•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

« Le commandant » Robert Mugabe meurt à 95 ans

Le reportage de Sophie Langlois

Photo : AFP / Jekesai Njikizana

Radio-Canada

L'ancien président du Zimbabwe, Robert Mugabe, qui a dirigé le pays d’une main de fer pendant 37 ans, est mort vendredi à l’âge de 95 ans.

C'est avec la plus grande tristesse que j'annonce le décès du père fondateur du Zimbabwe et de l'ancien président, le commandant Robert Mugabe, a annoncé l’actuel président zimbabwéen, Emmerson Mnangagwa, dans un message publié sur Twitter.

Robert Mugabe a rendu l’âme vendredi dans un hôpital de Singapour, a annoncé le gouvernement sud-africain. L’ex-dictateur, dont la santé était précaire, séjournait régulièrement à Singapour pour des raisons médicales.

Le commandant Mugabe était une icône de la libération, un panafricain qui a dédié sa vie à l'émancipation [...] de son peuple. Sa contribution à l'histoire de notre nation et de notre continent ne sera jamais oubliée. Que son âme repose en paix.

Emmerson Mnangagwa, président du Zimbabwe

Héros de la guerre d’indépendance et fondateur du Zimbabwe, Mugabe avait pris les rênes de l'ex-Rhodésie en 1980.

Le président zimbabwéen Robert Mugabe arrive pour la cérémonie d'investiture le 22 août au stade national, à Harare.

L'ex-président zimbabwéen Robert Mugabe lors d'une cérémonie d'investiture, à Harare

Photo : AFP / ALEXANDER JOE

Un libérateur déchu

Robert Mugabe avait été accueilli comme un libérateur par la population grâce à sa politique de réconciliation et d’unification du pays, qui lui avait valu l’estime des puissances africaines et occidentales.

Mais son goût pour le pouvoir a rapidement révélé un visage dur, provocateur et intransigeant envers ses opposants politiques, qu’il a persécutés, voire éliminés, pendant les 37 années qu’il a passées aux commandes du pays grâce au soutien indéfectible de l'armée.

Ses abus contre l'opposition, la multiplication des fraudes électorales et sa violente réforme agraire lancée en 2000, laquelle a conduit à l’expropriation de tous les fermiers blancs de leurs terres, lui ont valu de multiples condamnations de l'Occident et l’effondrement de l’économie de son pays.

Près de 4500 agriculteurs blancs avaient été évincés de leurs terres par des vétérans de la guerre d'indépendance lors de cette réforme controversée.

L’annonce du départ de Robert Mugabe a été saluée dans la capitale Harare par un concert de klaxons et des manifestations de joie.

L’annonce du départ de Robert Mugabe avait été saluée dans la capitale du Zimbabwe, Harare, par un concert de klaxons et des manifestations de joie en novembre 2017.

Photo : Reuters / Philimon Bulawayo

Expulsé du pouvoir

Longtemps considéré comme un incontournable à la tête de l’État malgré son âge avancé, Robert Mugabe a été graduellement abandonné par la population, dont la qualité de vie a été mise à rude épreuve en raison d’un effondrement de l’emploi, de l’inflation galopante et de la dégradation des conditions de vie dans le pays.

En novembre 2017, le camarade Bob s’est finalement fait montrer la porte par l’armée et par son propre parti, la Zanu-PF, qui lui a aménagé une sortie honorable en lui permettant de démissionner de ses fonctions après avoir été placé en résidence surveillée par l'armée.

Il a été remplacé à la tête du pays par son ancien vice-président Emmerson Mnangagwa, qu'il avait limogé peu de temps auparavant.

C'est sa deuxième épouse, Grace Mugabe, 52 ans, qui a précipité la chute de son régime. Robert Mugabe l'avait placée à la tête de sa très influente Ligue féminine en décembre 2014, après une vaste purge dans les rangs de son parti.

Le 6 novembre 2017, Grace Mugabe avait obtenu l'éviction du vice-président Emmerson Mnangagwa, qui lui barrait la route dans la course à la succession de son mari, dont la santé se faisait de plus en plus précaire.

C’est l'éviction de Mnangagwa, un héros de la lutte de libération du Zimbabwe, qui a en définitive incité l'armée à montrer la porte au camarade Bob et à sa femme.

L’annonce de leur départ avait été accueillie par des manifestations de joie dans les rues du pays.

Le président du Zimbabwe Robert Mugabe et son épouse Grace Mugabe

Le président du Zimbabwe Robert Mugabe et son épouse, Grace Mugabe, lors d'un rassemblement du parti présidentiel, la Zanu-PF, le 8 novembre 2017

Photo : Reuters / Philimon Bulawayo

C'est le calme dans les rues de la capitale

Depuis sa démission, Robert Mugabe, dont la santé était fragile, ne se limitait qu’à de rares apparitions publiques.

En dépit des réactions officielles élogieuses, l’annonce de la mort du père du Zimbabwe n’a pas provoqué de mouvement de foule ou de manifestations dans les rues de la capitale, Harare, ni dans la seconde ville du pays, Bulawayo, où les citoyens vaquaient normalement à leurs occupations vendredi, a constaté l’Agence France-Presse.

En l'absence d'Emmerson Mnangagwa – en visite en Afrique du Sud –, le président zimbabwéen en exercice, Kembo Mohadi, participait même vendredi matin à une opération de nettoyage dans une banlieue d'Harare, comme si rien de particulier ne s’était produit.

Avec les informations de Agence France-Presse

Afrique

International