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#BalanceTonMiso : la croisade de Tiphaine Auzière contre le sexisme ordinaire

Les deux femmes sont souriantes.

L'avocate Tiphaine Auzière en compagnie de sa mère, Brigitte Macron, première dame de France, en juin 2017

Photo : Getty Images / AFP / Philippe Huguen

Radio-Canada

La fille de Brigitte Macron vient de lancer une campagne sur Twitter pour dénoncer la misogynie, dans la foulée des insultes proférées par des officiels du gouvernement brésilien contre le physique de la première dame de France. Nous avons parlé avec Tiphaine Auzière.

Vieille et vraiment moche : c’est de cette façon que le président brésilien et un de ses ministres ont parlé de Brigitte Macron au cours des derniers jours. D’abord, le président Jair Bolsonaro, pendant le G7 de Biarritz, s’est moqué du physique de la première dame de France sur Facebook. Quelques jours plus tard, le ministre brésilien de l’Économie en a rajouté, en déclarant que Brigitte Macron était « vraiment moche ».

Des citoyens brésiliens, dont l’écrivain connu Paulo Coelho, ont dénoncé ces propos sur les réseaux sociaux, avec le mot-clic #DisculpaBrigitte (Nouvelle fenêtre).

Et vendredi, la fille de la première dame française, Tiphaine Auzière, a lancé sur Twitter la campagne #BalanceTonMiso (Nouvelle fenêtre). L’avocate de 35 ans invite les internautes à dénoncer la misogynie et le sexisme ordinaire. Voici quelques extraits de l’entrevue qu’elle a accordée lundi à l’animateur Patrick Masbourian, à l’émission Tout un matin.


Comment avez-vous réagi lors des premiers événements qui se sont déroulés lors du G7?

Au départ, l'idée était de ne pas réagir pour ne pas relayer ce type de propos, parce que j'ai estimé que c'était leur donner de la valeur. Et puis, au fur et à mesure de l'actualité, la semaine dernière en France, on a eu des questions sur la loi égalité hommes-femmes qui est entrée en application, le 1er septembre, et le Grenelle des violences conjugales faites aux femmes [concertation avec la société civile] le 3 septembre. Et puis le 5 septembre, un article qui sort à nouveau sur le physique de la première dame.

Toute cette accumulation finalement autour des femmes m'a fait dire qu'il fallait prendre la parole et le faire publiquement.


Votre mère, Brigitte Macron, n'a pas pris la parole comme tel sur les attaques dont elle a été victime. Quelle a été sa réaction?

Elle n’a effectivement pas pris la parole. Je pense que, quand on est insulté, pour quiconque, ça n'est jamais agréable. Mais une chose est sûre, c'est qu'elle est très soutenue et que ça lui a fait chaud au cœur d'être très soutenue à la fois par des Brésiliens et des Brésiliennes, mais aussi par des gens partout dans le monde, et puis par moi dans le cadre de cette intervention.


Avec ce mot-clic #BalanceTonMiso, que souhaitez-vous faire exactement? Vous voulez engendrer un mouvement, mais jusqu'où va-t-il se rendre?

Le plus large possible, j’espère. Et ça a déjà commencé, puisqu’à la suite de la première vidéo, j'en ai publié une deuxième avec tous les témoignages que j'ai reçus, à la fois d'hommes et de femmes de partout dans le monde. Si vous la voyez, vous verrez, j'ai une Marocaine, des Brésiliennes, un Américain qui témoignent en disant qu’il faut stopper la misogynie et le sexisme ordinaire. Et on a parlé du Brésil, mais il faut balayer un peu chacun devant sa porte, parce que c'est dans les familles, dans les entreprises et en politique. Donc, l'idée, c'est de libérer la parole, prendre conscience, investir et agir dans ces trois terrains.


Que disent en gros les témoignages que vous avez reçus depuis la parution des vidéos?

