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Maladie débilitante chronique du cervidé : une chasse plus permissive ouverte en Outaouais

Un cerf mort étendu à l'arrière d'un véhicule

Le ministère de la Faune a abattu 750 cerfs de Virginie dans la région pour éviter que la maladie débilitante chronique du cervidé ne s'implante. (archives)

Photo : Radio-Canada / Pierre Cotton

Radio-Canada

Dès le 21 septembre, il sera permis de chasser n'importe quel cerf — peu importe l'âge et le sexe — avec n'importe quelle arme dans certaines municipalités de l'Outaouais et des Laurentides. Le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) dit avoir assoupli ses règles pour lutter contre la maladie débilitante chronique du cervidé, mais des chasseurs redoutent des impacts négatifs sur la faune.

En modifiant les modalités de chasse, le MFFP espère que les chasseurs collaborent aux efforts d'échantillonnage pour vérifier si des animaux sauvages sont porteurs de la maladie débilitante chronique du cervidé.

Le MFFP encourage cependant les chasseurs à prioriser les bêtes adultes, puisque la maladie débilitante n'est détectable que chez les animaux de plus de 12 mois.

Les sabots dans l'eau, deux petits cerfs regardent droit l'objectif de l'appareil photo du photographe.

Dès l'automne 2019, les chasseurs pourront pratiquer la chasse au cerf de Virginie, peu importe l'âge ou le sexe de l'animal (archives).

Photo : Parc national de la Pointe-Pelée

L'importance d'un échantillonnage suffisant est essentielle pour déterminer si la maladie est présente, peut-on lire dans un communiqué publié vendredi. Les experts du ministère établissent cet échantillonnage à 800 cerfs de Virginie.

En mai dernier, un porte-parole du ministère a également confirmé que les chasseurs pratiquant la chasse exclusivement dans les 17 municipalités de la zone de surveillance rehaussée ne seront pas non plus tenus de s'inscrire au tirage annuel de permis pour chasser le cerf sans bois.

Les 17 municipalités des Laurentides et de l'Outaouais constituant la zone de surveillance rehaussée sont Grenville, Notre-Dame-de-Bonsecours, Notre-Dame-de-la-Paix, Fassett, Namur, Saint-Émile-de-Suffolk, Amherst, Huberdeau, Arundel, Barkmere, Montcalm, Lac-des-Seize-Îles, Wentworth-Nord, Brownsburg-Chatham, Grenville-sur-la-Rouge, Harrington et Boileau.


Source : ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs

Une fois l'objectif de 800 cerfs échantillonnés atteint dans la ZSR [zone de surveillance rehaussée] lors de la saison de chasse 2019, le Ministère rétablira les modalités de chasse habituelles, a aussi précisé le MFFP dans son communiqué.

Carte géographique.

La zone où la chasse était interdite s'étend sur un rayon de 45 km à partir de la ferme où la maladie a été détectée. (archives)

Photo : Ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs

Les chasseurs pourront apporter leurs échantillons à certains points de collecte pour être analysés. Au bout de quelques jours, ils pourront récupérer l'animal si la maladie n'a pas été détectée.

Un « carnage » à prévoir

La réouverture de la chasse dans la région n'a cependant pas de quoi ravir tous les chasseurs. Certains d'entre eux rencontrés, lors d'une séance d'information à Grenville-sur-la-Rouge, craignent par exemple qu'il y ait trop de chasseurs dans les forêts de la ZSR.

Ça va attirer beaucoup de monde qui n'a pas de place spécifique pour chasser. C'est ça qui va être dangereux, s'inquiète par exemple André Laurin, un chasseur de la région de Mirabel.

Quand on fait de la chasse à la carabine, il n'y a plus de feuilles dans les arbres [à la fin novembre], explique quant à lui Steve Chartrand, un chasseur originaire de Grenville-sur-la-Rouge. Aujourd'hui, on va ouvrir la chasse à la carabine pendant deux mois alors que la visibilité n'est pas très bonne en forêt, renchérit-il.

Gros plan sur des fusils de chasse.

Les carabines ne sont pas généralement permises durant toute la saison de chasse. (archives)

Photo : CBC/Gary Solilak

M. Chartrand est aussi préoccupé par ce qu'il reste de la population sauvage de cerfs dans la région.

On s'apprête à ouvrir la chasse à la carabine pendant deux mois […] Ça va être un carnage.

Steve Chartrand, chasseur

Ils vont tuer tout ce qu'il reste, tout ça sans aucune preuve qu'il y a des cerfs sauvages qui ont été atteints, croit-il.

L'assouplissement des règles est nécessaire pour empêcher la maladie de se propager davantage, rétorque toutefois le MFFP.

En fait, de l'avis de plusieurs spécialistes, il faut garder une densité de cerfs basse dans cette zone-là pour prévenir l'établissement de la maladie, explique le porte-parole du ministère, Nicolas Bégin.

On n'a pas le choix. Ce n'est pas de gaieté de cœur qu'on fait ça.

Nicolas Bégin, porte-parole du ministère de la des Forêts, de la Faune et des Parcs

M. Bégin souligne aussi que les agents de la faune feront un travail accru dans la ZSR pendant la saison de chasse.

2018, une année coûteuse

La maladie a aussi eu de dures répercussions sur les commerçants qui dépendent de la chasse saisonnière. 80 % de mes revenus annuels viennent de la saison de chasse, estime Ian Kendrick, le propriétaire d'un magasin de chasse et pêche de Grenville-sur-la-Rouge.

J'ai probablement perdu environ 70 % de mon chiffre d'affaires à cause de l'interdiction de chasser, ajoute-t-il.

Ian Kendrick, propriétaire d’un magasin de chasse et pêche de Grenville-sur-la-Rouge, qui tient un fusil de chasse.

Ian Kendrick, propriétaire d’un magasin de chasse et pêche de Grenville-sur-la-Rouge.

Photo : Radio-Canada / Denis Babin

Le premier cas de maladie débilitante chronique du cervidé a été détecté chez un animal de la ferme Harpur Farms, à Grenville-sur-la-Rouge, dans les Basses-Laurentides. Le MFFP a alors suspendu la saison de chasse dans la région. L'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA) a pour sa part ordonné la mise à mort des quelque 3000 animaux du cheptel.

Au cours de ce processus, l'ACIA a recensé au moins deux autres animaux malades au sein de l'élevage. Pendant ce temps, le MFFP avait dans sa mire la population sauvage de cerfs de Virginie.

Image des affiches à l'entrée de la ferme d’élevage de cerfs rouges de Grenville-sur-la-Rouge.

La ferme d’élevage de cerfs rouges de Grenville-sur-la-Rouge doit composer avec la maladie débilitante du cerf.

Photo : Radio-Canada / Denis Babin

Les agents de la faune ont abattu 750 cerfs en 2018 pour prélever des échantillons et ainsi voir si la maladie avait fait son chemin jusque dans la population sauvage. Aucun animal tué par le ministère n'était porteur de la maladie.

Dans une certaine mesure, je crois que c'était nécessaire, croit M. Kendrick. Mais le nombre de bêtes tuées me semble un peu excessif, surtout qu'aucune d'entre elles n'était malade.

La maladie débilitante chronique du cervidé n'est pas transmissible aux humains, mais Santé Canada recommande de ne pas utiliser ou de consommer les tissus prélevés d'un animal malade.

Avec les informations de Boris Proulx et de Denis Babin

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