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Dorian remonte la côte est après avoir semé la mort dans les Bahamas

Le reportage de Mathieu Prost

Photo : Reuters / Marco Bello

Radio-Canada
Mis à jour le 

Le bilan humain de l’ouragan Dorian s’annonce « alarmant » dans les Bahamas, alors que celui-ci, heureusement affaibli, souffle maintenant sur la Caroline du Nord et la Virginie. Au Canada, les provinces atlantiques se préparent au pire.

Les Bahamas continuent de subir l'impact du passage dévastateur, dans les derniers jours, de l'ouragan qui était alors classé en catégorie 5 – la plus élevée – avec des vents soufflant à plus de 250 km/h, voire 300 km/h dans le cas de Dorian.

Les secours tentent tant bien que mal de s'organiser, dans le chaos et la confusion. Des centaines de personnes, sinon des milliers, manquent à l’appel, dans un pays de 400 000 âmes.

Les opérations de recherche et de sauvetage continuent d'être menées. C'est très compliqué, étant donné qu'il n'y a presque pas de communications, a expliqué un responsable de l'agence bahaméenne des situations d'urgence, la NEMA.

C'est notre Katrina, a estimé le ministre de la Santé, Duane Sands, en référence à l'ouragan qui avait semé la désolation sur la Louisiane en 2005. Il a ajouté craindre un bilan définitif alarmant.

Le public doit s'attendre à des informations inimaginables concernant le bilan humain et les souffrances.

Duane Sands, ministre de la Santé des Bahamas

Le premier ministre Hubert Minnis a établi le bilan humain provisoire à 30 morts, dont une femme originaire de l'Ontario.

Dans la ville de Marsh Harbour, sur l'île de Great Abaco, dans le nord du pays, des opérations de collecte des cadavres sont en cours.

Vous pouvez sentir les corps en décomposition quand vous marchez dans Marsh Harbour. C'est partout. Beaucoup de gens n'auront jamais pu quitter cette île.

Sandra Sweeting, sinistrée de Marsh Harbour

Je travaille dans une maison funéraire, je sais ce que la mort sent. Il doit y en avoir des centaines, des centaines, a insisté Anthony Thompson, un résident.

Plusieurs personnes réfugiées dans une église aux milieux de leurs effets personnels jettent un coup d'oeil à la caméra.

Dans les Bahamas, l'inquiétude règne parmi les sinistrés de Dorian. Beaucoup ne pourront pas retourner chez eux.

Photo : Getty Images / AFP/BRENDAN SMIALOWSKI

Environ 60 % de l'île a été ravagée et des milliers de personnes y sont maintenant sans abri.

Maisons pulvérisées, voitures renversées, champs entiers remplis de débris, bateaux échoués et nombreuses zones inondées : à perte de vue s'étend un paysage de désolation qui tranche avec la traditionnelle carte postale touristique.

Il n'y a pas d'eau, pas de nourriture, personne ne peut rester au risque de tomber malade en quelques jours... Je compte maintenant partir, trouver un autre endroit où vivre.

James Whell, sinistré de Marsh Harbour

Transportant quelques biens personnels dans des sacs fourre-tout et des paniers d'épicerie, des centaines de victimes désespérées se sont rassemblées au port de Great Abaco, dans l'espoir d'être évacuées. Mais la frustration monte face à la lenteur des opérations d'évacuation des sinistrés.

C'est le chaos ici, a déclaré Gee Rolle, un travailleur de la construction qui a attendu avec son épouse un bateau qui pourrait les conduire à Nassau, la capitale. Le gouvernement fait de son mieux, mais en même temps, je ne pense pas que son travail d'évacuation soit suffisant. Ce n'est pas vivable. Seuls les animaux peuvent vivre ici.

Le ministère de la Santé des Bahamas a indiqué que des hélicoptères et des bateaux étaient en route, mais des responsables ont prévenu que des retards pourraient survenir en raison des graves inondations.

Des centaines de personnes avec leurs bagages.

Des centaines de personnes attendent au port de Marsh Harbour, dans l'espoir d'être évacuées par bateau.

Photo : Getty Images / Jose Jimenez

Caroline Burnett-Garraway, directrice du seul hôpital public encore debout, à Nassau, a dit s'attendre à un bilan humain effroyable et pense qu'il faudra deux camions frigorifiques pour entreposer les corps des victimes. « Nous avons commandé une grande quantité de sacs mortuaires », a-t-elle souligné.

La plupart des cliniques sur les îles du nord de l'archipel ne sont plus en état de soigner les blessés et il n'y a pas assez d'ambulances disponibles pour les transporter jusqu'aux hôpitaux de campagne installés par les secours.

Selon l'ONU, 70 000 personnes ont besoin d'une aide immédiate dans cet archipel des Caraïbes : eau, nourriture, médicaments...

L'organisation internationale a annoncé que 85 tonnes de vivres seraient envoyées au cours des trois prochains mois.

Le chanteur Lenny Kravitz, un des plus célèbres représentants de la diaspora bahaméenne, a envoyé des dons et des bateaux remplis de vivres vers l'archipel. Ces gens n'ont rien, s'est-il désolé en entrevue à CNN.

Les Carolines assaillies

Des palmiers sont violemment secoués par le vent et la pluie.

