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Des journaux étudiants dans l'« instabilité financière » à cause d'une réforme ontarienne

Les unes du journal accrochées dans l'entrée de la salle des nouvelles du « Eyeopener ».

Le journal étudiant de l'Université Ryerson à Toronto emploie moins d'une vingtaine de personnes.

Photo : Radio-Canada / Rozenn Nicolle

Rozenn Nicolle

Les journaux étudiants des universités ontariennes doivent faire face à de nouveaux défis de financement. La directive du gouvernement Ford rendant optionnels les frais de certains services du campus est entrée en vigueur lors de la rentrée scolaire. Parmi ces frais, la participation au financement des médias de la communauté étudiante.

Conformément aux annonces du gouvernement faites en janvier dernier sur la réforme des droits de scolarité du postsecondaire, les étudiants peuvent choisir depuis le début de la session universitaire de ne plus payer des frais considérés « non essentiels » par le gouvernement.

Le gros problème de ce programme, c’est que nous ne savons pas quel impact il aura sur nous, soutient Sarah Krichel, rédactrice en chef du Eyeopener.

Ce journal indépendant de l’Université Ryerson, à Toronto, publie environ 23 numéros par année, tous tirés à 6000 exemplaires, en plus de maintenir à jour quotidiennement son site Internet d’information.

Une jeune femme assise à son bureau devant un ordinateur.

La rédactrice en chef de « The Eyeopener », Sarah Krichel, s'inquiète de l'avenir du journal si les étudiants décident de ne plus payer les frais autrefois obligatoire de son fonctionnement.

Photo : Radio-Canada / Rozenn Nicolle

Annuellement, chaque étudiant de l’Université contribue à cette production en versant 5,65 $. Multipliés par le nombre d’inscriptions, cela représente une somme de plus de 200 000 $ qui sert à payer l’impression du journal, le matériel de travail (ordinateurs, appareils photo, logiciels) ou encore les assurances ou des services juridiques.

Si seulement 10 % des étudiants inscrits décident de participer, il est fort probable que The Eyeopener ne puisse pas continuer à publier.

Sarah Krichel, rédactrice en chef, The Eyeopener

Instabilité financière

Mathieu Tovar-Poitras est, lui, directeur général du journal étudiant La Rotonde de l’Université d’Ottawa. Publiée depuis 1932, La Rotonde est financée à plus de 90 % par la participation étudiante, le reste lui vient de maigres recettes publicitaires.

Pour M. Tovar-Poitras, l’impact pourrait prendre plusieurs formes. C’est sûr qu’il va falloir diminuer le budget, dit-il.

À long terme, ça pourrait éventuellement mener à des suppressions de postes.

Ça crée une instabilité financière, dans le sens où on ne pourra prévoir nos budgets que par trimestre.

Mathieu Tovar-Poitras, directeur général, La Rotonde

Il va falloir s’adapter pour créer un budget différent pour chaque session parce que comme c’est optionnel, on pourrait avoir par exemple une session d’automne, où l’on reçoit une immense contribution des étudiants, et la session d’après c’est l’inverse, donc il faut être prêt à tous les scénarios, ajoute le directeur général de La Rotonde.

Pour l’heure, impossible de savoir quelle proportion des étudiants va choisir de contribuer. Par défaut, lorsqu’un étudiant consulte sa facture en ligne, les frais « non essentiels » y figurent déjà. Dans le cas de l’Université Ryerson, une fenêtre s’ouvre cependant très rapidement et présente les différents organismes (et le montant de la participation) dont l’étudiant peut être exempté.

Capture d'écran de la liste (non exhaustive) de certains frais « non-essentiels » dont peuvent se délester les étudiants de l'Université de Ryerson depuis la rentrée.

Capture d'écran de la liste (non exhaustive) de certains frais « non essentiels » dont peuvent se délester les étudiants de l'Université Ryerson depuis la rentrée.

Photo : The Eyeopener

Dans un courriel à Radio-Canada, l’Université Ryerson précise que les chiffres préliminaires montrent qu’un nombre important d’étudiants ont choisi de soutenir la vie étudiante au campus.

Adapter la production et varier le contenu

Le journal La Rotonde dit que son édition papier sera annulée à partir de janvier. On avait déjà envisagé de faire un virage numérique, toutefois on n’avait pas prévu de le faire de façon radicale, dit Mathieu Tovar-Poitras. Il regrette, entre autres, ne pas avoir pu prendre le temps d’avoir une structure numérique avec une plus grande capacité.

La première stratégie adoptée par La Rotonde est de se faire connaître au sein de sa communauté, comme ça quand les gens vont être prêts à payer, ils vont pouvoir mettre un visage sur La Rotonde, dit son directeur général.

Même son du côté de The Eyeopener. Nous allons prendre un tournant. Qu’est-ce que les étudiants veulent voir, pas seulement les étudiants en journalisme, mais les étudiants en commerce ou encore en ingénierie, explique la rédactrice en chef.

Plusieurs copies du journal « The Eyeopener »sont empilées.

Le premier numéro de l'année scolaire du journal étudiant de l'Université Ryerson, « The Eyeopener »

Photo : Radio-Canada / Rozenn Nicolle

Une campagne a également été lancée, au campus et sur les réseaux sociaux, pour faire connaître le journal et ses bienfaits auprès de la communauté étudiante, mais aussi pour informer les étudiants des options qui s'offrent à eux. C’est une nouvelle conversation qu’on crée avec les étudiants, commente Nathaniel Crouch, le chef de la rubrique Science de la publication de Ryerson.

Autres organismes touchés et recours aux tribunaux

Les directions des deux journaux prennent toutefois le temps de souligner qu’ils sont loin d’être les seuls touchés. La radio étudiante, les sociétés étudiantes, certaines associations comme celle des étudiants réfugiés ou encore les syndicats étudiants sont touchés par cette mesure.

Et ce sont bien ces derniers qui font le plus de bruit. La Fédération canadienne des étudiantes et étudiants de l’Ontario a décidé de porter sa cause devant les tribunaux, dénonçant une attaque du gouvernement ontarien.

Selon son porte-parole Sébastien Lalonde, la réforme donne moins de chance d’avoir accès aux services essentiels, et donne en exemple les services de banque alimentaire.

Nous allons entrer en cours en octobre, a-t-il déclaré.

Toronto

Éducation