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Arsenic : des citoyens prêts à violer la loi pour exprimer leur mécontentement

Sur une poubelle grise à côté d'une table à pique-nique, un graffiti de tête de mort avec les mots « ville » et « arsenic ».

Graffiti dénonçant la forte concentration d'arsenic dans l'air à Rouyn-Noranda.

Photo : Radio-Canada / Émilie Parent-Bouchard

Émilie Parent Bouchard

« Menace en l'air », « Ville arsenic », « Know your enemy » : les graffitis et affiches se multiplient sur les biens publics de la ville de Rouyn-Noranda. Des citoyens s'en prennent ainsi au mobilier urbain pour exprimer leur mécontentement quant à la gestion des émissions d'arsenic de la Fonderie Horne par les autorités publiques. Ils commettent cependant des actes illégaux qui pourraient non seulement être sanctionnés par les autorités municipales, mais aussi les exposer à une peine d'emprisonnement.

Parc Chadbourne, poubelles le long de la nouvelle piste cyclable, pancarte signalétique des sentiers Kiwanis. Même le viaduc de la rue Murdoch a été la cible d'un graffiteur qui opère dans l'ombre. Depuis quelques semaines, la mention « ville arsenic » encadre une tête de mort en pochoir sur le mobilier urbain.

Un autre citoyen arpente rues et ruelles pour installer des affiches mentionnant « Know your enemy » ou encore « Menace en l'air ». Muni du masque qui a fait la renommée des pirates informatiques d'Anonymous et d'une cagoule, il est d'ailleurs venu se manifester devant nos studios à deux reprises sans que nous ne puissions réagir.

Une affiche collée sur un bac vert dit « arsenic, know your enemy ».

Des affiches du même genre ont fait leur apparition en ville au cours de l'été, notamment sur les poubelles derrière Radio-Canada.

Photo : Radio-Canada / Marie-Hélène Paquin

Des gestes qui divisent

Les citoyens, comme ces deux randonneuses rencontrées lundi matin dans les sentiers Kiwanis, sont divisés quant à ces manifestations graphiques qui ont fait leur apparition ces derniers jours.

Un graffiti, ça ne fait pas de mal à personne. Ça fait conscientiser le monde qu'on a de l'arsenic à Rouyn-Noranda, lance Ginette Bélanger.

Si ça peut faire bouger le gouvernement, ça ne me dérange pas.

Ginette Bélanger

C'est sûr que c'est un bon moyen de pression, mais en même temps, si on ne les voit pas, s'ils sont cachés dans le bois, s'il y a des graffitis partout, ça ne sera pas très beau visuellement, ça fait de la pollution [visuelle], renchérit pour sa part Isabelle Giasson.

Un appui à la mobilisation

Le comité Arrêt des rejets et émissions toxiques (ARET), un comité citoyen formé dans la foulée du dévoilement des résultats de l'étude de biosurveillance sur l'exposition près de quatre fois plus élevée des enfants du quartier Notre-Dame à ce cancérigène, se dissocie de ces démarches. La co-porte-parole du regroupement citoyen, Mireille Vincelette, ne condamne cependant pas ces gestes et y voit même un appui à la mobilisation citoyenne.

Nous, le comité ARET, on reste encore dans des mesures très ''dans la loi'', on ne fait pas d'actes de désobéissance civile, rappelle la mère de deux jeunes enfants. Par contre, en voyant ces gestes-là, on se dit qu'on n'est pas les seuls à être préoccupés. [...] Ça nous encourage à continuer notre bataille et à grader encore plus nos actions.

Sur le trottoir, un cercle noir dans lequel est dessiné en jaune une tête de mort et les mots : « ville arsenic ».

De nombreux graffitis dénonçant les émissions d'arsenic peuvent être vus à Rouyn-Noranda. Celui-ci se trouve sur un trottoir sous le viaduc de la rue Murdoch.

Photo : Radio-Canada / Émilie Parent-Bouchard

Des conséquences graves

La Sûreté du Québec n'avait reçu aucune plainte concernant ces actes de vandalisme au moment de mettre cet article en ligne lundi après-midi. La porte-parole de la SQ, Nancy Fournier, rappelle d'ailleurs que les contrevenants s'exposent à des sanctions qui peuvent être sévères.

Quand on parle de graffitis, on parle de dessins, de slogans gravés ou tracés sur des murs, des monuments, des propriétés privées, sur des objets situés dans l'espace public. Les graffitis sont considérés comme un acte de vandalisme lorsqu'ils sont réalisés sans consentement ou autorisation légale sur un lieu public ou privé, rappelle la sergente Fournier.

Lorsqu'un individu réalise un graffiti illégal, il pourrait avoir jusqu'à une peine d'emprisonnement si il est reconnu coupable. On parle ici de méfait.

Nancy Fournier, porte-parole de la SQ

Elle indique d'ailleurs que la peine maximale peut aller jusqu'à 10 ans d'incarcération pour de tels délits.

Quant à la Ville de Rouyn-Noranda, elle déplore ces actes de vandalisme et assure qu'elle formulera une plainte en bonne et due forme. Elle précise que ces graffitis seront enlevés et invite les citoyens à manifester leur mécontentement via les mécanismes de communication prévus à cet effet.

Abitibi–Témiscamingue

Justice et faits divers