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Année difficile pour le fou de Bassan de l'île Bonaventure

Deux fous de Bassan, l'un regarde directement dans l'objectif de la caméra.

L'incubation de l'œuf dure 44 jours. Elle est suivie d'une période de nourrissage de 91 jours.

Photo : Radio-Canada/William Bastille-denis

Joane Bérubé

Selon l’équipe de scientifiques qui étudie la reproduction de la colonie de fous de Bassan de l’île Bonaventure, un poussin sur quatre seulement a survécu cette année.

La situation n’est pas aussi catastrophique qu’en 2012, mais demeure préoccupante, selon le biologiste et chercheur de l’Université du Québec à Rimouski (UQAR) Magella Guillemette.Seulement 25 % des poussins ont pris leur envol. Je suis allé peser des poussins pour comparer leur taille à ce que devrait être un poussin en santé. Même à ce niveau-là, cela n’a pas bien été. La qualité des poussins en a pris pour son rhume.

Le poids du poussin est important. Il y a une relation entre ce poids et la survie des poussins. Si le poids est vraiment en deçà de ce qu’il devrait être, ça nous interpelle sur l’impact dans le futur, souligne le biologiste.

Des fous de Bassan.

Des fous de Bassan

Photo : iStockphoto

Les chercheurs ont aussi noté que le lançon, un petit poisson à la base de la chaîne alimentaire de plusieurs poissons, baleines et oiseaux marins, est de plus en plus présent dans la diète du fou de Bassan. Le lançon remplace de plus en plus le maquereau et le capelan dans l'alimentation du fou de Bassan. Il n'y avait presque pas de capelans dans les régurgitations que nous avons récoltées. C’était presque exclusivement du lançon, indique le chercheur de l'UQAR.

Les années se suivent et ne se ressemblent pas, note Magella Guillemette, dont l’équipe suit le fou de Bassan de l’île Bonaventure depuis maintenant 12 ans. L’an dernier, tous les indicateurs étaient au vert.

2018 était aussi une année où les observateurs du Saint-Laurent ont relevé une présence importante de capelan, un poisson dont se nourrit le fou de Bassan.

Nouvelle diète

Toutefois, la principale proie du fou de Bassan, le maquereau, est une espèce en difficulté dans le Saint-Laurent. On a fait une corrélation entre la quantité de maquereaux et le taux de succès de reproduction du fou de Bassan. C’est assez clair, commente Magella Guillemette. On a supplémenté ces résultats avec d’autres évidences, comme le fou de Bassan qui parcourt le système du Saint-Laurent à la grandeur, ce qu’il ne faisait pas avant.

Un fou de Bassan en plein vol.

Un fou de Bassan au cap St. Mary's, dans le sud-est de Terre-Neuve

Photo : Getty Images / AFP / Johannes Eisele

L’apparition du lançon dans l'alimentation du fou de Bassan date de sept ou huit ans, rapporte M. Guillemette. En Europe, dit-il, il y a des populations d’autres espèces de fous qui se nourrissent de lançons. On peut espérer que le fou de Bassan va réussir à faire la même chose. On sent par contre que le contenu énergétique du lançon est moindre que le maquereau.

Des fous de Bassan marchent sur un sol rocailleux.

Des fous de Bassan sur l'île Bonaventure

Photo : Radio-Canada / Laurie Dufresne

À la lumière de ces constats, les biologistes estiment que les deux colonies de fous de Bassan du golfe, celles de l’île Bonaventure et du Rocher-aux-Oiseaux, aux Îles-de-la-Madeleine, sont appelées à décroître au cours des prochaines années. Mon hypothèse, explique Magella Guillemette, est que si ça se maintient, de s’alimenter sur des proies alternatives comme le capelan et le lançon, le niveau de population devrait s’abaisser et se stabiliser à des niveaux plus bas parce qu’ils s’alimentent sur des proies qui sont moins énergétiques.

Le biologiste demeure toutefois optimiste pour l’avenir des colonies. Les fous sont comme les humains, ils sont résistants au changement. Il va falloir que ça change beaucoup avant qu’ils s’établissent ailleurs.

La colonie de l’île Bonaventure compterait environ 50 000 couples de l'espèce. Celles du Rocher-aux-Oiseaux entre 30 000 et 35 000 couples.

Gaspésie et Îles-de-la-Madeleine

Protection des espèces