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La vedette de cantopop Denise Ho, militante hongkongaise aux racines montréalaises

Céline Galipeau s'est entretenue avec Denise Ho

Photo : Getty Images / AFP / Fabrice Coffrini

Radio-Canada

Depuis des semaines, parmi les milliers de personnes qui protestent contre l’ingérence grandissante de Pékin dans les affaires de Hong Kong, se trouve la star de la musique pop hongkongaise, Denise Ho. De nationalité canadienne, elle a habité la région de Montréal cinq ans pendant son adolescence.

La chef d’antenne du Téléjournal Céline Galipeau s’est entretenue avec cette militante bien connue de la démocratie et des droits de la communauté LGBTQ.


Quel est l’état d’esprit à Hong Kong après une autre fin de semaine de contestation?

Nos demandes n’ont pas changé. Même si la chef de l'exécutif [Carrie Lam] a supposément levé la loi sur l’extradition, on n’est pas satisfaits. Il y a eu beaucoup de brutalité policière. Le peuple demande toujours les cinq mêmes choses.

Les manifestants demandent cinq engagements au gouvernement de Hong Kong :

  1. la libération des manifestants qui ont été arrêtés depuis le début du mouvement;
  2. la reconnaissance officielle qu’ils ne sont pas des émeutiers;
  3. une réforme de la police de Hong Kong;
  4. des élections libres;
  5. la démission de Carrie Lam, chef de l’exécutif de Hong Kong.

Le retrait du projet de loi sur l’extradition, selon vous, c’est trop peu, trop tard?

Nous voulons au moins une enquête sur la brutalité policière, parce qu’à l’heure actuelle, nous constatons que la police a toute l’autorité voulue pour faire tout ce qu’elle veut. Les policiers ne suivent pas vraiment les règles, alors les gens sont très en colère.

Bien sûr, la cause fondamentale de tout ce qui s’est passé, c’est que nous n’avons pas le suffrage universel, nous ne pouvons pas élire notre propre chef dirigeant. Avec un dirigeant nommé par Pékin, nous n’avons aucun moyen de faire en sorte que justice soit rendue et que le peuple soit respecté par le gouvernement communiste. Ce dernier ne respecte pas les promesses qu’il a faites au peuple.

Vous faites face à l’un des gouvernements les plus puissants du monde, celui de la Chine. Pensez-vous que vous pouvez l’emporter?

Hong Kong partage les valeurs universelles de la plupart des sociétés progressistes, dont le Canada. Moi-même, j’ai passé mon adolescence à Montréal. Je sais que tout le monde au Canada, aux États-Unis, au Royaume-Uni, nous, comme gens plus développés et civilisés, nous voulons ce genre de liberté. Ce n’est pas une situation exclusive à Hong Kong, mais bien mondiale, puisque le gouvernement chinois a des tentacules partout dans le monde.

Il y a quelques semaines à peine, des militants de Hong Kong ont été exclus du défilé de la Fierté à Montréal, ce qui m’a beaucoup fâchée. Ce genre d’autocensure est dû au fait que la Chine est une énorme puissance économique et qu’elle apporte ses valeurs communistes avec elle partout dans le monde.

En tant que communauté mondiale, je pense que nous devons être conscients de cette situation et que nous devons nous unir face aux érosions des sociétés civilisées, de leur intégrité et des valeurs humanitaires.

Denise Ho

Comme la période de transition prévue de la rétrocession doit se terminer en 2047, la fin du modèle « un pays, deux systèmes » n’est-elle pas inévitable?

Personnellement, je vois des changements dans le monde : beaucoup de gouvernements autoritaires contrôlent actuellement différentes sociétés, mais je pense qu’en tant qu’humanité, nous progressons. Dans l’histoire, il y a eu la montée et la chute de différents empires, différents régimes et gouvernements, alors je pense qu’il y a beaucoup de possibilités. Vous savez, le système chinois lui-même peut progresser, car il nous reste 28 ans [d’ici 2047]. Nous ne savons jamais ce qui peut arriver.

Le pouvoir est toujours au sein du peuple. Et nous, en tant que peuple, si nous croyons encore à ces valeurs humanitaires et à ces valeurs universelles, je pense que nous devons faire savoir à tous les gouvernements que nous ne sommes pas satisfaits de la situation.

Denise Ho

En tant que peuple de Hong Kong, nous sommes en première ligne de cette lutte très globale pour l’humanité. Et je reste optimiste, car l’histoire nous a montré que des changements sont possibles, même dans des situations désespérées. Je garde cet espoir et comme Hongkongais, nous allons continuer la lutte.

Denise Ho chante sur scène et joue de la guitare.

