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Un test d’anglais en science infirmière inquiète des organismes francophones

Une étudiante de l'École des sciences infirmières de l'Université de Saint-Boniface

Pour pouvoir exercer leur métier d’infirmier au Manitoba, tous les aspirants doivent réussir le test avec une note supérieure ou égale à 7 sur 9.

Photo : Université de Saint-Boniface

Laïssa Pamou

Les organismes francophones de santé dénoncent la nouvelle mesure de l’Ordre des infirmiers et des infirmières du Manitoba, qui exige que les étudiants et les professionnels du domaine réussissent un examen de compétence d’anglais avant d’exercer dans la province.

L’examen IELTS, dont l’entrée en vigueur est prévue le 1er janvier 2020 évaluera quatre compétences langagières : l’écriture, l’écoute, la lecture et l'expression verbale.

La directrice générale de Santé en français, Annie Bédard, pense que cette nouvelle mesure est discriminatoire, en plus d’être inappropriée.

Elle va créer des problèmes énormes au niveau du recrutement de futurs infirmiers au Manitoba, dit-elle. Pour santé en français, cette nouvelle mesure vient court-circuiter tout le travail qu’on fait depuis plus de 10 ans à sensibiliser à l’importance des services en français et au recrutement de professionnels bilingue.

Selon Monique Constant, la directrice générale du Centre de santé Saint-Boniface, il y a très peu d’infirmières praticiennes au Manitoba, et encore moins qui sont bilingues.

Elle explique que pour pourvoir les postes bilingues, son centre affiche les offres d’emplois à l’est du pays. Si les candidats doivent passer le test de compétence d’anglais, elle craint une accumulation de postes vacants.

Ce test rétrécit le bassin de recrutement des employeurs qui ont un mandat d’offrir les services bilingues, dit-elle. Nous avons un employé qui a dû faire cet examen à deux à trois reprises sans réussir.

Pour pouvoir exercer leur métier d’infirmier au Manitoba, tous les aspirants doivent réussir le test avec une note supérieure ou égale à 7 sur une échelle allant de 1, représentant quelqu'un qui ne parle pas l'anglais, à 9, pour un « expert » de la langue.

Programme des sciences infirmières de l’USB menacé

À l’Université de Saint-Boniface (USB), on craint plutôt une désertion des futurs étudiants qui, selon le vice-recteur à l’enseignement et à la recherche, Peter Dorrington, pourraient choisir des établissements anglophones afin de maximiser leurs chances de réussir le test d’aptitude en anglais.

Un jeune qui termine le secondaire et même les parents pourront se dire : "pourquoi aller étudier en français si, à la fin, il faut passer un test d’aptitude en anglais".

Il précise que le nouveau test qu’exige l’ordre est un préalable à l’examen NCLEX-RN, qui autorise l’entrée dans la profession.

Ça peut être très démoralisant pour un jeune qui, après quatre ans d’étude, n’arrive pas à enter dans la profession.

L’Ordre des infirmiers et des infirmières explique que cette mesure a été adoptée à la suite d’incidents attribuables à une mauvaise maîtrise de la langue anglaise.

« On comprend les questionnements des organismes, mais il faut éviter toute forme de confusion, dit la PDG de l’ordre, Katherine Stansfield. Le test n’est pas mis en place pour pénaliser les étudiants francophones ou les professionnels francophones. »

Elle explique que la maîtrise de l’anglais est capitale dans l’exercice de la profession au Manitoba.

Nous avons beaucoup de documentation en anglais, dit-elle, [et] la communication avec les autres spécialistes est souvent en anglais.

La directrice générale de Santé en français aurait souhaité que l’ordre accorde des permis temporaires aux professionnels bilingues qui arrivent dans la profession, le temps de leur permettre de préparer leur examen d’aptitude en anglais.

Le premier ministre Brian Pallister a invité des professionnels du Québec à venir travailler au Manitoba à la suite de la Loi sur la laïcité, dit-elle. Si on veut que ces professionnels viennent travailler dans la province, on devrait s’assurer de certains détails.

L’ordre soutient qu’il ne veut pas créer des conditions particulières pour un quelconque groupe. La règle est pour tout le monde, dit la PDG, si on fait quelques choses pour les francophones il faudra le faire également pour les autres.

Il ajoute que le test a été validé par de nombreux experts et précise que le plus important est de pouvoir bien communiquer avec les patients manitobains.

Un comité mis en place

Toutefois, un comité de réflexion a été mis sur pieds par l’ordre à la demande de groupes directement touchés par cette mesure.

Peter Dorrington est membre de ce comité, il espère qu’à la fin des travaux, des solutions alternatives seront trouvées.

Tous les établissements de la province qui offrent un programme en science infirmière sont inquiets, dit-il.

Il ajoute que l’Ordre des infirmiers et des infirmières du Manitoba est le premier ordre au pays à imposer un test pareil.

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