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Les écoles du Plateau débordent, une solution à proximité?

Des écoliers traversent la rue sous l’œil vigilant d'un brigadière.

Des enseignants qui ont parlé à Radio-Canada sous le couvert de l'anonymat soutiennent que leurs classes dépassent systématiquement les ratios d’élèves reconnus par la convention collective.

Photo : Radio-Canada / Christian Milette

Antoine Trépanier

Les classes débordent, les locaux se font plus rares et une école tarde à être construite dans le district du Plateau, à Gatineau. Qui plus est, Radio-Canada a appris qu’une école à proximité du secteur compte amplement de locaux disponibles et pourrait permettre de désengorger des écoles saturées.

Dans un geste inusité, près d’une dizaine d’enseignants des quatre écoles du secteur du Plateau ont profité de la semaine de la rentrée pour dénoncer des conditions de travail qu’ils qualifient d’intenables, lors d'une rencontre avec Radio-Canada.

Les enseignants — qui ont requis l’anonymat par crainte d’être congédiés pour avoir enfreint leur devoir de loyauté envers la Commission scolaire des Portages-de-l’Outaouais (CSPO) — soutiennent que leurs classes dépassent systématiquement les ratios d’élèves reconnus par la convention collective.

Selon eux, la commission scolaire ne reconnaît pas les moyennes prévues et ce sont les élèves qui, ultimement, en subissent les conséquences.

On n’a pas le choix un moment donné, des élèves en difficulté, d’en laisser tomber. C’est plate à dire, mais pauvres petits, je n'en ai plus de temps, confie une enseignante, visiblement ébranlée.

Une école à « moitié vide »

Les enseignants se demandent si les autorités scolaires ont exploré toutes les avenues à leur disposition pour désengorger le système. La location de classes modulaires a été évoquée, mais le déplacement d’élèves dans une école à proximité est plus logique, selon eux.

Une cour d'école vide avec quelques cônes.

L’Iimmeuble de la Petite-Ourse de l’École des Tournesols a été inauguré en 2018. Depuis, l’école accueille les élèves du préscolaire à la 2e année.

Photo : Radio-Canada

L’immeuble de la Petite-Ourse de l’École des Tournesols, dans le secteur d’Aylmer, est situé à moins de 10 km de leur établissement respectif et est presque à moitié vide. Le bâtiment, qui a une capacité maximale de 625 élèves, accueille 370 enfants de la maternelle à la 2e année.

L’immeuble des Tournesols accueille pour sa part 371 enfants de la 3e à la 6e année dans un bâtiment qui pourrait en accueillir 507.

Au niveau de la gestion, c’est sûr qu’on se questionne […] Cette école-là, qui est complètement neuve, n’est pas occupée à pleine capacité. Tout le deuxième étage est utilisé pour des bureaux administratifs, la formation des profs. Ça n’a pas été construit pour ça, ça a été construit pour accueillir des jeunes, affirme la présidente du Syndicat de l’enseignement de l’Outaouais, Suzanne Tremblay.

Le directeur général de la CSPO répond qu’il souhaite d’abord et avant tout garder les élèves dans un secteur donné et éviter de grands déplacements aux parents et enfants. Une pénurie dans le transport scolaire serait également un élément problématique, selon lui.

Le syndicat s’en mêle

Suzanne Tremblay pose pour la caméra devant une école.

« Il n’y a plus d’espace. La musique, c’est l’enseignant qui va se promener au travers des 20 ou 25 locaux de l’école », raconte la présidente du Syndicat de l’enseignement de l’Outaouais, Suzanne Tremblay.

Photo : Radio-Canada / Yasmine Mehdi

La situation est si difficile que le Syndicat de l’enseignement de l’Outaouais multiplie les griefs à l’employeur pour non-respect des ratios d’élèves par classe.

En 2018-2019, le syndicat dit avoir dénombré 25 classes du préscolaire qui ne respectaient pas le ratio tel que le stipule la convention collective et 37 classes au niveau primaire dans toute la Commission scolaire des Portages-de-l’Outaouais.