Beaucoup de gens disent : Merci de l'avoir fait, parce qu'on était choqués par les propos. Ça peut être : Moi, j'ai été victime dans l'entreprise de propos qui m'ont choquée, qui ont bloqué mon évolution. Ou des hommes aussi qui me disent : J'aimerais bien participer à cette campagne, mais je me rends compte que, moi-même, je n'ai pas toujours été exemplaire. Alors, je ne sais pas si j'ai le droit de poser avec la photo BalanceTonMiso.

L'idée, c'est vraiment que chacun prenne ses responsabilités, se bouge, et c'est ce qui ressort déjà des premiers témoignages. Donc, j'en suis ravie; c'est une satisfaction que ça puisse continuer ainsi.


On pourrait parler de ces autres insultes qui visaient la jeune militante Greta Thunberg. Nicolas Sarkozy s'était moqué d'elle devant un parterre réceptif. Et Michel Onfray l'a traitée de cyborg. Comment expliquez-vous toutes ces remarques venant d'une classe éduquée, ou soi-disant éduquée, en 2019?

Je ne me l'explique pas. C'est pour ça d'ailleurs que j'ai voulu faire cette intervention. Un, parce que je ne me l'explique pas. Et deux, parce que je pense qu'il ne faut pas l'accepter.

Et comme je vous le disais, je n'ai pas de leçon à donner au Brésil, parce que je pense qu'on doit balayer devant sa porte. En politique, on a déjà eu nous aussi en France des cas à l'Assemblée nationale de femmes stigmatisées sur leur physique. Et je pense que ça, il faut à tout prix y mettre un terme.

Vous faites référence à la notion d'éducation, et je pense que c'est un des points centraux sur lesquels il faut travailler et permettre à tout le monde de prendre conscience que certains comportements peuvent être blessants, alors même que leurs auteurs parfois ne s'en rendent pas compte.

Dans sa vidéo, Tiphaine Auzière dit que la France n’a pas de leçons à donner à l’international, car elle n’a pas toujours été exempte de tout reproche. L’avocate fait allusion à la fois où la députée Cécile Duflot a été huée par ses confrères à l’Assemblée nationale, en 2012, parce qu’elle portait une robe à fleurs. Ou encore lorsque le député UMP Philippe Le Ray a poussé des cris de poule pour se moquer de sa collègue écologiste Véronique Massonneau, en 2013.

Sentez-vous qu’il y a un « momentum » actuellement, en France ou ailleurs, sur les questions d'égalité hommes-femmes?

Vous aurez pu voir en France, à la suite de cet article sur les attaques contre la première dame, qu'il y a eu une unanimité politique pour les condamner, quels que soient les bords, de l'extrême droite à l'extrême gauche. Tout le monde a indiqué que c'était des propos qui n'avaient pas lieu d'être.

Donc, je pense qu'il y a certainement une prise de conscience et une volonté de changer. Je vois les contacts que j'ai reçus de gens partout dans le monde, qui m'ont envoyé leurs vidéos, leurs photos, même les interviews. Je sais que ça a été repris au Brésil, et là, vous m'interrogez. J'ai une journaliste italienne qui m'a posé des questions. On sent vraiment que le sujet intéresse tout le monde, partout dans le monde, et c'est le signe que les mentalités sont en train de changer et qu'en tout cas, tout le monde le souhaite.


Si jamais le gouvernement met en branle une action concrète, par exemple, un comité sur le sexisme en politique, souhaiteriez-vous vous impliquer activement?

Je suis toujours animatrice dans le nord de la France. On met déjà en place une expérimentation sur une plateforme pour lutter contre les violences faites aux femmes. J'ai indiqué que je serais disponible pour participer à toutes les initiatives qui visent à remédier à toute cette misogynie, ce sexisme ordinaire. Et encore une fois, en unissant les gens, pas en opposant les femmes aux hommes. Parce que vous le verrez dans la deuxième vidéo que j'ai publiée, les hommes sont aussi très concernés et mobilisés sur le sujet.

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