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Sainte-Marthe-sur-le-Lac : la Ville fait fausse route, disent des riverains

Une pelle excavatrice dépose du gravier dans l'eau.

Pour tenter de contenir la montée des eaux du lac, une troisième digue temporaire a été érigée au printemps dernier, alors que plusieurs milliers de résidents étaient contraints d'évacuer leur domicile.

Photo : Radio-Canada / Caroline Girard

Delphine Jung

Les riverains de Sainte-Marthe-sur-le-Lac qui s’opposent à l’élévation d’une digue à 26,5 mètres de haut ont présenté leur rapport d’ingénierie « indépendant ». Ce dernier indique que la Ville se base sur la mauvaise réglementation pour déterminer la hauteur de la nouvelle digue.

Après les inondations du printemps, la Ville de Sainte-Marthe-sur-le-Lac a en effet prévu de rehausser à 26,5 mètres de haut sa digue qui avait cédé. Une décision qui ne fait pas l’unanimité, puisqu’un collectif d’une trentaine de riverains estiment que leur vue sera obstruée par le nouveau monticule.

Le collectif a donc demandé à l’entreprise d’ingénierie J.F. Sabourin de revoir les conclusions de Cima+, l’entreprise mandatée par la Ville.

Oui à la digue... mais moins haute

Nous sommes d’accord pour le rehaussement et le renforcement de la digue et on reconnaît l’urgence. Mais c’est un ouvrage surdimensionné. […] On a embauché des experts indépendants qui [nous ont fait] leurs recommandations, a lancé Serge Racette, le porte-parole des riverains contestataires, lors d’un point de presse mardi.

Ce dernier croit qu’en prenant une telle décision, la Municipalité veut « se faire pardonner de l’inaction de 2017 en faisant un ouvrage qui n’a aucun bon sens ».

Il a également rappelé que sur les plus de 32 riverains dont le terrain touche le littoral ou sont appuyés sur la digue, plus de 50 % [d’entre eux] ont été sinistrés. Ce ne sont pas juste des riverains qui pensent à leur vue.

L'accès au lac est clôturé. Sur une pancarte, on peut lire : « Travaux de renforcement, de rehaussement et d'imperméabilisation de la digue. Danger. Chantier interdit au public. Défense de passer. »

Le chantier de la future digue de Sainte-Marthe devrait se terminer d'ici la mi-novembre au plus tard, d'après la mairesse.

Photo : Radio-Canada / Julie Marceau

Lors de ce point de presse, Marcel Roy, ingénieur pour l’entreprise J.F. Sabourin, a rappelé qu’en 2017, l’eau n’est pas passée au-dessus de la digue. Et en 2019, la digue s’est brisée. L’élévation de l’eau n’est toujours pas passée au-delà, a-t-il encore ajouté, tout en précisant que cette rupture était due à un manque d’entretien.

Mauvaises normes de calcul

M. Roy critique essentiellement la base sur laquelle Cima+ a fait ses calculs pour déterminer à quelle hauteur la nouvelle digue devra s’élever.

Ils se sont appuyés sur la loi sur la sécurité des barrages. Ce sont des normes qui sont très sévères, à cause des événements au Saguenay, a-t-il expliqué.

Sauf que pour lui, il existe une grande différence entre une digue et un barrage : une digue est « l’extension du littoral », tandis qu’un barrage est une installation qui obstrue un cours d’eau de manière permanente.

Marcel Roy.

Marcel Roy, ingénieur pour l’entreprise J.F. Sabourin, a rappelé qu’en 2017, l’eau n’est pas passée au-dessus de la digue et qu'en 2019, celle-ci s’est brisée.

Photo : Radio-Canada

En [faisant] le choix de faire une conception en fonction de la loi sur les barrages, on fait fausse route, assure M. Roy. Pour l’ingénieur, il faudrait plutôt utiliser les normes de calcul de la politique de protection des rives, du littoral et des plaines inondables.

On recommande, en termes d’élévation finale pour une nouvelle digue, 25,5 mètres, à la limite 25,7 mètres si on veut s’accoter à Pointe-Calumet. On ne remet pas en question la nécessité de renforcer la digue, mais juste la base de calcul utilisée pour déterminer le seuil de la crête.

Marcel Roy, ingénieur pour l’entreprise J.F. Sabourin

La mairesse de Sainte-Marthe-sur-le-Lac, Sonia Paulus, campe sur ses positions. On doit absolument protéger 2500 propriétés. Le 26,5 mètres, de notre côté, n’est pas négociable. J’ai 6000 personnes à protéger, a-t-elle martelé.

Je peux comprendre que c’est malheureux pour eux, mais moi, je ne peux pas travailler pour 30 personnes, alors que j’en ai 3000 derrière.

Sonia Paulus, mairesse de Sainte-Marthe-sur-le-Lac

Contactée par Radio-Canada, l’entreprise Cima+ n’a pas donné suite à nos demandes d’entrevue.

Le ministère de l’Environnement, quant à lui, se dégage de toute responsabilité. Le propriétaire de la digue est pleinement responsable. La digue en tant que telle appartient à la Ville, c’est à eux de déterminer comment ils veulent la construire. Les digues ne sont pas sous notre juridiction, a répondu Louis-Julien Dufresne, attaché de presse du ministre Benoit Charrette.

Pour M. Racette, l’objectif n’est pas d’entamer un bras de fer juridique avec la Ville. C’est la dernière chose qu’on souhaite. On veut inviter les gens de Cima+ et de la Municipalité à se remettre à la table à dessin, a-t-il assuré.

Présent lors du point de presse, l’avocat Simon Pelletier a rappelé que la Ville doit « respecter les normes prévues pour construire des ouvrages ».

On ne peut pas agir dans l’irrationalité, en marge de la loi et des normes qui existent. On vit dans une société d’État de droit et on ne peut pas tomber dans l’arbitraire. Les tribunaux ne tolèrent pas ce genre d’action, a-t-il encore ajouté.

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