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À bout de souffle, des familles et employés d’un foyer de soins lancent un cri du coeur

Le conflit entre les employés syndiqués de 46 foyers de soins du Nouveau-Brunswick et le gouvernement dure depuis des mois.

Une préposée aux soins aide une aînée à se déplacer dans un corridor.

Huit employés se sont absentés du foyer Ste-Elizabeth à Baker-Brook au Nouveau-Brunswick en fin de semaine.

Photo : Reuters / Thomas Peter

Anaïs Brasier

En fin de semaine, huit employés étaient absents au foyer de soins Ste-Elizabeth à Baker-Brook, au Nouveau-Brunswick, malades ou épuisés. Résultat les employés présents ont dû se concentrer sur les soins essentiels, laissant de côté d’autres soins malgré tout importants pour la qualité de vie des résidents. Une situation qui désole à la fois les familles, les employés et la direction du foyer.

Les employés du foyer de soins Ste-Elizabeth à Baker-Brook sont épuisés. Chaque jour, je me demande combien on va être pour travailler. Mais on n’a pas le choix, faut donner les soins avec le peu de personnel et de temps qu’on a, lance Jinny Boulet, qui est aussi secrétaire archiviste pour le Syndicat canadien de la fonction publique.

Alors on arrive à la maison avec le sentiment qu’on n’a pas accompli ce qu’on devait accomplir.

Jinny Boulet, employée au foyer de soins Ste-Elizabeth à Baker-Brook, au Nouveau-Brunswick

Pour cause, la pénurie de personnel dans les résidences pour personnes âgées partout dans la province et les négociations entre les employés syndiqués et l’Association des foyers de soins du Nouveau-Brunswick qui sont au point mort depuis des mois.

Au foyer Ste-Elizabeth, c’est environ sept postes qui sont à combler, explique un des directeurs du conseil d’administration et maire de la communauté du Haut-Madawaska, Jean-Pierre Ouellet. Résultat : ce sont les résidents qui en payent le prix. Il y a une semaine, cinq employés du foyer étaient en arrêt de travail. Vendredi, trois autres employés se sont ajoutés à cette liste . Au total, ces huit personnes représentent le quart de tous les employés du foyer.

Le foyer vu de l'extérieur, en été.

Environ sept postes sont à combler au foyer Ste-Elizabeth à Baker-Brook, au Nouveau-Brunswick.

Photo : Radio-Canada / Bernard Lebel

Pas de maltraitance, mais des conditions inacceptables, selon des familles

Des familles rencontrées par Radio-Canada n’ont constaté aucune maltraitance grave. Elles assurent même que les employés du foyer sont exceptionnels et font tout ce qu’ils peuvent. Mais les soins se détériorent au fil du temps, assure Line Landry, dont la mère réside au foyer Ste-Elizabeth.

Tout le monde court. Personne a le temps d’arrêter, les personnes âgées sont des numéros.

Line Landry, fille d'une résidente du foyer Ste-Elizabeth à Baker-Brook, au Nouveau-Brunswick

Par exemple, les résidents sont restés en pyjama toute la journée en fin de semaine. D’autres résidents se sont couchés plus tard que prévu. D’habitude on est cinq le soir, là on était trois. J’étais seule dans l’aile des hommes, explique Nancy Boucher, aussi président du SCFP pour le foyer. J’ai couché un monsieur deux heures plus tard que prévu parce que j’étais seule. On fait avec ce qu’on a, mais c’est les résidents qui paient.

Les négociations doivent reprendre, demandent les intervenants de première ligne

Familles, employés et membres de la direction sont d’accord et ne se jettent pas le blâme à l’un ou à l’autre. Ce qu’il faut, disent-ils, c’est que le gouvernement, l’Association des foyers de soins du Nouveau-Brunswick et le syndicat retournent à la table des négociations pour trouver une entente qui reconnaît l’importance du travail des employés des foyers de soins.

Je ne peux pas blâmer les employés, ils n’ont pas le temps, dit Michelle St-Onge, dont le père, atteint d’Alzheimer, réside au foyer Ste-Elizabeth. Mais les résidents méritent plus que des soins de base. Ils ont travaillé toute leur vie et vont finir leur vie comme ça.

Le gouvernement doit faire quelque chose. Un jour, ce sera eux qui seront dans les foyers de soins, je leur souhaite que la situation se sera améliorée.

Michelle St-Onge, fille d'un résident du foyer Ste-Elizabeth à Baker-Brook, au Nouveau-Brunswick
Michelle St-Onge en entrevue.

Michelle St-Onge considère que les services se dégradent au foyer Ste-Elizabeth, mais ne blâme pas les employés, qui sont trop peu nombreux.

Photo : Radio-Canada / Bernard Lebel

Demain on a une réunion du conseil [municipal] et je vais demander au conseil de passer une résolution pour demander au gouvernement, à l’association et au syndicat de retourner à la table pour négocier une convention en bonne et due forme et de bonne foi, promet quant à lui Jean-Pierre Ouellet.

Le conflit entre les employés syndiqués de 46 foyers de soins du Nouveau-Brunswick et l’Association des foyers de soins du Nouveau-Brunswick dure maintenant depuis le mois de mars dernier. Les employés ont alors voté en masse pour un mandat de grève, qu’ils n’ont toutefois pas le droit d’exercer. Les négociations pour une nouvelle convention collective n’avancent pas depuis toutefois beaucoup plus longtemps.

En attendant, la mère de Michelle St-Onge continuera d’aller au foyer Ste-Elizabeth tous les midis et tous les soirs, pour s’assurer que son mari mange ses repas chauds. Une tâche que ne peuvent accomplir les employés, qui ont trop de bouches à nourrir et trop peu de temps.

Avec les informations de Bernard Lebel

Nouveau-Brunswick

Relations de travail