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Échange historique de prisonniers entre la Russie et l'Ukraine après cinq ans de conflit

Oleg Sentsov fait un signe de la victoire avec sa main droite alors qu'il descend les escaliers de l'avion devant une foule et des caméras.

Le cinéaste ukrainien Oleg Sentsov a été libéré par les autorités russes. On le voit ici à sa descente d'avion à l'aéroport de Kiev.

Photo : Reuters / Gleb Garanich

Agence France-Presse

L'Ukraine et la Russie ont effectué un échange sans précédent de 70 prisonniers, parmi lesquels le cinéaste ukrainien Oleg Sentsov, dont la libération était exigée par la communauté internationale, un événement qui pourrait marquer un premier rapprochement après cinq ans de conflit entre les deux pays.

L'avion transportant les Ukrainiens a atterri samedi en milieu de journée à l'aéroport principal de Kiev où des dizaines de proches et le président Volodymyr Zelensky les ont accueillis sur le tarmac.

Nous avons fait le premier pas [...] Nous devons faire tous les autres pas pour mettre fin à cette horrible guerre, a déclaré le président ukrainien à l'aéroport Boryspil de Kiev, en présence de dizaines de journalistes.

Je félicite tout le monde pour la libération de nos héros.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky

La télévision d'État russe a montré les détenus russes descendant de l'avion à l'aéroport Vnoukovo de Moscou.

Le plus célèbre parmi les prisonniers échangés, Oleg Sentsov, 43 ans, avait été arrêté en 2014 en Crimée après avoir protesté contre l'annexion par la Russie de cette péninsule ukrainienne. Il a ensuite été condamné à 20 ans dans un camp de la région arctique russe pour préparation «d'attaques terroristes».

Il avait effectué en 2018 une grève de la faim très médiatisée de 145 jours, qui avait suscité de nombreux témoignages de soutien, notamment au Festival de Cannes.

Des proches des familles de prisonniers attendent patiemment sur le tarmac de l'aéroport de Kiev.

Des proches des familles de prisonniers attendaient patiemment sur le tarmac de l'aéroport de Kiev l'arrivée des ex-détenus.

Photo : Reuters / Gleb Garanich

Les prisonniers russes

En échange, l'Ukraine a notamment relâché Volodymyr Tsemakh, 58 ans, un ex-chef militaire des séparatistes prorusses de l'est de l'Ukraine et témoin clé dans l'écrasement du vol MH17, et Kyrylo Vyshynsky, 52 ans, un journaliste russo-ukrainien de l'agence russe Ria Novosti, arrêté en 2018 à Kiev et inculpé pour « haute trahison » au profit de Moscou.

Le président russe Vladimir Poutine avait annoncé jeudi un prochain échange « massif » de prisonniers entre les deux pays, sans préciser de date, affirmant que ce serait « un grand pas vers la normalisation des relations » entre les deux pays, après l'arrivée au pouvoir en Ukraine de l'ancien comédien Zelensky en mai.

Mais Moscou a eu du mal à se mettre d'accord avec Kiev sur les noms des prisonniers qui seraient échangés, avait-il ajouté.

La semaine dernière, les médias avaient annoncé qu'un échange était imminent, et que certains prisonniers ukrainiens avaient été transférés de leur prison vers celle de Lefortovo à Moscou. Mais les préparatifs avaient ensuite semblé s'arrêter.

Deux avions sont posés sur le tarmac de l'aéroport de Borispil, soit un appareil russe et un ukrainien.

Les prisonniers ont été échangés à l'aéroport international de Borispil, près de Kiev, où un avion russe et un appareil ukrainien s'étaient posés sur le tarmac pour cette opération.

Photo : Reuters / Gleb Garanich

Enquête sur le vol MH17

La remise en liberté cette semaine de M. Tsemakh, ancien responsable de la « défense antiaérienne séparatiste » détenu par Kiev depuis juin, a provoqué l'inquiétude des enquêteurs néerlandais sur l’écrasement au-dessus de l'Ukraine du vol MH17, abattu par un missile russe il y a cinq ans. Au total, 298 personnes ont alors péri.

Nous aurions voulu qu'il soit disponible pour l'enquête, a déclaré jeudi auprès de l'AFP Brechtje van de Moosdijk, porte-parole pour le groupe d'enquête sur le MH17.

Avant d'être échangé, M. Tsemakh a finalement été interrogé par les enquêteurs néerlandais, a cependant déclaré à l'AFP une source informée.

Cette semaine, 40 députés européens ont appelé dans une lettre le président ukrainien à ne pas livrer cet homme à la Russie, qui réfute farouchement son implication dans la catastrophe du MH17.

Parmi les autres prisonniers figurent 24 marins ukrainiens dont la Russie a capturé les navires au large de la Crimée en novembre dernier au cours du plus grave affrontement direct entre les deux pays depuis des années.

Parmi eux, deux sont des agents des services ukrainiens de sécurité SBU, selon une source gouvernementale.

Une première

Il s'agit du premier échange de prisonniers de cette envergure entre l'Ukraine et la Russie depuis le début du conflit dans l'est de l'Ukraine en 2014.

Le conflit entre l'Ukraine et des séparatistes prorusses a fait plus de 13 000 morts en cinq ans.

Kiev et l'Occident accusent Moscou de soutenir militairement les séparatistes ce que la Russie réfute malgré des publications de nombreux médias, dont l'AFP.

L'arrivée au pouvoir à Kiev de M. Zelensky, en poste depuis mai, a facilité quelque peu les relations entre Kiev et Moscou.

Un échange de prisonniers a paru de plus en plus probable ces dernières semaines, et un sommet de paix dit de « format de Normandie » et réunissant les chefs d'État ukrainien, russe, allemand et français devrait être organisé ce mois, pour la première fois depuis octobre 2015.

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