Denise Ho en concert à Oslo en mai 2019

Photo : The Associated Press / Ryan Kelly

Vous êtes une artiste connue. Votre engagement politique vous a déjà coûté très cher. Jusqu’où êtes-vous prête à aller dans ce combat?

À ce stade-ci, il n’y a pas de retour en arrière pour quelqu’un qui s’est investi et qui s’est tenu aux côtés du peuple. Je pense que c’est la bonne chose à faire face à un gouvernement communiste qui ne pardonne pas à ceux qui ne sont pas d’accord avec lui. Mes valeurs sont évidemment confrontées à leurs valeurs. C’est un combat pour lequel je n’ai pas de regrets. En ce qui me concerne, les libertés et les droits de la personne ont toujours été plus importants que la gloire, la fortune et le côté matériel de la vie.

Qu’est-ce qui vous reste de ces années passées à Montréal pendant votre adolescence?

Surtout ma façon de regarder la vie. À Hong Kong, la société était très matérialiste, et on a vu un changement entre les jeunes d’il y a 10 ans, 5 ans – avec la révolution des parapluies – et maintenant en 2019. On a vu les deux générations de jeunes se battre pour leurs libertés et tous les droits de la personne qui sont chers aux Hongkongais.

En état d'arrestation, Denise Ho est escortée par deux policières devant un groupe de journalistes, photographes et caméramans.

Arrestation de Denise Ho le 11 décembre 2014 à Hong Kong

Photo : Getty Images / Lucas Schifres

Denise Ho a été arrêtée lors des manifestations de la révolution des parapluies en 2014. Depuis, la star de la cantopop s’est vu interdire de monter sur scène en Chine continentale, et sa musique a été retirée des services de diffusion en continu en Chine.

Vous étiez très célèbre en Chine, c’était un énorme marché pour votre musique. Donc, vous avez perdu quelque chose...

Bien sûr, si vous le mettez en chiffres, cela aurait pu représenter plusieurs millions de dollars. Mais j’ai grandi à Montréal, je suis Canadienne de cœur. Donc, mes priorités ne sont pas vraiment du côté économique et financier. Si je dois choisir entre la liberté et l’argent, le choix est évident pour moi.

Quand vous vous êtes adressée au Conseil des droits de la personne des Nations unies, à Genève, en juillet dernier, vous avez été interrompue deux fois par le représentant de la Chine. Avez-vous été surprise de cette réaction?

Comme les fonctionnaires chinois ont l’habitude d’arrêter les gens qui s’opposent à eux, je m’attendais à ces interruptions. Cela prouve simplement ce que j’ai dit à leur sujet : que la Chine ne permet pas la liberté d’expression. Nous sommes donc face à un gouvernement autoritaire qui opprime les gens. Même si cela ne va pas provoquer de grandes discussions au sein de l’ONU, comme population, je pense que nous devons exprimer nos pensées et nos opinions lorsque nous en avons la chance.

Denise Ho dans une salle de l'ONU à Genève

La chanteuse pop hongkongaise Denise Ho s'adresse au Conseil des droits de la personne des Nations unies à Genève en juillet 2019.

Photo : The Associated Press / Jamey Keaton

Vous ne vous êtes pas sentie intimidée?

Depuis que j’ai pris la parole au Conseil des droits de la personne des Nations unies, je suis évidemment une plus grande cible pour le gouvernement chinois. Mais tous les Hongkongais sont menacés à différents niveaux, que ce soit en se faisant retirer leurs libertés ou par des menaces personnelles.

Je suis une cible depuis le mouvement des parapluies. Si c’est la bonne chose à faire, je vais continuer, même si je risque de me faire arrêter ou même attaquer de manière violente, comme nous l’avons vu récemment à Hong Kong.

Avez-vous envisagé de revenir vous installer au Canada si la situation dégénère à Hong Kong?

J’adore Montréal, c’est ma deuxième maison. Mais actuellement, Hong Kong traverse une période très difficile. À un moment donné, je pourrais prendre ma retraite à Montréal, mais pas encore. Tant que nous nous battrons, je dois rester aux côtés de notre peuple. J’espère qu’on gagnera ce combat pour pouvoir aller à Montréal quand je serai plus vieille.

Vous dites : « On peut gagner ce combat ». Pensez-vous toujours que c’est possible de gagner face à la Chine? Pour nous, ça semble être David contre Goliath...

Il y a tellement de David dans le monde! Tant que tous les David se rassemblent, je pense qu’il n’y a qu’un seul Goliath… C’est une bataille très difficile, mais je pense qu’on peut être optimiste, garder espoir et se battre aussi fort que nous le pouvons.

Les propos de Denise Ho ont été abrégés et légèrement modifiés pour faciliter la lecture du texte.

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