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Le président du Cameroun appelle au dialogue sur fond de crise

Paul Biya sourit dans un bureau de vote.

Le président camerounais Paul Biya, vu ici en octobre 2018, a offert son « pardon » aux séparatistes armés.

Photo : Getty Images / Alexis Huguet

Agence France-Presse

Le président camerounais Paul Biya appelle à un « grand dialogue national » sur le conflit meurtrier entre groupes séparatistes de la minorité anglophone et forces de sécurité dans l'Ouest.

J'ai décidé de convoquer, dès la fin du mois en cours, un grand dialogue national qui nous permettra [...] d'examiner les voies et moyens de répondre aux aspirations profondes des populations du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, mais aussi de toutes les autres composantes de notre nation.

Paul Biya, président du Cameroun

Le chef de l'État, 86 ans et au pouvoir depuis près de 37 ans, prononçait un discours à la nation retransmis sur les antennes de la radio et la télévision nationales.

Ce dialogue sera présidé par le premier ministre Joseph Dion Nguté et rassemblera les différentes composantes sociales, y compris des représentants des forces de défense et de sécurité ainsi que ceux des groupes armés, a assuré M. Biya.

En prélude aux assises, dont le lieu n'a pas été annoncé, le premier ministre mènera de « larges consultations » et des « délégations [iront] dans les prochains jours à la rencontre de la diaspora », a indiqué le président camerounais.

Depuis novembre 2016, les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest font face à une grave crise sociopolitique, les populations originaires de ces zones s'estimant marginalisées.

Il y a plus d'un an, celle-ci a dégénéré en conflit armé entre les séparatistes, en lutte pour la création d'un État anglophone indépendant, et les soldats.

Les combats et les exactions de part et d'autre ont fait plus de 2000 morts depuis le début 2017, selon Human Rights Watch, et forcé plus de 530 000 personnes à fuir leur domicile, d'après l'ONU, dans ces régions peuplées majoritairement par la minorité anglophone qui représente un peu plus de 16 % de la population du Cameroun.

La « rigueur de la loi »

Dans son discours, M. Biya a réitéré son offre de « pardon » aux séparatistes armés qui « déposent volontairement les armes », mais promis à ceux qui s'y refuseraient de subir « toute la rigueur de la loi » et de « faire face aux forces de sécurité et de défense ».

Le leader des séparatistes anglophones, Julius Ayuk Tabe, et neuf de ses partisans ont été condamnés à la prison à vie le 20 août.

Des observateurs avaient alors estimé que cette condamnation n'était pas de nature à favoriser le dialogue, puisque les séparatistes réclament notamment la libération des prisonniers.

Les indépendantistes ont appelé à deux semaines de blocus dans les régions anglophones après ce jugement.

La propagande des sécessionnistes a voulu présenter les décisions de justice récemment rendues à l'encontre d'un certain nombre de nos compatriotes, dans le contexte de cette crise, comme un obstacle au dialogue envisagé. Il n'en est rien.

Paul Biya, président du Cameroun

Bien avant sa condamnation, M. Ayuk Tabe s'est dit ouvert au dialogue, tout en posant comme préalable sa libération, ainsi que celle des autres des prisonniers anglophones. Il a aussi exigé le retrait de l'armée des régions anglophones, une option que Yaoundé n'envisage pas.

Le pays est aussi aux prises avec une autre crise politique. Son adversaire à la présidentielle d'octobre 2018, Maurice Kamto, a été arrêté en janvier et est écroué depuis lors.

Lui et environ 90 de ses alliés et partisans sont poursuivis devant le tribunal militaire de Yaoundé pour insurrection et outrage au chef de l'État, notamment.

M. Biya n'en a pas parlé dans son discours.

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