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L'Université de l'Ontario français, un enjeu politique à l'aube des élections

La politologue regarde la caméra

Geneviève Tellier, politologue à l’Université d’Ottawa, considère qu'aucun gouvernement, provincial ou fédéral, ne reviendra maintenant sur sa décision (Archives).

Photo : Radio-Canada / Rozenn Nicolle

Radio-Canada

La professeure titulaire en études politiques à l’Université d’Ottawa, Geneviève Tellier, revient sur les derniers rebondissements de l’entente sur l’Université de l’Ontario français (UOF) entre les gouvernements provincial et fédéral qui sont à couteaux tirés depuis des semaines. Après avoir annulé le projet, le gouvernement de Doug Ford se dit prêt à octroyer 63 millions de dollars pour l'ouverture d'une première université de langue française à Toronto, à condition qu'Ottawa paie d'abord.

Radio-Canada : Est-ce que l'approche des élections fédérales joue un rôle pour conclure rapidement une entente sur l'Université de l'Ontario français, car après des mois de silence, les conservateurs en Ontario considèrent maintenant le dossier comme urgent?

Geneviève Tellier : Il y a un lien avec les élections fédérales, mais je ne suis pas sûre que le lien dont on parle, selon lequel il y aurait peut-être des pressions de la part du Parti conservateur du Canada sur M. Ford pour accélérer le dossier, parce que les conservateurs de la province et, par ricochet, les conservateurs fédéraux, ont plutôt mauvaise presse vis-à-vis de la francophonie au Canada.

Je ne suis pas convaincue de cette explication-là. J’ai plus l’impression que c’est la pression des élections fédérales sur la nécessité du gouvernement fédéral libéral d’agir maintenant qui a joué. Le gouvernement conservateur de l'Ontario veut une entente avant les élections et les élections, ça s’en vient vite, alors c’est à prendre ou à laisser. C'est dans ce sens-là que l’élection fédérale a eu le plus d’impact sur la décision qu’on vient de voir. La priorité du gouvernement en Ontario, c’est d’avoir les fonds. Ça veut dire que si que c’est préférable d’avoir une entente avec le gouvernement libéral actuel, alors ils vont le faire.

Qui a le plus à gagner au niveau politique dans la conclusion de cette entente?

Ce sont les conservateurs de l’Ontario parce qu’ils ont tout perdu avec la décision l'an passé de renoncer à l’Université alors que cela avait été promis en campagne électorale. Cela a été très dur pour la communauté francophone et je pense que dans la tête de plusieurs électeurs, on associe maintenant les coupes budgétaires avec les coupures dans les services en français. Pour beaucoup de gens, des coupures [entraînent] des sacrifices notamment en protection des droits linguistiques des minorités. Donc le gouvernement Ford, en reculant sur cette décision-là finalement, a tout à gagner et n’a rien à perdre surtout qu’il peut bénéficier de l’argent puisque la moitié va être financée par le gouvernement fédéral donc pourquoi refuser ces ressources-là? C’est très bon pour eux et en plus ils ont juste à payer dans quatre ans. D’ici là, il va avoir l’opportunité de réfléchir à un moyen de financement. Donc pour eux les risques financiers immédiats sont minimes.

Est-ce que les libéraux fédéraux aussi ont un intérêt politique?

Ils ont déjà eu ce gain politique c’est-à-dire que rapidement à l’automne passé ils ont dénoncé les actions du gouvernement Ford. D’ailleurs, on reprochait à M. Scheer du Parti conservateur fédéral de ne pas avoir pris position assez rapidement sur le dossier. Les libéraux sont donc maintenant associés à la défense des droits linguistiques minoritaires au Canada. Par contre on avait l’impression qu’il voulait un peu ralentir les choses ces dernières semaines et là les gens ont commencé à questionner les agissements du Parti libéral du Canada et à se poser des questions. Est-ce qu’ils sont vraiment derrière les francophones, est-ce qu’ils sont en train de politiser le dossier, mais c’est eux qui avait le plus à perdre de ne pas avoir d’entente immédiate avec le gouvernement. D’ailleurs on a une entente très rapidement. Les libéraux ont agi très rapidement pour offrir quelque chose d’acceptable à la province.

Est-ce qu’on doit s’attendre à de nouveaux rebondissements?

Pour moi, maintenant, c’est clair que le projet va aller de l’avant. Ça ne l’était pas encore jusqu’à la semaine dernière parce qu’il y avait encore de nombreuses embûches, parce qu’il y avait une campagne électorale, et on n’avait pas encore d’engagement ferme de la part du gouvernement provincial, mais aujourd’hui on a un engagement ferme de la province et je serais très surprise de la part du [prochain] gouvernement fédéral qu’on ne respecte pas cette entente-là. Je m’attends à ce que la plupart des partis fédéraux respectent l’entente qui a été négociée avant le déclenchement des élections.

Il y a par contre d’autres étapes à franchir. Les crédits budgétaires n’ont pas encore été votés et ne le seront pas avant la prochaine élection. La Chambre des communes ne siège pas d’ailleurs, Queen’s Park ne siégera pas non plus avant l’élection fédérale, donc en ce moment, il n’y a aucun gouvernement qui a adopté un projet de loi pour que le dégagement des fonds de l’Université de l’Ontario français se concrétise.

Est-ce qu’il y a une volonté d’une partie de l’autre d'instrumentaliser les médias dans ce dossier?

Je pense que cela a été fait depuis début. On a toujours fait des annonces de façon très forte en mobilisant les médias. Je pense que chaque partie a essayé de marquer des points. Les libéraux fédéraux en disant “oui, nous on a l’argent, on soutient le projet”, et les conservateurs en disant “ben attendez, nous on a d’autres priorités avec l’équilibre budgétaire” et donc chacun sur la place publique a essayé de convaincre l’électorat du bien-fondé de sa position.

Qu’est-ce que les conservateurs fédéraux ont à gagner dans le dossier de l’UOF?

Ils ont gagné parce que M. Ford vient un peu d’atténuer l’image où on fait l’équation entre contraintes budgétaires est égal à une diminution des droits linguistiques. Il vient de démontrer que oui, c’est faisable d’arriver à un projet qui demande des fonds supplémentaires même si on est dans une logique d’un retour à l’équilibre budgétaire. M. Scheer va probablement axer une partie de sa campagne sur cette notion d’équilibre budgétaire et dans la tête de bien des gens ça veut dire ben il va y avoir des programmes qui vont être coupés, mais on ne pensera plus de manière automatique que ça va être nécessairement en matière de droits linguistiques. Mais les gens vont attendre davantage d’engagements de la part du Parti conservateur en campagne électorale sur la protection des droits linguistiques, ça c’est certain.

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