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Les députés disent non à Boris Johnson pour de nouvelles élections

Boris Johnson place sa main droite sur son visage devant un lutrin.

Le premier ministre britannique Boris Johnson semblait songeur, lundi matin, lors de la conférence de presse conjointe avec son homologue irlandais Leo Varadkar.

Photo : Getty Images / AFP/LORRAINE O'SULLIVAN

Radio-Canada

Le premier ministre britannique Boris Johnson a encaissé une nouvelle défaite alors que les députés rejettent à nouveau sa demande d'élections législatives anticipées. Le Parlement britannique a par la suite été suspendu pour cinq semaines.

La motion du gouvernement n'a obtenu que 293 voix, soit bien moins que la majorité des deux tiers de la Chambre des communes requise pour être adoptée. Boris Johnson réclamait un scrutin le 15 octobre.

L'initiative du premier ministre conservateur semblait mathématiquement vouée à l'échec, la motion ayant besoin de 434 voix favorables pour être approuvée. Or, le Parti travailliste disposait à lui seul de 247 des 650 sièges, ce qui faisait en sorte que ce seuil était hors de portée.

Le vote s’est tenu lors de la dernière séance avant une suspension du Parlement pendant cinq semaines, soit jusqu’au 14 octobre.

Si vous voulez réellement retarder le Brexit au-delà du 31 octobre, comme vous semblez vouloir le faire, alors votez pour des élections et laissez les gens décider s'ils veulent le reporter ou pas, a déclaré Boris Johnson devant les parlementaires britanniques à l'ouverture des débats sur la motion.

Et si vous refusez de le faire ce soir, alors j'irai à Bruxelles [...] le 17 octobre et je négocierai notre départ le 31 octobre, avec un accord si tout va bien [...], mais sans si nécessaire. Je ne demanderai pas un nouveau report.

Recours en justice, démission ou autre, Boris Johnson n'a pas expliqué comment il compte s'y prendre.

Le chef de file de l'opposition travailliste, Jeremy Corbyn, a déclaré pour sa part que les travaillistes étaient impatients de participer à des élections, mais que son camp voulait d'abord qu'un report du Brexit soit validé.

Malgré notre enthousiasme, nous ne sommes pas prêts à risquer d'infliger à notre communauté le désastre d'un no-deal, a-t-il indiqué.

Avant tout scrutin, l'opposition veut s'assurer que la perspective d'un no deal est écartée et que le Brexit sera repoussé de trois mois, comme le Parlement l'a voté la semaine dernière.

Pas de report du Brexit

Boris Johnson a affirmé lundi soir qu'il ne demanderait pas un nouveau report du Brexit, quelques heures après la promulgation d'une loi l'obligeant à solliciter auprès de l'Union européenne un report de trois mois du Brexit jusqu'à fin janvier 2020 si aucun accord n'est trouvé avec Bruxelles avant le 31 octobre.

De passage à Dublin plus tôt lundi, le premier ministre britannique a dit vouloir conclure un accord sur le Brexit avec l'UE lors du Conseil européen du 18 octobre, tout en assurant ne pas être intimidé par les efforts des partis d’opposition pour bloquer une sortie sans accord.

Je ne suis absolument pas intimidé par ce qui pourrait se passer au Parlement. [...] Je pense que ce que souhaite le peuple britannique, c'est de conclure un accord et de partir le 31 octobre.

Boris Johnson, premier ministre du Royaume-Uni

En vertu d’une loi adoptée grâce à un front commun des partis d’opposition la semaine dernière, M. Johnson doit profiter du Conseil européen pour demander de repousser la date limite afin de conclure un accord au 3 janvier 2020, à moins qu’un nouvel accord ne soit conclu d’ici là.

Cette loi, qui a été sanctionnée par la reine lundi, place M. Johnson face à la quadrature du cercle : soit il brise sa promesse électorale de quitter l’UE le 31 octobre, soit il viole la loi britannique.

Un Brexit sans accord serait un échec de gouvernance

S’exprimant aux côtés du premier ministre irlandais Leo Varadkar, M. Johnson a assuré avoir soigneusement examiné les conséquences d'un Brexit sans accord et maintenu que cela était faisable, malgré les craintes des oppositions et des milieux d’affaires.

Bien sûr, nous pourrions le faire; le Royaume-Uni s'en sortirait, mais soyez sûr que ce résultat serait un échec de gouvernance dont nous serions tous responsables, a-t-il affirmé.

Pour le bien des entreprises, des agriculteurs et des millions de gens qui comptent sur nous pour faire preuve d'imagination et de créativité, je veux vous dire que je préfère mille fois trouver un accord.

Boris Johnson, premier ministre du Royaume-Uni

Ce n’est pas la première fois que Boris Johnson évoque un nouvel accord pour remplacer celui négocié par sa prédécesseure Theresa May, rejeté trois fois par le Parlement, mais rares sont ceux qui jugent possible un tel dénouement.

