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Les jeunes rapporteront moins sur YouTube, et ça inquiète certains créateurs et créatrices

Le logo de YouTube.

Les nouvelles règles publicitaires adoptées par YouTube risquent de faire perdre beaucoup d'argent aux créateurs et créatrices de contenu pour enfants.

Photo : Reuters / Lucy Nicholson

Agence France-Presse

Un vent de panique souffle sur ceux et celles qui créent des vidéos pour enfants sur YouTube : le changement annoncé des règles publicitaires de la plateforme pourrait mettre en péril l'essentiel des revenus des créateurs et créatrices.

J'ai quasiment fait une crise d'angoisse mercredi, raconte Samuel Rader, qui décline la vie de sa famille en vidéos sur YouTube.

J'ai cru que nous allions devoir trouver une autre source de revenus! ajoute cet ex-infirmier, qui a quitté son emploi pour se consacrer entièrement à sa chaîne, Sam and Nia, il y a trois ans.

La très populaire plateforme vidéo de Google, mise à l'amende aux États-Unis pour avoir enfreint la loi sur le pistage des enfants à des fins publicitaires, a négocié un délai de quatre mois avant de changer les règles.

Outre payer une amende de 170 millions de dollars, YouTube a promis de limiter la collecte de données sur les personnes mineures et d'interdire les publicités ciblées, ainsi que les commentaires et notifications sur les vidéos qui s'adressent à elles.

Incertitude quant aux chaînes visées par les nouvelles règles

Reste à déterminer les chaînes visées. Notre interlocuteur à YouTube nous a dit que notre chaîne présentait un risque faible, parce que nos contenus ne visent pas les enfants, relate Sam, à moitié soulagé.

Comme lui, beaucoup de parents filment et commentent leur quotidien sur YouTube : le vlogue familial, contraction de vidéo et blogue, a explosé sur la plateforme.

Les parents se mettent aussi en scène dans des formats populaires, comme des défis à réaliser (ne pas dire « non » à ses enfants pendant 24 heures, par exemple) ou le déballage d'« œufs-surprises », à grand renfort de mimiques exagérées, d'effets spéciaux basiques et de lucratifs placements de produits.

Sur la chaîne de Sam (suivi par plus de 2,5 millions de personnes), les internautes peuvent ainsi regarder la famille s'amuser au parc d'attractions, faire ses courses de la rentrée ou aller à la messe. Les fans peuvent même acheter des T-shirts avec leur devise, « aimez-vous les uns les autres. »

Beaucoup de ces chaînes présentent du contenu maison. Ce sont de petites entreprises artisanales et la publicité est leur seule source de revenus, explique Melissa Hunter, à la tête de Family Video Network, qui chapeaute des créateurs et créatrices de contenu pour enfants sur YouTube. Les auteurs ont peur. Qu'il s'agisse de 30 000 $ ou de 100 000 $ par mois, ils ne gagneront plus rien en janvier.

Des répercussions financières significatives sur les créateurs et créatrices

YouTube, dont les publicités très ciblées grâce aux données des internautes génèrent des milliards de dollars de bénéfices pour sa maison mère, Google, a reconnu que ces changements allaient avoir des répercussions financières significatives sur les personnes qui diffusent leurs vidéos sur la plateforme.

On va peut-être voir apparaître un nouvel équilibre, commente Nicole Perrin, analyste chez eMarketer. S'il devient impossible de pister les enfants, alors tout le monde se retrouve au même niveau. Les annonceurs ne vont pas disparaître.

Toutefois, l'équilibre semble un horizon lointain pour les youtubeurs et youtubeuses. Leur modèle économique, fragile, a déjà été perturbé par une succession de scandales ces dernières années (liés notamment à des contenus violents et inappropriés ou à des réseaux de pédophiles), qui ont entraîné des retraits d'annonceurs et des pertes de revenus.

Il faut changer la loi, estime Melissa Hunter, qui compte se rendre au début d'octobre à la Federal Trade Commission (FTC), l'agence américaine de protection des consommateurs. Elle considère que la loi qui protège les enfants du pistage est dépassée, car Internet est déjà partout de toute façon, de l'électroménager à la télévision en passant par les enceintes connectées.

Contenu pour enfants : un investissement risqué

Certains éditeurs et éditrices semi-professionnels avaient anticipé le risque de turbulences, en diversifiant leur diffusion sur d'autres plateformes, comme Netflix ou Amazon. D'autres avaient simplement préféré s'abstenir de ce segment sensible.

Nous avons lancé une chaîne pour enfants il y a deux ans, mais certaines règles ont changé. Nous nous sommes dit que c'est un investissement trop risqué, et nous n'y avons plus touché, se souvient Shaun McKnight, président de M-Star Media, qui comprend plusieurs chaînes (tutoriels de coiffure, vlogue sur ses jumelles Brooklyn and Bailey, etc.)

Il préférerait que tous les contenus pour enfants soient diffusés uniquement sur YouTube Kids, la version de la plateforme pour les petits.

Le problème, c'est qu'aujourd'hui les parents utilisent YouTube comme gardienne pour leurs enfants, remarque-t-il. La plateforme n'a jamais été conçue pour les moins de 13 ans.

Comme l'a toutefois souligné Joseph Simons, le patron de la FTC, cela n'a pas empêché YouTube de vanter sa popularité chez les enfants auprès d'entreprises qui étaient des clients prospectifs.

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