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analyse

L’économie sous Trudeau, 4 ans plus tard

Justin Trudeau très souriant au moment de signer l'accord.

Environ 90 % des mesures de l’AECG sont entrées en vigueur dès le 21 septembre 2017, en attendant les ratifications nationales des 38 pays de l’Union européenne.

Photo : Reuters / Francois Lenoir

Gérald Fillion

Le premier ministre Justin Trudeau va bientôt déclencher les élections en vue du scrutin prévu le 21 octobre prochain. Il termine son premier mandat à un moment où les indicateurs économiques sont forts au pays, mais avec une grande incertitude, alimentée par les tensions commerciales que le président des États-Unis entretient avec la Chine.

De nos jours, il n’est plus aussi certain que le contexte économique influence grandement le comportement des électeurs. À preuve, Kathleen Wynne en Ontario et Philippe Couillard au Québec ont perdu leur élection alors que l’économie de leur province allait plutôt bien. Mais Rachel Notley a perdu son élection au profit du conservateur Jason Kenney au moment où l’économie albertaine essayait – et essaie toujours – de se remettre de la chute des prix du pétrole.

Comme l’expliquent les économistes de la CIBC dans une note de recherche publiée vendredi, le commentaire, en 1992, d’un stratège de Bill Clinton, James Carville, selon qui : « It’s the economy, stupid », est peut-être un peu moins vrai aujourd’hui. « Les électeurs expriment une insatisfaction, écrit la CIBC, à propos des dépenses publiques, des coûts immobiliers, des enjeux sociaux et d’autres politiques. » Par conséquent, les Canadiens pourraient moins s'intéresser à la croissance et à l'emploi, et miser sur d'autres préoccupations.

Une économie en bonne santé

Si tel est le cas, c’est une carte de moins dans la manche de Justin Trudeau, puisque les indicateurs économiques sont positifs. Le chômage est faible, le taux est à 5,7 %, tout près de son plus bas niveau depuis au moins 40 ans. Il s’est créé plus de 300 000 emplois depuis le début de l’année, il s'agit des meilleurs huit premiers mois depuis 2002. Le marché du travail a créé 1,2 million de nouveaux emplois nets depuis le début du mandat du gouvernement Trudeau.

De plus, la croissance économique au deuxième trimestre de 2019 s’est établie à 3,7 % en variation annualisée, après quelques trimestres de faible croissance. L’économie canadienne va relativement bien, malgré toutes les incertitudes qui planent et qui prennent de l’ampleur.

Les économistes prévoient en fait un ralentissement d’ici la fin de l’année, le secteur manufacturier a déjà amorcé une contraction et la Banque du Canada pourrait être tentée d’abaisser son taux directeur. Les marchés obligataires envoient, aux États-Unis comme au Canada, des signaux de récession pour 2020 ou 2021.

Un mandat perturbé par Donald Trump

Les tensions commerciales entre la Chine et les États-Unis représentent sans doute l’incertitude économique la plus importante pour le Canada. Et le gouvernement de Justin Trudeau ne peut pas faire grand-chose.

En réalité, il est évident que l’arrivée au pouvoir de Donald Trump a perturbé le mandat des libéraux. Les relations commerciales canado-américaines sont devenues beaucoup plus complexes, avec la renégociation de l’ALENA et les tarifs douaniers sur l’acier et l’aluminium qui ont été imposés à la frontière.

De plus, les accusations des États-Unis à l’endroit de la chef de la direction financière de Huawei ont fait dérailler les relations du Canada avec la Chine. À la demande de Washington, les autorités canadiennes ont arrêté Meng Wanzhou à Vancouver en décembre 2018. Depuis, Pékin accumule les mesures de rétorsion, notamment des embargos sur le canola et les produits du porc. Les exportations canadiennes en Chine ont chuté de 21 % depuis un an.

Un bon coup : l’Allocation canadienne pour enfants

Cela dit, la CIBC affirme que les ménages canadiens ont vu leur revenu médian augmenter de 3,6 % au cours des deux premières années du mandat de Justin Trudeau. C’est sans doute l’un des faits marquants de son mandat, puisque les libéraux s’étaient engagés à améliorer le niveau de vie de la classe moyenne. La baisse d’impôt annoncée dans le premier budget et la mise en place de l’Allocation canadienne pour enfants ont eu de réelles répercussions fiscales sur les familles.

