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Joker de Todd Phillips : rira bien qui rira le dernier

Un homme applique du maquillage de clown sur son visage.

Joaquin Phoenix est l'interprète du Joker dans le film de Todd Phillips.

Photo : Avec l'autorisation du TIFF

Radio-Canada

Ce film était un des plus attendus du 44e Festival international du film de Toronto, et cela bien avant qu’il ne remporte le Lion d’or à la Mostra de Venise. Une critique de Claudia Hébert.

La vision de Todd Phillips (The Hangover) pour le personnage du Joker est une curiosité qui fait se déplacer les foules, impatientes de voir ce qu’a fait Joaquin Phoenix avec un personnage qui a connu plusieurs interprètes, de Jack Nicholson à Jared Leto en passant par le regretté Heath Ledger

Dans Joker, c’est l’origine de l’ennemi de Batman qui est inventée. À Gotham, Arthur Fleck gagne sa vie en étant clown. Il souffre d’un problème médical qui lui donne de fous rires nerveux et incontrôlables. Cela provoque bien des affrontements avec des gens qui pensent qu'il se moque d'eux.

Il partage un appartement avec sa mère, avec qui il passe ses soirées devant le téléviseur, à regarder l’émission de son idole, Murray Franklin. Il caresse d’ailleurs un rêve, celui de devenir humoriste. Mais les vexations, violences et humiliations subies quotidiennement auront bientôt raison de son équilibre mental déjà chancelant, le faisant lentement basculer vers la folie.

Un homme est en crise dans un autobus municipal.

Le personnage d'Arthur Fleck dans le film « Joker » de Todd Phillips

Photo : Niko Tavernise/Avec l'autorisation du TIFF / Niko Tavernise

Joker n’est pas un film de superhéros, loin de là. Batman n’y est pas, Bruce Wayne étant toujours enfant au moment des faits. 

L’oeuvre est très noire, très troublante, parfois même difficile à regarder. Notre sympathie initiale pour le personnage est rapidement bafouée quand celui-ci pose des gestes de plus en plus radicaux. Notre attachement et notre fascination envers le protagoniste se retournent en quelque sorte contre nous. 

En discussion avec le public après la projection, le réalisateur Todd Phillips précise qu’il désirait justement jouer avec notre loyauté envers Arthur. 

Le méchant est le héros pour un temps, et on prend pour lui… jusqu’à ce que ça devienne impossible.

Todd Phillips, réalisateur de Joker

Pour jouer cette incarnation du Joker, difficile d’imaginer un autre acteur que Joaquin Phoenix, incontournable candidat pour l’Oscar du meilleur acteur.

C’est une interprétation d’une immense complexité, qui fait se côtoyer une vulnérabilité d’enfant, une angoisse viscérale, une violence contenue et une grâce de danseuse.

Le voir évoluer à l’écran est à la fois fascinant et douloureux, sa folie prenant des tangentes imprévisibles.

C’est un agent du chaos, il porte le chaos en lui , dit Todd Phillips à propos de son interprète.

Deux hommes vêtus de complets se tiennent sur scène lors de la cérémonie de remise des prix de la Mostra de Venise. L'un deux tient un Lion d'or.

Le réalisateur Todd Phillips tient le Lion d'or du meilleur film, avec l'acteur Joaquin Phoenix, lors de la cérémonie de remise des prix de la Mostra de Venise.

Photo : AFP/Getty Images / Alberto Pizzoli

Joker, c’est aussi un hommage au cinéma des années 70 et 80, rappelant le New York filmé à l’époque par Martin Scorcese.

Il y a des clins d’oeil à certains de ses films –Taxi Driver, oui – mais encore plus à King of Comedy, auquel l'on emprunte plusieurs éléments.

Certains s'inquiéteront de cet appel à la violence que l'on peut ressentir dans Joker.

Inspiré par les crimes de ce clown a priori anonyme, un mouvement de soulèvement se crée, les participants affublés eux aussi de masques et maquillages clownesques – des violences qui sont célébrées, créant à l’écran un climat toxique qui brouille la frontière entre le bien et le mal.

Il est facile d’imaginer des groupes haineux et d’extrême droite faire fi des nuances et récupérer cette tangente du film au profit de leur propre discours.

Malgré cela, on ne peut s’empêcher d’être terriblement admiratif devant ce Joker qui prend aux tripes, qui plonge sans retenue dans des abysses de noirceur et qui réinvente avec brio un personnage que l’on croyait déjà bien connaître.

Joker de Todd Phillips est présenté en première nord-américaine au 44e Festival du film de Toronto. Il prend l’affiche en salle dès le 4 octobre.

Toronto

Cinéma