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Toutes les 40 secondes, une personne met fin à ses jours, dit l'OMS

Un homme pensif devant un fond rouge et noir.

Le suicide est la deuxième cause la plus importante de décès chez les 15 à 29 ans.

Photo : Getty Images / pascalgenest

La Presse canadienne

Le nombre de pays disposant de stratégies de prévention du suicide a progressé au cours des cinq années qui se sont écoulées depuis la publication du premier rapport mondial de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) sur le suicide, a constaté lundi l'agence onusienne de la santé.

Toutefois, le nombre total de pays possédant des stratégies – lequel s'établit à 38 à peine – reste encore trop faible, et les gouvernements doivent s'engager à élaborer de telles stratégies, a ajouté l'OMS à l'occasion de la Journée mondiale de prévention du suicide, qui aura lieu le 10 septembre.

Malgré les progrès réalisés, on dénombre toujours un décès par suicide toutes les 40 secondes, a déploré dans un communiqué le directeur général de l'OMS, le Dr Adhanom Ghebreyesus.

Au Québec, on parle de trois décès par suicide et de 80 tentatives par jour. C'est vraiment considérable. Ce sont des données qui donnent froid dans le dos, mais qui, malheureusement, reflètent la dure réalité.

Janie Houle, professeure au Département de psychologie de l'Université du Québec à Montréal

Le suicide est la deuxième cause de décès chez les jeunes âgés de 15 à 29 ans, après les traumatismes dus aux accidents de la route. Parmi les jeunes âgés de 15 à 19 ans, le suicide est la deuxième cause de décès chez les jeunes filles (après les affections maternelles) et la troisième cause de décès chez les garçons (après les accidents de la circulation et la violence interpersonnelle).

Le taux mondial de suicide standardisé par âge pour 2016 était de 10,5 pour 100 000 habitants, précise l'OMS. Toutefois, les taux varient largement d'un pays à l'autre : de 5 décès par suicide pour 100 000 habitants à plus de 30 pour 100 000.

Alors que 79 % des suicides dans le monde ont lieu dans les pays à revenu faible et intermédiaire, les pays à revenu élevé ont le taux le plus élevé, soit 11,5 % pour 100 000 habitants. Près de trois fois plus d'hommes que de femmes mettent fin à leurs jours dans les pays à revenu élevé, alors que dans les pays à revenu faible et intermédiaire, les différences entre hommes et femmes sont plus ténues.

Besoin d'aide pour vous ou un proche?
Ligne québécoise de prévention du suicide : 1 866 APPELLE (277-3553).
Ce service est disponible partout au Québec, 7 jours sur 7, 24 heures sur 24.
Le nouveau site commentparlerdusuicide.com (Nouvelle fenêtre) outillera les Québécois qui veulent parler du sujet.

Problème multifactoriel

« Il n'y a pas une seule cause ou une seule explication, a commenté Brian L. Mishara, qui dirige le Centre de recherche et d'intervention sur le suicide, enjeux éthiques et pratiques de fin de vie (CRISE) de l'Université du Québec à Montréal. C'est vraiment complexe, donc il faut étudier divers facteurs en même temps, au niveau sociétal, individuel, relationnel, neurologique... Tout est relié, et c'est un phénomène complexe. »

Cela étant dit, ajoute-t-il, des progrès importants ont été réalisés depuis 10 ou 20 ans pour comprendre qui est à risque et, de manière plus importante encore, comment on peut prévenir le suicide.

Parmi les interventions clés qui ont fait la preuve de leur efficacité pour réduire le nombre de suicides, dit l'OMS, on trouve la limitation de l'accès aux moyens de se suicider; la sensibilisation des médias à un traitement médiatique responsable du suicide; la mise en œuvre de programmes destinés aux jeunes pour leur permettre d'acquérir les capacités d'affronter les difficultés de la vie; et l'identification et la prise en charge précoces ainsi que le suivi des personnes à risque.

Malheureusement, ajoute M. Mishara, toutes les interventions qui ont fait leurs preuves ne sont pas mises en application au Québec ou au Canada.

« Il y a un exemple simple, a-t-il dit. En Europe, partout maintenant, on ne peut pas acheter d'analgésiques [...] en grandes quantités; on peut seulement avoir 10 ou 12 comprimés emballés individuellement. On ne peut pas aller chez Costco en acheter 300 ou 500. Et c'est la cause numéro un de décès par médicaments, et on n'a pas ça ici, au Canada. On ne voit pas pourquoi, parce que des recherches indiquent clairement que ça sauve des vies, pas seulement par suicide, mais aussi des décès accidentels, surtout les enfants. Il n'y a pas de raison de ne pas le faire. »

Intervenir en amont

Mme Houle estime par ailleurs qu'on manque cruellement de ressources et de formations pour intervenir en amont afin d'intercepter la personne qui s'est engagée sur le chemin qui la mènera à une tentative de suicide – ou, encore mieux, pour carrément l'empêcher de s'aventurer sur ce sentier.

« L'intercepter en cours de route, d'une part, mais aussi l'avoir équipée dès l'enfance pour mieux gérer le stress et apprendre des stratégies d'adaptation, a-t-elle précisé. Quand on demande aux gens ce qu'on doit faire pour être en bonne santé physique, ils vont nous le dire : manger des fruits et légumes, faire de l'exercice, ne pas fumer... Mais quand est-ce qu'on parle de ce qu'on doit faire pour avoir une bonne santé mentale? C'est une chose avec laquelle la population en général n'est pas très familière. Souvent, les gens ont l'impression qu'ils ont la santé mentale, et là, tout d'un coup, elle disparaît; une maladie leur tombe dessus... »

« Dans notre quotidien, on a des choses à faire pour entretenir notre santé mentale, et des programmes de promotion de la santé mentale seraient nécessaires pour que, comme population, on soit mieux équipés pour faire ça. »

Il n'y a pas de recette miracle pour préserver une bonne santé mentale, prévient-elle : que ce soit d'aller promener le chien, d'aller au cinéma avec des amis ou de jouer au hockey, il revient à chaque personne de trouver ce qui fonctionne le mieux pour elle.

Environ 90 % des gens qui s'enlèvent la vie avaient consulté un professionnel de la santé dans l'année précédant le décès, ajoute Mme Houle, mais pour la plupart d'entre eux, les problèmes de santé mentale n'avaient pas nécessairement été abordés lors de ces entretiens.

Il y a un manque de formation de la part des professionnels sur la manière d'aborder les questions de santé mentale, le suicide, et quoi faire ensuite. C'est vraiment quelque chose à travailler : non seulement de former les professionnels à mieux détecter [les problèmes], mais ensuite de mettre en place les ressources nécessaires pour assurer une bonne prise en charge.

Janie Houle, professeure au Département de psychologie de l'Université du Québec à Montréal

Elle déplore en terminant que l'accès à la psychothérapie soit aussi difficile et rappelle qu'une proportion considérable de la population vivra un problème de santé mentale au moins une fois dans sa vie.

« Si toutes ces personnes-là étaient capables de le dévoiler, on se rendrait compte que finalement, ces problèmes-là sont fréquents et qu'il n'y a pas à avoir de gêne ou de honte, a-t-elle lancé. Ça prend des courageux et des courageuses qui osent en parler. »

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