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analyse

Le parti de Poutine subit un dur revers aux élections locales en Russie

Après un été marqué par des manifestations réprimées par la police, le parti au pouvoir en Russie a perdu le tiers de ses sièges.

Vladimir Poutine place un bulletin dans une urne.

À la Douma de Moscou, les députés issus du parti Russie unie n'ont plus que 19 des 45 sièges, comparativement à 38 en 2014.

Photo : AFP/Getty Images / ALEXEY NIKOLSKY

Tamara Alteresco

Il était difficile de prévoir quel effet le mouvement de protestation de l’été aurait sur le résultat du vote dans les 80 régions qui étaient appelées aux urnes, dimanche, pour choisir leur gouverneur et leurs représentants municipaux. C’est sans compter qu’à Moscou, l’élection se tenait en plein week-end de festivités soulignant l’anniversaire de la ville, une fête populaire majeure qui attire toujours des dizaines de milliers de personnes au centre-ville.

Le taux de participation a été faible – à peine 22 % –, mais ceux qui sont allés voter ont parlé clairement : le parti Russie unie de Vladimir Poutine est en perte de vitesse, et pas seulement dans la capitale.

À la Douma de Moscou, les députés issus du parti Russie unie n'ont plus que 19 des 45 sièges, comparativement à 38 en 2014. Ces candidats pro-Poutine avaient pourtant pris des précautions extraordinaires en faisant tous campagne sous la bannière d’indépendants pour se dissocier du parti officiel, conscients de la grogne populaire à l’égard du président. Du jamais vu depuis l’arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine, il y a 20 ans.

Mais cette tactique aura échoué dans le tiers des districts de Moscou, où ce sont des candidats de l’opposition qui ont gagné, contre toute attente. Bien que le parti Russie unie conserve sa majorité au Conseil de ville de Moscou, il l’a perdu dans deux régions importantes : en Sibérie et dans l’Extrême-Orient.

L'opposant russe prononçant un discours lors d'un rassemblement prodémocratie à Moscou, en avril dernier.

L'opposant numéro un au Kremlin, Alexeï Navalny

Photo : AFP / ALEXANDER NEMENOV

Une victoire simplement symbolique pour l’opposition

Il est difficile de parler de victoire à part entière pour l’opposition libérale, car la majorité des députés du parti de Poutine ont été défaits par des candidats du Parti communiste, qui, en Russie, est traditionnellement considéré comme loyal au pouvoir; un parti d’opposition qui n’a pas de dents et qui est toléré par le Kremlin.

L’appel au vote stratégique lancé par l’opposant libéral Alexey Navalny et sa complice, Lioubov Sobol, aura sans doute contribué à la défaite du parti de Poutine dans certains secteurs de la capitale. À défaut de pouvoir se présenter aux élections à la suite du rejet de leur candidature par les autorités, Navalny et ses troupes ont appelé les Moscovites à voter pour la personne la plus susceptible de battre les fidèles de Poutine. L’organisation a même conçu une application pour téléphone intelligent et mis sur pied un site Internet pour aider les électeurs à voter en conséquence.

Aujourd’hui, Alexey Navalny s’est félicité sur Twitter d’une stratégie gagnante, même si aucun de ses militants n’aura de voix au Parlement de Moscou.

La commission électorale centrale avait rejeté des dizaines de candidatures au mois de juillet, sous prétexte d’anomalies administratives.

Le rejet de ces candidatures, dont celle de l’avocate anticorruption Lioubov Sobol, avait provoqué d’énormes manifestations à Moscou. Parmi les milliers des personnes arrêtées durant ces rassemblements non autorisés, une dizaine de jeunes sont toujours en prison, dont Konstantin Koutov, qui a écopé la semaine dernière d’une peine de quatre ans.

Lioubov Sobol glisse un bulletin dans une urne, entourée de journalistes.

L'avocate et étoile montante de l'opposition russe Lioubov Sobol au moment de voter, le 8 septembre, à Moscou

Photo : Reuters / Shamil Zhumatov

Un référendum sur le parti de Vladimir Poutine

Pour tous ceux qui considéraient ce vote comme un référendum sur le parti de Poutine, les résultats confirment que l’appui s’effondre avec le temps.

À Khabarovsk, dans l’Extrême-Orient – où les candidats de Parti au pouvoir n’ont pas jugé nécessaire de masquer leur allégeance à Poutine –, la défaite a été cuisante. Trente-quatre des 35 sièges du Parlement local ont été remportés par des candidats du Parti libéral démocratique (LDPR).

Le président Poutine n’a pas émis de commentaires depuis la compilation des résultats du vote. Mais interrogé hier à la sortie des urnes, il a déclaré que ce n’est pas la quantité des candidats qui compte, mais bien leur qualité.

D’ailleurs, son parti reste majoritaire dans presque toute la Russie, et la presque totalité des gouverneurs soutenus par le parti au pouvoir ont été réélus dimanche, y compris le gouverneur controversé de Saint-Pétersbourg, une ville où les allégations de fraudes sont nombreuses.

Le vote de dimanche a beau ne pas donner de voix aux plus grands opposants du régime, il conforte toutefois le mouvement de protestation anti-Kremlin, qui a pris de l’ampleur cet été et qui risque de lui fournir la crédibilité et la motivation nécessaire pour poursuivre ses actions politiques en vue des élections parlementaires en 2021.

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