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Le regard féminin au cœur de Portrait de la jeune fille en feu

Une jeune femme en robe d'époque devant un feu dans un champ, la nuit.

Portrait de la jeune fille en feu, de Céline Sciamma

Photo : Pyramide Distribution

Claudia Hébert

Pour son quatrième long métrage, la Française Céline Sciamma signe une grande oeuvre historique qui parle d’art, d’amour et d’émancipation de la femme. C’est aussi un film sur le regard, celui que les personnages posent l’un sur l’autre, un regard qui voit jusqu’au fond du coeur.

Au 18e siècle, une peintre est commissionnée pour faire le portrait nuptial d’une jeune noble, tout juste sortie du couvent. Celle-ci refuse de poser, alors il faudra prétendre être sa dame de compagnie et chaque jour sortir marcher avec elle pour pouvoir l’observer, et ensuite la peindre de mémoire.

Dans l’intimité d’une île bretonne balayée par les vents, les deux jeunes femmes auront à peine quelques jours ensemble pour faire la découverte l’une de l’autre et des sentiments nouveaux qui émergent.

Palme du scénario et Queer Palm à Cannes en mai dernier, Portrait de la jeune fille en feu est un grand film féminin, féministe et une grande histoire d’amour romanesque.

C’est l’envie de raconter une histoire d’amour et de mêler à ce dialogue amoureux un dialogue autour de la création.

Céline Sciamma, réalisatrice

À l’écran, deux actrices magnifiques, bouleversantes.

D’abord Adèle Haenel, une complice de la réalisatrice de longue date et pour qui le rôle a été écrit sur mesure. À ses côtés, un nouveau visage, Noémie Merlant, qui insuffle une grande force au rôle de cette peintre qui pratique son art dans l’ombre des grands maîtres, qui de par son sexe ne peut accéder aux mêmes possibilités. C’est un film sans hommes, à peine quelques figurants apparaissant en arrière-plan.

Deux femmes en costumes d'époque sont côte à côte. L'une touche le visage de l'autre.

Image tirée du film « Portrait de la jeune fille en feu », de la réalisatrice française Céline Sciamma.

Photo : Courtoisie du TIFF

Portrait de la jeune fille en feu donne tout l’espace à ces femmes qui, si elles vivent à une époque où elles n’ont que très peu de libertés, ont pendant quelques jours l'occasion de suivre leurs désirs et de prendre pour elles-mêmes des décisions. Mais ce n’est pas parce que l’oppression n’est pas montrée qu’elle n’est pas présente. Ne pas perdre de temps à raconter l’oppression, ça permet de raconter à quel point elle est douloureuse quand elle revient, explique Céline Sciamma.

Non seulement le regard est ici important pour les personnages, mais celui que propose la réalisatrice aux spectateurs a lui aussi quelque chose de singulier, et de malheureusement trop rare.

Les femmes ont si souvent été filmées par les hommes que la façon de les mettre en scène au cinéma est maintenant normalisée. Les auditoires ont certaines attentes, ont accepté certaines conventions — ou comme le dit l’actrice Adèle Haenel, le regard masculin est uniquement masculin. Le regard féminin, de toute façon, puisqu’il est formé par le regard masculin — puisqu’on voit que des films faits par des hommes —, il est au minimum hybride.

Mais parfois, ici et là, on découvre au cinéma des autrices qui nous offrent de nouvelles images de femmes, de nouvelles façons de raconter leurs histoires et de les présenter à l’écran. Portrait de la jeune fille en feu fait partie de ces précieuses exceptions.

Pour Céline Sciamma, c’est le moment d’opérer des changements en profondeur dans notre perception en tant que public. Globalement, il y a un travail à faire, pas uniquement sur les autrices et les auteurs, mais sur qui prend la parole. Il y a une homogénéité sociale souvent sur qui raconte les histoires et comment. Moi, j'essaie de faire des films où les spectateurs sont questionnés et engagés sur leur propre regard.

Je le vis comme une possibilité de réforme. C'est l'opportunité de cesser d'opposer le regard féminin à une forme de regard universel, que serait le regard masculin.

Céline Sciamma, réalisatrice

Bien que le film soit ancré dans le passé, il conserve toutefois de forts échos dans le présent, sur des questions contemporaines de la solidarité féminine, de droit à l’avortement ou tout simplement sur la liberté de choisir son destin.

Pour la réalisatrice l’enjeu, la contrainte du film historique, c’était la pression de faire l’objet le plus contemporain possible. [...] Et parfois, se déplacer dans le passé, ça nous autorise encore plus de radicalité et plus de générosité.

Et pour Adèle Haenel, ce film, avec son regard vers le passé, a tout à fait l'enjeu de faire œuvre utile dans le présent, car pour la citer, si on ne pense pas qu’on peut changer le monde, on ne fait pas d’art!

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Toronto

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