La majorité des dépassements proviennent des écoles du Plateau. La Commission scolaire se fiche de la moyenne [d’élèves par classe]. On ajoute un élève, on ajoute un deuxième, un troisième élève, note le syndicat.

La cour d'école de l'École du Plateau, à Gatineau.

Depuis l’ouverture de l’École du Plateau, il y a environ 20 ans, trois autres écoles ont été construites et une quatrième devrait être ouverte en 2020.

Photo : Radio-Canada / AntoineTrépanier

Le directeur général de la CSPO concède qu’il y a eu l’ajout d’une dizaine de classes à même l’espace existant dans les écoles du Plateau.

Effectivement, ce n’est pas l’idéal. On vit une promiscuité qui fait que la gestion devient plus difficile […] On comprend que ça fait une surcharge au niveau des enseignants. Maintenant, il y a des mécanismes au niveau de la convention collective qui permettent de compenser ces choses-là, soutient Jean-Claude Bouchard.

Je ne suis pas en désaccord avec le Syndicat de l’enseignement, mais de là à dire qu’on prend de grandes libertés, je ne vais pas jusque là.

Jean-Claude Bouchard, directeur général de la Commission scolaire des Portages-de-l'Outaouais

Des conséquences fâcheuses

À l’École de l’Amérique-Française, c’est la fin du traditionnel local de musique. Dès cette année, la salle polyvalente est divisée en deux par des casiers roulants — et non pas des murs — pour accueillir des cours de musique d’un côté et d’éducation physique de l’autre.

Pourquoi? Parce qu’il y a une classe de plus, lâche une enseignante de l’école. Une situation que la CSPO juge ne pas être idéale , mais qui a été prise en collaboration avec les enseignants pour atténuer les inconvénients.

La façade de l'École de l'Amérique française à Gatineau.

L’École de l’Amérique-Française accueille plus d’une centaine d’élèves en surplus. Des locaux ont dû être réaménagés en classes.

Photo : Radio-Canada

Selon des données fournies par la CSPO, l’École de l’Amérique-Française compte présentement 810 élèves répartis dans 33 locaux. Toutefois, la capacité maximale d’élèves que peuvent accueillir les 28 locaux déclarés est de 676, soit un surplus de 134 élèves.

La salle polyvalente est désormais inaccessible, tout comme les locaux des services de garde. Les enfants mangent maintenant dans les classes.

Les élèves apprennent dans la classe, mangent dans la classe et font la fin de la journée dans la classe. Ils sont tout le temps dans le même local, sauf quand ils vont dehors, dénonce l'enseignante.

À cela, la CSPO réplique qu’elle ne dépasse pas le ratio d’élèves d’un enfant de plus par classe prévu à la convention collective et que des ressources ont été ajoutées dans les écoles.

Moi, les enfants qui ont des besoins particuliers, qui sont intégrés dans les classes ordinaires, j’ai des ressources. J’ai des gens aux aguets là-dessus, affirme M. Bouchard.

Jean-Claude Bouchard en entrevue dans son bureau.

Le directeur général de la Commission scolaire des Portages-de-l’Outaouais, Jean-Claude Bouchard (archives).

Photo : Radio-Canada

Or, la réalité sur le terrain serait toute autre selon les enseignantes rencontrées. Le manque d’orthopédagogues, d’orthophonistes, de psychologues, d’accompagnateurs d’élèves à besoins spéciaux est criant selon elles.

Selon nos informations, la CSPO doit pourvoir plus d’une centaine de postes d’employés de soutien, dont de nombreux techniciens en éducation spécialisée, pour faciliter l’arrivée d’enfants autistes et avec des difficultés d’apprentissage dans des classes régulières.

Écoutez, ce que je réponds, c’est que mon service des ressources humaines travaille fort pour essayer de recruter. On est assez agressifs, rétorque M. Bouchard.

Où sont les casiers ? Où est le mur du gymnase ?

Entre autres choses, déplorent les enseignants qui se sont confiés à Radio-Canada, il manque de casiers, de pupitres et de chaises dans plusieurs écoles du secteur.