Le premier ministre irlandais, Leo Varadkar, a d’ailleurs réitéré lundi qu’il n’approuvera pas un nouvel accord n’incluant pas le « backstop », ce filet de sécurité censé empêcher le retour de contrôles frontaliers entre son pays et l’Irlande du Nord, qui demeure une province britannique.

Un tel mécanisme permettrait de respecter les accords du Vendredi saint conclus en avril 1998, lesquels stipulent que cette frontière doit demeurer ouverte. Il est toutefois décrié par de nombreux députés conservateurs qui dénoncent une perte de la souveraineté britannique.

Boris Johnson réclame la suppression de ce filet de sécurité et affirme qu'une solution peut être trouvée très rapidement, mais cette hypothèse est exclue par l'UE et Dublin.

En l'absence d'arrangements alternatifs, pas de "backstop" signifie pas d'accord pour nous.

Léo Varadkar, premier ministre irlandais

Dans une entrevue publiée lundi, la ministre néerlandaise du Commerce extérieur a laissé entendre que les Pays-Bas pourraient préférer un Brexit sans accord le 31 octobre à une prolongation de l'incertitude actuelle.

Il arrive un moment où la certitude d'un mauvais résultat peut être meilleure qu'une incertitude persistante sans nouvelle perspective, a déclaré Sigrid Kaag au quotidien Het Financieele Dagblad.

Il nous faudra une bonne raison pour un nouveau report. Il est difficile de dire ce que ça pourrait être. Jusqu'ici, les Britanniques n'ont présenté aucune solution de rechange à l'accord de retrait déjà négocié.

Sigrid Kaag, ministre néerlandaise au Commerce extérieur

Les camouflets se succèdent

Il s'agit du dernier d'une série de revers parlementaires pour Boris Johnson sur sa stratégie du Brexit depuis une semaine.

Lundi en début de soirée encore, la Chambre des communes a adopté un texte pour contraindre le gouvernement à publier des documents confidentiels sur l'impact d'un Brexit sans accord, que l'exécutif est soupçonné d'avoir minimisé.

Samedi, il a subi un nouveau camouflet avec la démission d'un poids lourd de son gouvernement, la ministre du Travail Amber Rudd, après celle de son propre frère, Jo Johnson.

Le leader conservateur a perdu sa majorité en excluant 21 députés rebelles, qui ont voté avec l'opposition pour le report du Brexit, et avec la défection d'un autre la semaine dernière pour le parti europhile des libéraux démocrates.

La séance de lundi à la Chambre des communes est la dernière avant la suspension du Parlement pendant cinq semaines décidée par Boris Johnson. Elle a été marquée par l'annonce surprise de la démission prochaine du président de la Chambre, John Bercow, après 10 ans passés dans le fauteuil de « speaker ».

Accusé ces derniers mois par les partisans d'un Brexit dur d'avoir outrepassé les règlements parlementaires à leur détriment, il a, les yeux embués, salué le sens de « l'intérêt national » des membres de la Chambre.

La suspension du Parlement, dénoncée par M. Bercow comme un « scandale constitutionnel », a suscité une vague d'indignation au Royaume-Uni, où ses opposants soupçonnent Boris Johnson d'avoir manoeuvré pour empêcher les députés de débattre du Brexit et précipiter le pays vers un divorce sans accord avec l'Union européenne.

Plus de trois ans après le référendum du 23 juin 2016 par lequel un peu moins de 52 % des électeurs ont opté pour une sortie de l'Union européenne, le divorce est comme figé, suspendu à l'issue du bras de fer que se livrent Johnson et les anti-No Deal en cette rentrée parlementaire.

Qu’en pensent les Britanniques?

Selon le dernier sondage non probabiliste publié par l’institut YouGov au début de septembre, 64 % des Britanniques jugent improbable qu’un nouvel accord de Brexit soit conclu d’ici le 31 octobre. Seuls 20 % d'entre eux croient le contraire.

Par ailleurs, 46 % des Britanniques disent être opposés à la tenue d’élections anticipées, comme le souhaite Boris Johnson, contre 35 % qui sont en faveur.

Pas moins de 55 % des répondants disent ne pas avoir confiance que Boris Johnson prendra de bonnes décisions au sujet du Brexit, mais le leader de l’opposition officielle,  Jeremy Corbyn, fait encore pire : 77 % des Britanniques n’ont pas confiance en lui.

Notons enfin que les Britanniques demeurent très divisés sur le bien-fondé du Brexit. Jusqu'à 48 % d’entre eux disent avoir eu tort de voter en ce sens, contre 41 % qui jugent avoir eu raison, et 11 % des répondants ne savent toujours pas quoi en penser.

Avec les informations de Reuters, Associated Press, et Agence France-Presse

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