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Théâtre autochtone du CNA : « J'ai le poids du pays en entier sur mes épaules »

L'homme, aux cheveux grisonnants et portant un veston bleu foncé sur une chemise bleu pâle, se tient de côté tout en regardant la caméra de face.

Le directeur artistique du Théâtre autochtone du Centre national des Arts, Kevin Loring

Photo : Radio-Canada / Jean Delisle

Kevin Sweet

Le Théâtre autochtone du Centre national des Arts (CNA) sera officiellement inauguré vendredi soir, lors de la première du spectacle The Unnatural and Accidental Women. Ce nouveau « département » se concentrera uniquement sur la production d’oeuvres issues des Premières Nations.

C’est une première du genre dans le monde, et son impact pourrait changer le visage de l’une des plus importantes institutions culturelles du pays. Ce n'est donc pas pour rien que le directeur du nouveau Théâtre autochtone du CNA, Kevin Loring, a hérité d’un nouveau surnom depuis quelque temps : « sans pression ».

Tout le monde me dit : “Il n’y a pas de pression. Pas de pression!” lance-t-il en riant.

En vérité, j’ai le poids du pays entier sur mes épaules.

Kevin Loring, directeur artistique, Théâtre autochtone du CNA

Kevin Loring, un nklaka’pamux de la Première Nation Lytton, en Colombie-Britannique, veut bien représenter les divers peuples autochtones du Canada sur les planches et mettre en valeur leurs oeuvres. Le riche répertoire de textes, trop peu connu du grand public, a d’ailleurs été la motivation première pour créer ce Théâtre.

Il y a des centaines et des centaines de pièces de théâtre, écrites sur plusieurs décennies, fait valoir M. Loring.

Selon lui, plusieurs productions disparaissent après n’avoir été montées qu’une seule fois.

Historiquement, ces productions sont sous-financées et ne sont pas suffisamment appuyées.

Kevin Loring, directeur artistique, Théâtre autochtone du CNA

Pour sa saison inaugurale, qui se déclinera sur le thème Nos histoires guérissent, le directeur artistique de cette nouvelle entité propose 11 productions dans une dizaine de langues autochtones, dont neufs signées par des femmes. Là où le sang se mêle, la version française de son propre texte, traduit de l’anglais par Charles Bender, y sera également présentée en première mondiale, vendredi et samedi.

Une femme portant un costume traditionnel autochtone est debout au milieu d'une tente baignée de lumière bleutée.

Lors des représentations de « Mokatek », les spectateurs sont invités à prendre place dans une maison longue pour s'imprégner de l'esprit de la pièce.

Photo : Marianne Duval

Un nouveau modèle d’affaires

Comme ce genre de théâtre n’existe nulle part ailleurs dans le monde, tout est à construire et à prouver.

C’est un changement. On part de rien. On doit abattre des murs.

Lori Marchand, directrice administrative, Théâtre autochtone du CNA
Lori Marchand regarde la caméra en souriant.

Lori Marchand, la directrice administrative du Théâtre autochtone du CNA

Photo : Radio-Canada / Toni Choueiri

Mme Marchand oeuvre depuis plus de 20 ans dans le monde du théâtre régional, notamment à Kamloops, où elle était la directrice générale du Western Canada Theatre.

Dans un premier temps, elle espère pouvoir compter sur les abonnés des Théâtres anglais et français du CNA. Le bouche-à-oreille aura aussi un gros rôle à jouer dans l’acquisition de nouveaux publics.

C’est nouveau et ça va prendre du temps. Mais quand les premières personnes verront les spectacles, tout le monde pourra voir le merveilleux travail de nos artistes, soutient Mme Marchand.

Attirer le public autochtone

Toutefois, attirer le public autochtone sera un défi de taille. Selon Kevin Loring, il est impératif pour eux d’entendre leurs propres histoires. Ça peut changer une vie, déclare-t-il, citant en exemple la première fois qu’il a lu un texte de Tomson Highway.

Pour la première fois, j’ai lu quelque chose dans lequel je me retrouvais. Ça me rappelle mes propres expériences en tant qu’Autochtone, confie-t-il.

Des billets à 15 $ sont vendus pour les spectateurs issus des Premières Nations, mais il y a encore beaucoup à faire pour rendre le CNA moins « intimidant », mentionne le directeur artistique.

Il y a encore une perception que cet établissement est réservé aux élites, explique M. Loring.

Le plan initial était de présenter des spectacles dans les réserves autochtones un peu partout au Canada. Kevin Loring a toutefois dû revoir ses ambitions quand une demande de financement annuel de 3,5 millions de dollars faite auprès de Patrimoine canadien est restée lettre morte lors du dépôt du budget fédéral, au printemps dernier.

Pour l’instant, toutes les énergies de l’équipe du Théâtre autochtone du CNA sont concentrées sur le soir d’ouverture, vendredi.

Tout le public va venir pour voir si nous sommes prêts ou non. Alors nous devons être prêts, conclut Lori Marchand.

Ottawa-Gatineau

Théâtre