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analyse

Se dirige-t-on vers une bulle d'investissements?

Des employés de la Bourse de New York observent leurs écrans avec inquiétude.

Des employés de la Bourse de New York au travail

Photo : Reuters / Jeenah Moon

Gérald Fillion

Se peut-il qu’après la bulle technologique de 2000-2001 et la crise financière de 2007-2009, la prochaine grande bulle qui menace d’éclater soit celle des investissements? Explications. 

Les taux d’intérêt sont bas depuis des années et tendent à baisser encore, au point d’envoyer des signaux de récession. Ces faibles taux d’intérêt galvanisent en même temps les marchés financiers, stimulés par le faible coût du capital et les attentes grandissantes d’intervention massive des banques centrales et des gouvernements dans l’économie.

La Réserve fédérale envoie des signaux de baisse du taux directeur et l’administration Trump parle régulièrement de baisser les impôts en 2020. Le secrétaire américain au Trésor Steven Mnuchin signalait, encore lundi, qu’il était envisagé de réduire les impôts, tout en affirmant qu’il ne voyait aucunement la possibilité d’une récession poindre à l’horizon.

Cette promesse de baisse d’impôt vient à un moment où le déficit budgétaire des États-Unis vient de franchir la barre des 1000 milliards de dollars américains pour les 11 premiers mois de l’exercice 2018-2019. Ce déficit est notamment alimenté par les premières baisses d’impôt annoncées par l’administration en 2017.

Non seulement craint-on, depuis quelque temps, une récession, mais des experts avancent la possibilité qu’une bulle d’investissements soit en train de se former. Le cocktail est le suivant : les taux d’intérêt sont à zéro et les impôts sont à la baisse. La stimulation est telle qu’une quantité exceptionnelle de capital est investie dans différents actifs.

D’un côté, les inquiétudes quant à une récession poussent des investisseurs à acheter des obligations à très faibles taux d’intérêt. Mais, de l’autre, l’intervention des banques centrales et des gouvernements les amène dans le marché boursier, en forte croissance depuis le début de l’année. Une bonne dose de volatilité accompagne tout cela.

Marcher sur un fil

Or, de plus en plus, on a l’impression de marcher sur un fil. Voyons pourquoi.

Comment les investisseurs peuvent-ils s’intéresser encore longtemps à l'achat d'obligations à taux négatif? En Europe, la banque centrale évoque un rachat d’obligations et des baisses de taux à un moment où les gouvernements empruntent à des taux à zéro. L’Allemagne a émis, en août, des obligations à échéance dans 30 ans à un taux négatif de -0,11 %.

Dans le cadre de Question d’intérêt, notre tout nouveau balado économique, le stratège Vincent Delisle exprimait, le 5 septembre, une inquiétude sur les effets à long terme de ces obligations à taux négatif. « Dans quel contexte rationnel, disait-il, cet investissement sera payant? Dans 5, 10, 15, 20 ans? Il y a une prime excessive qui est payée pour des actifs qui sont défensifs. [...] Les investisseurs achètent des obligations, achètent des actifs des secteurs qui sont très, très défensifs, qui versent de gros dividendes, parce que les taux d’intérêt sont à zéro. »

Que va-t-il se passer quand les banques centrales et les gouvernements réduiront leurs interventions pour soutenir l’économie? Est-ce qu’une bulle d’investissements pourrait ainsi éclater? La question est légitime, selon Vincent Delisle, alors que « les investisseurs sont constamment récompensés dans des actifs qui ne cessent de croître, parce que les taux d’intérêt sont près de zéro ».

Fuite massive vers l’argent comptant?

Dans une note économique publiée mardi, l’économiste Hendrix Vachon, de Desjardins, abonde dans le même sens. Il se demande si ces faibles taux, qui ont pour but de soutenir la croissance, n’entraîneront pas finalement des « déséquilibres pouvant déstabiliser l’économie et une réduction de l’efficacité même de la politique monétaire ».

Si vous vous apprêtez à renégocier votre hypothèque prochainement, vous êtes sans doute ravis de savoir que les taux sont extrêmement faibles. Mais les institutions financières pourraient commencer à réduire l’accès au crédit si elles doivent emprunter à des taux plus élevés que les taux qui sont offerts dans le marché aux consommateurs.

De plus, les investisseurs pourraient réduire leurs achats d’obligations gouvernementales si le rendement devenait inexistant. « Une limite pourrait être atteinte, écrit Hendrix Vachon, lorsqu’une masse critique de ménages et d’entreprises estimeraient qu’il est plus avantageux de détenir de l’argent comptant plutôt que des dépôts à des taux négatifs. »

Il ajoute que « d’importantes difficultés pourraient résulter de la formation d’une trappe de liquidité ou de bulles dans la valeur des actifs. La marge de manœuvre est donc faible pour plusieurs banques centrales d’Europe ».

Quand?

Maintenant, l’éclatement de cette bulle, si elle existe véritablement, ne va pas nécessairement se produire avant ou pendant la prochaine récession, s’il y a une telle récession en 2020 ou 2021.

Comme l’explique Vincent Delisle, c’est la hausse des taux d’intérêt et l’épuisement de l’effet des baisses d’impôt qui pourraient entraîner une correction. Ça pourrait survenir plus tard.

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Économie