Qui a parlé de déficit zéro?

Au chapitre budgétaire, le gouvernement Trudeau n’a pas respecté sa promesse de revenir à l’équilibre avant la fin d’un premier mandat. Le déficit prévu cette année est de 20 milliards de dollars. En temps de croissance économique, on se serait attendu à ce que le gouvernement du Canada revienne à l’équilibre. Or, si une récession s’annonce et que le gouvernement se voit obligé d’ouvrir les vannes des dépenses pour stimuler l’économie, de plus gros déficits encore sont à prévoir.

Malgré tout, le déficit budgétaire du Canada est faible, à moins de 1 % du PIB. Le Canada a une situation financière enviable et est l’un des rares pays à avoir une note de crédit parfaite (AAA). Même le Parti conservateur reconnaît aujourd’hui qu’il est préférable d’attendre quelques années, peut-être 5 ans encore, avant de revenir à l’équilibre budgétaire, puisque les Canadiens ne souhaitent pas vivre de nouvelles années de compressions et d’austérité, surtout si l’économie ralentit.

Plusieurs accords commerciaux

En matière d'accords commerciaux, le gouvernement libéral a exprimé un réel engagement en faveur du multilatéralisme, c’est-à-dire des ententes commerciales à plusieurs pays, un marché libre et ouvert.

C’est Stephen Harper qui a annoncé le Partenariat transpacifique, et Justin Trudeau a participé à son renouvellement après le retrait des États-Unis. Sous Justin Trudeau, le Canada a signé une entente avec l’Union européenne grâce au travail acharné de la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland. Le Canada a aussi conclu, non sans difficulté, une nouvelle entente nord-américaine avec Mexico et Washington. Le Congrès américain et le Parlement canadien n’ont pas encore ratifié, toutefois, ce nouvel ALENA.

Entre la taxe carbone et Trans Mountain

Il ne fait aucun doute que l’acquisition du pipeline Trans Mountain a compliqué la perception qu’on peut avoir du gouvernement sur son réel engagement environnemental. Le développement pétrolier qui se poursuit et la volonté assumée de développer des oléoducs pour exporter le pétrole des sables bitumineux ne semblent pas cohérents par rapport à une volonté de réduire les émissions de gaz à effet de serre.

De plus, la tarification du carbone, imposée par le gouvernement fédéral, est contestée de toutes parts. Le chef conservateur Andrew Scheer promet, s’il devient premier ministre, de faire de l’annulation de cette taxe son tout premier geste.

Faible compétitivité

Parallèlement, plusieurs projets en infrastructure et le développement des pipelines avancent à pas de tortue. Les investissements dans les technologies ainsi que dans la recherche et le développement sont mal organisés ou mal ciblés et ne permettent pas d’améliorer l’innovation et la productivité.

La rareté de la main-d'œuvre est un frein également à l’économie : plus de 500 000 postes sont vacants, selon Statistique Canada, dont une grande partie au Québec. Le gouvernement Trudeau a adopté différentes mesures pour améliorer les compétences des travailleurs et attirer davantage d’immigrants pour pourvoir des postes spécialisés.

Injustice fiscale

L’un des enjeux les plus médiatisés, c’est celui de la justice fiscale. Ottawa ne s’est jamais résolu à obliger les géants du web, en premier lieu Netflix, à collecter la TPS sur ses ventes au Canada. Une injustice fiscale s’est dessinée entre les sociétés américaines de la Silicon Valley et les entreprises canadiennes, injustice avalisée par le gouvernement Trudeau.

Le Parti libéral part en campagne avec un bilan relativement positif. Mais les dossiers Netflix, SNC-Lavalin et Trans Mountain, de même que la taxe carbone et le déficit zéro, reporté aux calendes grecques, représentent des boulets pour les libéraux. Ils mettront en valeur les succès économiques du pays, ceux que révèlent les données des derniers mois, en espérant que les mots de James Carville (« It's the economy, stupid ») soient finalement toujours exacts!

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