Les vents et les pluies de Dorian assaillent Buxton, en Caroline du Nord.

Photo : Associated Press / Steve Earley

Dorian, qui continue de remonter la côte atlantique des États-Unis, a atteint vendredi matin peu après 8 h 30 (HAE) la Caroline du Nord, dans la région de Cap Hatteras, au sud de l'archipel touristique des Outer Banks, déjà touché l'an dernier par l'ouragan Florence.

En après-midi, toutefois, la tempête s'est quelque peu éloignée de la côte, se déplaçant vers le nord-est, au grand soulagement de nombreux résidents.

Rétrogradé en catégorie 1, Dorian ne cesse de s'affaiblir, déchaînant tout de même des vents de 150 km/h qui font tomber des lignes électriques, et déversant des pluies torrentielles qui font craindre des inondations majeures.

L'arbre gît dans l'eau.

Un arbre déraciné après le passage de Dorian, sur le terrain d'un hôtel de Wilmington, en Caroline du Nord.

Photo : Reuters / Jonathan Drake

Vendredi soir, les eaux qui avaient inondé plusieurs secteurs s'étaient en bonne partie retirées.

Dans les seules Carolines, où l’état d’urgence a été décrété, 900 000 personnes ont reçu l’ordre d’évacuer à l’approche de l’ouragan, mais il est impossible de savoir combien d’entre elles l’ont suivi.

Des centaines de milliers de personnes ont été privées d’électricité.

Des véhicules déblaient des débris dans une rue au milieu de maisons complètement détruites.

Des employés municipaux d'Emerald Isle, en Caroline du Sud, ont entrepris des travaux de nettoyage, jeudi, après le passage d'une tornade engendrée par Dorian.

Photo : La Presse canadienne / AP/Tom Copeland

Le beau temps était toutefois revenu sur la ville touristique de Charleston, en Caroline du Sud, où de fortes bourrasques et de légères inondations ont privé jeudi 200 000 foyers d'électricité.

Jusqu’à 25 centimètres de pluie s'y sont abattus sur une bande de terre de 275 kilomètres entre Charleston et Wilmington. Le quartier historique de Charleston a été inondé, des maisons ont perdu leur toit, des arbres ont été déracinés.

Jusqu’à présent, Dorian a fait quatre morts aux États-Unis. Trois Floridiens sont morts électrocutés en se préparant à son arrivée, tandis qu’un homme de la Caroline du Nord est mort après être tombé d’une échelle en barricadant sa maison.

Hautes vagues frappant le rivage.

De hautes vagues causées par l'ouragan Dorian, à Fort Monroe, en Virginie.

Photo : Jonathon Gruenke / The Virginian-Pilot / Associated Press

Le Canada atlantique sur le qui-vive

L’oeil de l'ouragan devrait remonter à une vitesse d’environ 22 km/h vers le sud-est de la Nouvelle-Angleterre vendredi soir et samedi matin. Sa trajectoire devrait le mener jusqu'en Nouvelle-Écosse, à partir de samedi après-midi.

Selon la projection la plus probable, Dorian se trouverait au sud des Maritimes samedi, et la tempête traverserait l'est de la Nouvelle-Écosse au cours de la nuit de samedi à dimanche, puis les eaux est du golfe du Saint-Laurent ou l'ouest de Terre-Neuve d'ici dimanche matin.

Même affaibli, il devrait toujours avoir la force d'un ouragan. Il pourrait même remonter en catégorie 2.

Une veille d'ouragan est en effet en vigueur dans toute la Nouvelle-Écosse; des veilles de tempête tropicale touchent le sud-est du Nouveau-Brunswick, l'Île-du-Prince-Édouard, les Îles-de-la-Madeleine et l'ouest de Terre-Neuve.

On attend des vents violents avec des rafales allant de 100 à 150 km/h, des pluies torrentielles et de hautes vagues dans ces secteurs, de même que sur la Basse-Côte-Nord et la Gaspésie. Les précipitations les plus importantes – jusqu'à 100 millimètres d'ici dimanche matin – sont attendues en Nouvelle-Écosse, puis à l'Île-du-Prince-Édouard et aux Îles-de-la-Madeleine, qui devrait être touchées entre 1 h et 3 h du matin dimanche.

Une image satellite montrant l’ouragan Dorian lors de son passage sur la côte est des États-Unis.

La position de Dorian à 19 h (HAE) vendredi.

Photo : Université du Colorado / CIRA

Le ministre fédéral de la Sécurité publique, Ralph Goodale, a assuré que tous les services responsables, à tous les niveaux, sont aux aguets.

Écoutez attentivement vos équipes d’urgence locales : police, services des incendies, ambulanciers, équipes de gestion des situations d’urgence aux niveaux municipal et provincial, a-t-il demandé. Ils auront l’information locale la plus juste.

Et suivez leurs conseils, a imploré M. Goodale. Ces conseils ne sont pas donnés sans raison.

Le ministre a souligné que le gouvernement fédéral se tient prêt à intervenir. Il est en mesure de le faire – par les biais des Forces armées ou d’équipes de Pêches et Océans Canada, par exemple – dans les minutes suivant la demande des autorités locales.

Avec les informations de Agence France-Presse, La Presse canadienne, Reuters, Associated Press, et CNN

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