On a ouvert une classe cette année et ils n’ont pas de pupitres. Ils ont mis des tables temporaires pour le moment, mais les pupitres ne sont pas rentrés encore, raconte une enseignante de l’École des Deux-Ruisseaux, qui accueille cette année 789 élèves, soit une dizaine de plus que la capacité maximale d’élèves.

En juin, un véhicule est entré en collision avec ce bâtiment de la rue de l’Atmosphère, poussant les autorités scolaires à fermer l’un des deux gymnases.

Résultat? Le Syndicat de l’enseignement de l’Outaouais affirme avoir eu l’assurance que le gymnase sera prêt à la fin septembre et que d’ici là, les enseignants devront s’adapter et enseigner à l’extérieur.

Un stationnement devant une école

En juin dernier, un véhicule est entré en collision avec le mur extérieur du gymnase de l’École des Deux-Ruisseaux. Depuis, les cours d’éducation physique prévus dans ce gymnase se font à l’extérieur.

Photo : Radio-Canada / AntoineTrépanier

On va souhaiter du beau temps d’ici la fin septembre, parce que c’est la réponse qu’on a eue de la CSPO, a ironisé la présidente du syndicat, Suzanne Tremblay.

Or, selon nos informations, le service des ressources matérielles de la CSPO n’avait pas prévu cet été à quel moment le projet réparation du mur du gymnase serait entamé à l’École des Deux-Ruisseaux. La commission scolaire prévoyait alors avoir terminé ce projet pour le 1er septembre 2020.

On pensait avoir des réponses plus rapidement du ministère. C’est prévu pour la fin septembre [de cette année], tranche M. Bouchard.

Un secteur en pleine croissance

Depuis des années, le secteur du Plateau est l’endroit à Gatineau où la croissance démographique est la plus marquée.

Selon les données du recensement de Statistique Canada, il y avait plus de 21 000 résidents dans ce secteur en 2016. Depuis, les projets immobiliers se multiplient, mais pas nécessairement les constructions d’école.

En septembre 2014, l’École de l’Amérique-Française était la quatrième école à ouvrir dans le secteur du Plateau. Depuis, les autorités scolaires ont prévu construire une nouvelle école pour désengorger celles en place.

De petits édifices à logements en construction

Un chantier de construction d'un complexe de logements locatifs dans le secteur du Plateau, à Gatineau (archives).

Photo : Radio-Canada / Jean-Sébastien Marier

La CSPO a obtenu le financement nécessaire pour une école d’au moins 300 élèves en 2016. L’ouverture de l’École 036, située à l’est du boulevard du Plateau et au sud du boulevard d’Amsterdam, était initialement prévue pour la rentrée de 2018.

Or, l’appel d’offres pour la construction de cette école qui doit désormais accueillir plus de 700 élèves a été lancé le jour de la rentrée 2019, tout juste après le son de la cloche indiquant la fin des classes.

La construction ne commencera pas avant le mois d’octobre. La rentrée en 2020 est donc compromise, puisque la construction d’une école primaire prend généralement un an.

Au départ, on souhaite tous qu’elle soit prête pour la rentrée, mais ça pourrait être serré, a récemment confié le président de la CSPO, Mario Crevier.

Mario Crevier pose pour la caméra dans un stationnement.

Le président de la Commission scolaire des Portages-de-l'Outaouais, Mario Crevier (archives).

Photo : Radio-Canada / Yasmine Mehdi

Mais même avec une nouvelle école, le problème se règlera-t-il?

[Quand on voit un nouvel édifice à logement se construire] on se dit “Ah! Au secours! Il va aller où [l'enfant]? À notre école ou à une autre? lance une enseignante de l’École du Marais, complètement exaspérée par les nombreux appartements qui se construisent à proximité de son école.

Selon nos informations, des discussions informelles sont en cours au sujet d’une nouvelle école dans le district du Plateau, au nord du chemin Pink. Des discussions qui ne sont pas encore au stade de la négociation, puisque ni le bureau du maire de Gatineau ni l’administration municipale n’avait d’informations à ce sujet.

Ottawa-Gatineau

Éducation