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Les femmes n'ont toujours pas la parité au TIFF

Image du film Jordan River Anderson, The Messenger où une femme embrasse un bébé.

Le film « Jordan River Anderson, The Messenger », d'Alanis Obomsawin, est l'un des deux seuls films réalisés par une femmes dans la catégorie Masters au TIFF cette année.

Photo : Avec la permission du TIFF

Charlotte Mondoux-Fournier

Depuis le lancement de sa campagne Share Her Journey, en 2017, le Festival international du film de Toronto (TIFF) oeuvre pour accroître la présence des femmes devant et derrière la caméra. Malgré les différentes initiatives mises en place, les films réalisés par des femmes restent minoritaires au sein de la programmation du Festival. Bien qu’elles notent certains progrès, des femmes de l'industrie rappellent qu’il reste beaucoup à faire pour parvenir à l’égalité.

Cette année, le TIFF affirme que 36 % des films présentés au Festival ont été réalisés, coréalisés ou créés par des femmes. Il s’agit d’une hausse de 1 % par rapport à l'an dernier.

La proportion de films de femmes est considérablement plus faible dans les catégories de prestige, telles que Masters et Special Presentations, à l’exception de la catégorie Gala.

Un graphique présentant des pourcentages et des billets de cinéma stylisés.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Radio-Canada a compilé ces chiffres à partir du nom des réalisateurs. Le TIFF prévient que ces résultats pourraient varier légèrement si le nom de certains ne correspond pas à leur identité de genre.

Photo : Radio-Canada / Camile Gauthier

Le directeur artistique et codirecteur du Festival, Cameron Bailey, reconnaît l’étendue du problème.

Le nombre de films réalisés par des femmes est encore inférieur au nombre de films réalisés par des hommes, affirme-t-il. M. Bailey ajoute que, dans la plupart des régions du monde, autant de femmes et d’hommes sont diplômés d'écoles de cinéma.

Mais lorsque vient le temps de chercher de l'argent pour faire des films, on constate que plus les budgets sont élevés, plus il est difficile pour les femmes d'y avoir un accès égal. Et c’est ce qui doit changer avant tout.

Cameron Bailey, directeur artistique et codirecteur du TIFF
Un homme qui applaudit

Le codirecteur et directeur artistique du TIFF, Cameron Bailey

Photo : Associated Press / Chris Pizzello

Share Her Journey et 50/50 by 2020

Pour accroître la participation et les possibilités pour les femmes devant et derrière la caméra, le TIFF a lancé une campagne de cinq ans en 2017. Share Her Journey vise entre autres à amasser 3 millions de dollars pour financer divers programmes de mentorat et de réseautage destinés aux femmes.

Le Festival avait aussi pris l’engagement d’atteindre la parité parmi ses programmateurs d’ici 2020, un objectif baptisé 50/50 by 2020, qui a été atteint cette année.

Le TIFF s'engageait, du même coup, à être plus transparent quand au nombre de films réalisés par des femmes.

Toutefois, ce programme ne fixe pas la parité comme objectif et ne suggère pas de quotas dans sa programmation, rappelle Cameron Bailey.

Cet engagement ne requiert pas que 50 % des films soient réalisés par des femmes, dit-il. C'est plus une question de transparence.

Cameron Bailey, directeur artistique et codirecteur du TIFF

Une occasion manquée, selon certains

La professeure Kay Armatage, de l’Université de Toronto, croit qu’au lieu de se concentrer uniquement sur des programmes de mentorat et de réseautage pour les femmes, le festival devrait redoubler d’efforts pour présenter plus de films réalisés par celles-ci.

Nous avons été encadrées, nous avons été formées. Le temps est venu de programmer les films réalisés par des femmes, dit-elle.

La professeure émérite croit d’ailleurs que tous les programmateurs du TIFF devraient recevoir une formation en ce sens.

Je pense qu'ils devraient organiser un séminaire, une session de formation pour leurs programmateurs et leur dire : "Allez voir les films de femmes. C'est votre travail”.

Kay Armatage est professeure émérite à l’Université de Toronto.

Kay Armatage est professeure émérite à l’Université de Toronto.

Photo : Radio-Canada

La cinéaste torontoise Frances-Anne Solomon, PDG de CarribeanTales Media Group, estime que le problème dépasse toutefois les frontières du festival.

Ça ne dépend pas seulement des programmateurs, mais aussi de ceux qui financent les films, ceux qui choisissent les films, rappelle-t-elle.

La cinéaste croit que l’industrie du cinéma fait encore preuve de sexisme latent et que cette réalité est encore plus difficile pour les femmes de couleur.

Bien souvent, nous sommes invisibles dans l'industrie, même si nous travaillons depuis des années et des années.

Frances-Anne Solomon, PDG de CarribeanTales Media Group

J'ai l'impression que mes films n'attirent pas autant l'attention que les films d'hommes blancs. Je pense que ça vient d'en haut, renchérit-elle.

Selon Frances-Anne Solomon, il n’y a pas de solution miracle : il faut embaucher plus de femmes dans des rôles clés de production.

Il faut que les femmes puissent faire des films, qu’ils soient montrés et qu’ils soient financés, dit-elle. Le réseautage et la formation, c’est très joli, mais, en fin de compte, c’est une question de travail.

Frances-Anne Solomon est réalisatrice et productrice à Toronto.

Frances-Anne Solomon est réalisatrice et productrice à Toronto.

Photo : Radio-Canada

Mieux qu’avant, mais encore du chemin à faire

Lindsey Tapscott et Katie Bird Nolan ont fondé la boîte de production torontoise Babe Nation Films en 2014.

En cinq ans, elles ont remarqué de profonds changements dans l’industrie.

Nous voyons plus de créatrices [...] être plus franches et audacieuses et choisir des histoires qu’elles veulent raconter et voir être racontées.

Katie Bird Nolan, productrice

Le paysage est assurément en train de changer. Au TIFF cette année, nous remarquons que plusieurs femmes de notre cohorte sont en train de vivre des moments décisifs. C'est très excitant de sentir l'élan de cette prochaine génération, ajoute Katie Bird Nolan.

Deux femmes sourient à la caméra.

Lindsey Tapscott (gauche) et Katie Bird Nolan (droite) ont fondé la boîte de production torontoise, Babe Nation Films.

Photo : Radio-Canada

Frances Anne Solomon croit elle aussi que les choses changent.

Selon elle, des mouvements de fond comme #MeToo et #OscarsSoWhite ont contribué à faire évoluer les mentalités.

Le changement vient avec la force. Il faut pousser, il ne faut pas essayer de raisonner avec les gens.

Frances-Anne Solomon, PDG de CarribeanTales Media Group

Elle ajoute que le public demande désormais plus de femmes et de diversité derrière et devant la caméra et que l’industrie est en train de s'adapter.

Je pense que la situation s'améliore, conclut-elle, mais qu'il y a encore beaucoup de chemin à parcourir.

Toronto

Égalité des sexes