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La prévention du suicide, l’oubliée des politiciens?

Une personne est assise sur une marche d'escalier avec sa tête appuyée sur ses bras qui sont croisés sur ses genoux.

Du travail reste à faire au Québec pour la prévention du suicide, selon des intervenants en santé mentale. (archives)

Photo : Getty Images / AngiePhotos

Miriane Demers-Lemay

La prévention du suicide est le parent pauvre des politiques québécoises, selon des intervenants qui demandent une stratégie nationale et davantage de financement pour prévenir le suicide.

Il y a plus de décès par suicides que d’accidents sur la route, mais on n’en parle pas aux élections, déplore le directeur général du Centre de prévention du suicide et d'intervention de crise du Bas-Saint-Laurent, Louis-Marie Bédard. Le provincial et fédéral ne s’entendent pas sur des stratégies. Du point de vue politique, c’est très pauvre.

La prévention du suicide, ça stagne depuis 40 ans.

Louis-Marie Bédard, directeur général du Centre de prévention du suicide et d'intervention de crise du Bas-Saint-Laurent

Quand on avait un plan national, on avait diminué de 4,7 %. Maintenant, on reste à près de 3 [suicides] par jour.

Les centres de prévention comme celui du Bas-Saint-Laurent se démènent pour aller chercher le financement nécessaire à leur fonctionnement annuel, raconte Louis-Marie Bédard. Ce dernier ajoute que, pour cette raison, des intervenants spécialisés quittent souvent les centres de prévention pour les centres de santé et de services sociaux qui offrent des salaires deux à trois fois plus élevés.

Le problème, il vient des fonds alloués par un ministère, dit Louis-Marie Bédard, qui se questionne sur le faible budget alloué à la prévention du suicide.

Les gouvernements changent, mais la situation reste pareille.

Louis-Marie Bédard, directeur général du Centre de prévention du suicide et d'intervention de crise du Bas-Saint-Laurent

[Le montant pour la prévention du suicide] ne va pas à la cheville du budget de la sécurité routière, qui a un budget éléphantesque comparativement à la prévention du suicide, qui compte pourtant plus de morts parmi les Québécois, illustre-t-il.

Besoin d'aide pour vous ou vos proches?

Ligne québécoise de prévention du suicide : 1 866-APPELLE (277-3553)

Ce service est disponible partout au Québec, 7 jours sur 7, 24 heures sur 24

Du financement demandé à Québec

Lundi, un collectif a remis un plaidoyer au gouvernement provincial pour la création d’une stratégie nationale en prévention du suicide.

Une telle stratégie est nécessaire pour assurer une meilleure prévention du suicide au Québec, selon Linda Poirier, présidente du Regroupement des centres de prévention du suicide du Québec, et directrice générale du centre de prévention du suicide de Québec. Chaque jour en moyenne, trois personnes s'enlèvent la vie dans la province, tandis que 80 font des tentatives de suicide.

Ça prend une volonté politique pour qu’on aille de l’avant d’une façon soutenue et constante, pas seulement une fois par année lors de la Journée mondiale de la prévention du suicide ou de la semaine nationale de la prévention du suicide, croit Linda Poirier.

On connait déjà les moyens pour prévenir le suicide, il suffit d’avoir les ressources.

Linda Poirier, présidente du Regroupement des centres de prévention du suicide du Québec
Un bénévole au téléphone.

La ligne de prévention du suicide permet d'aller chercher de l'aide au téléphone au 1 866-APPELLE (277-3553).

Photo : Radio-Canada

Linda Poirier insiste sur l’importance de consolider les ressources pour la ligne téléphonique 1 866-APPELLE, laquelle fait face à un roulement de personnel plus important qu’auparavant en raison des conditions salariales. Elle ajoute que davantage de ressources financières permettraient également d’accroître le travail réalisé en amont.

On voudrait faire plus et mieux, dit-elle. Il y a des groupes cibles pour lesquels on aimerait développer des programmes, des activités qui sont plus spécifiques qui s’adressent aux aînés, aux jeunes, aux nouveaux arrivants.

Changer les politiques avec la pression populaire

Si la prévention du suicide fait peu partie des priorités politiques, c’est parce que les résultats obtenus pour des actions en ce sens se font sentir à moyen et long termes, bien après la période de réélection des politiciens qui les mettent en branle, selon l’analyste politique Jean-François Fortin.

À partir du moment qu’on parle en politique d’une problématique et qu’on l’admet, on attend des politiciens qu’ils mettent des mesures visant à régler la situation, dit-il, en expliquant que les stratégies nationales impliquent d’importants investissements de temps et d’énergie. L’investissement dans les stratégies nationales n’a pas, en général, un rendement politique important à court terme. Elles impliquent une réflexion en profondeur qui peut parfois remettre en question des approches passées.

L’analyste explique que les politiciens peuvent ainsi être davantage enclins à embrasser des causes moins taboues et qui touchent un plus grand nombre de personnes, comme les maladies du cœur.

Des cyclistes participant à une activité pour amasser des fonds pour le cancer arrivent à Sainte-Flavie.

Des activités de sociofinancement pour la lutte contre le cancer sont souvent bien plus populaires que la prévention du suicide.

Photo : Radio-Canada / Miriane Demers-Lemay

La motivation politique peut toutefois venir de la population, selon M. Fortin.

Les gouvernements viennent à traiter les stratégies nationales puisqu’il y a de fortes pressions populaires qui imposent de les mettre prioritaires à l’agenda, dit-il, en saluant le plaidoyer du collectif.

Reste à savoir si le cri du cœur lancé par les intervenants et les organismes en prévention du suicide sera entendu par les élus.

Bas-Saint-Laurent

Suicide