saupoudrage d’argent.

Le but de la péréquation était de faire disparaître les disparités régionales, mais c'est impossible.

Guy Lachapelle, professeur au Département de science politique de l’Université Concordia

En ce qui concerne cet enjeu, c’est le chef conservateur, Andrew Scheer, qui se trouve dans la posture la plus délicate, souligne M. Béland.

Il y a beaucoup de ressentiment envers la péréquation en Saskatchewan et en Alberta, qui sont des bastions conservateurs, pense M. Béland. Si on pose à M. Scheer la question de la péréquation, il va probablement dire qu’on va examiner ça, mais qu'on va conserver la péréquation en tant que système, parce que [la remettre en question] pourrait lui coûter les votes dans l'Atlantique, au Manitoba et au Québec. Il va falloir qu'il trouve une position qui ne lui nuise ni dans l'Ouest ni dans l'Est.

Notre dossier Élections Canada 2019

5. Le déficit et la récession

« Pour le gouvernement actuel, la question du déficit n'est pas importante, croit Carolle Simard. Il avait promis un déficit de 10 milliards de dollars, mais on l’a largement dépassé. Il avait aussi prévu un retour à l'équilibre budgétaire avant la tenue des élections et maintenant c'est renvoyé aux calendes grecques. »

Le gouvernement du Parti libéral est extrêmement dépensier et il faut s'en inquiéter.

Carolle Simard, professeure au Département de science politique de l’UQAM

Que ferait-il si la récession appréhendée devait se concrétiser? Comment envisagerait-il de gérer la situation? Les Canadiens devraient s’en préoccuper, croit Mme Simard.

La récession est également dans la mire de Geneviève Tellier. Les partis ne voudront pas en parler parce que c'est une mauvaise nouvelle, pense-t-elle.

Pourtant, il serait important pour les Canadiens de savoir comment le gouvernement entrevoit son rôle dans une telle éventualité. À quoi faut-il s’attendre? Est-ce que les partis ont des plans de relance? Est-ce qu’ils comptent baisser les impôts, par exemple? Qu’ont-ils prévu?, se demande Mme Tellier.

6. L’intégration des immigrants et les valeurs canadiennes

C’est un enjeu primordial, pense Carolle Simard. Le Canada a accueilli ces dernières années un nombre record d’immigrants, mais les chiffres ne disent pas toute la vérité, croit-elle.

Une classe de francisation.

Le Canada accueillera 330 000 immigrants en 2019.

Photo : Radio-Canada

Les partis, estime Mme Simard, devraient expliquer comment ils vont s’y prendre pour que les nouveaux arrivants réussissent leur intégration sociale et politique.

C'est comme si on prenait un Syrien qui vient de passer des années dans un camp de réfugiés au Liban, on l'envoie à Saguenay, on lui donne un poste de mécanicien et, du jour au lendemain, tout est réglé, illustre-t-elle. C'est un peu simpliste.

Dans la mesure où le Canada accueille de plus en plus d'immigrants issus de pays avec d’autres traditions et notamment des structures patriarcales traditionnelles, il est important d’affirmer nos valeurs, pense Carolle Simard, en particulier l’existence de l’État de droit et l’égalité entre les hommes et les femmes.

Comment pourrait-on mieux intégrer et mieux préparer les personnes qui viennent de sociétés totalement différentes des nôtres sur le plan des valeurs, de la culture, de la religion ou des droits?, interroge-t-elle.

Les mariages forcés, la polygamie, les avortements sélectifs et les mutilations génitales féminines existent au sein de certaines communautés ethnoculturelles au pays. Ce sont des questions qui méritent d'être débattues sereinement par des politiciens responsables, affirme Carolle Simard.

Quelques personnes manifestent contre la loi 21.

Plusieurs centaines de personnes ont manifesté lundi à Montréal contre la loi québécoise sur la laïcité.

Photo : Radio-Canada / Marie-Eve Cousineau

Ils voudront également éviter d’aborder la question de la Loi sur la laïcité de l’État (projet de loi 21), adoptée par le gouvernement de la CAQ, croit Daniel Béland.

À l'extérieur du Québec, il y a beaucoup de gens, à gauche surtout, qui pensent que le gouvernement fédéral devrait condamner cette loi, appuyer ceux qui s'y opposent et avoir une position plus antagoniste.

Daniel Béland, directeur de l’Institut d’études canadiennes de l’Université McGill

Mais, selon les sondages, la majorité des Québécois sont en faveur de cette loi qui interdit le port de signes religieux aux employés de la fonction publique en position d'autorité, rappelle M. Béland.

Les partis fédéraux devront donc jouer de finesse pour ne pas s’aliéner cette portion de la population et ne pas créer de tensions avec le gouvernement Legault, qui est encore assez populaire, souligne le chercheur.

7. L’environnement

La question sera incontournable pendant la campagne, mais va-t-on l’aborder de la façon adéquate? Ce n’est pas de grandes promesses que les électeurs ont besoin, mais plutôt d’engagements concrets, pense Geneviève Tellier.

Au lieu d'avoir des vœux pieux, de bonnes intentions, il faudrait qu'on soit vraiment dans les mesures concrètes. Quel est le plan? Comment est-ce qu'on arrive à atteindre réalistement les cibles?

Geneviève Tellier, professeure à l'École d'études politiques de l'Université d'Ottawa

En ce qui concerne la lutte contre les changements climatiques, les partis devraient être précis sur leurs objectifs, les résultats attendus et la répartition des coûts, estime la chercheuse. Ils devraient également présenter les plans détaillés pour les provinces et pour les secteurs concernés.

Alors que la campagne commence, certains de ces enjeux pourraient se retrouver à l'ordre du jour, que les partis le veuillent ou non.

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