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La pilule abortive difficile à implanter au Québec, selon une étude

Le reportage de Nicole Germain

Photo : Radio-Canada

Érik Chouinard

L'accès à la pilule abortive au Québec demeure restreint depuis l'implantation de cette dernière en 2018, révèle une étude. En avril 2019, 23 des 49 cliniques québécoises d’avortement n’offraient toujours pas cette option aux femmes désirant interrompre leur grossesse.

Dans leur étude, les deux coauteures principales, les médecins Edith Guilbert et Marie-Soleil Wagner, montrent pourtant que le système de santé québécois serait bien capable d’accueillir et d’intégrer cette innovation.

Toutefois, elles soulèvent plusieurs obstacles qui en restreignent l’implantation.

Dans d’autres provinces canadiennes, l’adoption a d’ailleurs été beaucoup plus facile. Après un an et demi d’accessibilité, 30 % des Ontariennes et 40 % des Britanno-Colombiennes ayant eu un avortement avaient utilisé la pilule abortive.

Au Québec, 9 % des femmes québécoises désirant mettre fin à leur grossesse ont pu le faire avec ce traitement, et ce, même s’il s’agit d’une solution de rechange à l’avortement chirurgical offerte gratuitement par le système de santé.

Une main contenant deux contenants de pilules abortives

Le Mifegymiso, mieux connu sous le nom de pilule abortive RU-486

Photo : Charlie Neibergall

Ces constats démontrent qu’il reste beaucoup de travail à accomplir pour faire en sorte que les Québécoises puissent se prévaloir d’un véritable choix entre l’avortement chirurgical et l’avortement médical, affirme la Dre Wagner.

Étude pancanadienne

Les Dres Guilbert et Wagner se sont donc penchées sur ces différents facteurs qui ont facilité ou fait obstacle à l’implantation de la pilule au Québec dans le cadre d’une grande étude canadienne, la CART-Mifepristone Implementation Study.

Dans ce volet québécois, 37 médecins de l’ensemble des régions de la province ont été interviewés au début de 2018, soit immédiatement après que la pilule abortive est devenue disponible dans la province.

La moitié des participants ne se disent pas prêts à intégrer la pilule à leur pratique et admettent qu’elle sème encore chez eux quelques incertitudes.

À la première entrevue, seuls trois des médecins participants offraient le service. Un an plus tard, ils étaient dix.

Manque de leadership

Parmi les obstacles soulevés par les participants, certaines exigences du Collège des médecins du Québec y sont dénoncées. Selon les chercheuses, elles sont pratiquement inchangées depuis 30 ans et ne seraient plus adaptées à la réalité.

Le Collège des médecins exige pour tous les types d’avortements des formations spécialisées. Pourtant, contrairement à l'avortement chirurgical, les données semblent indiquer que la pilule abortive n’en nécessiterait pas.

Une femme habillée de blanc parle au micro de l'émission radio C'est encore mieux l'après-midi.

Édith Guilbert, en entrevue à l'émission C'est encore mieux l'après-midi.

Photo : Radio-Canada / Tifa Bourjouane

Elle pourrait même être utilisée par des professionnels de soins de première ligne. Dans toutes les provinces canadiennes, sauf au Québec, les infirmières praticiennes spécialisées sont autorisées à la prescrire de façon indépendante, sans supervision, souligne la Dre Guilbert.

D’autres embûches citées par les participants concernent aussi la complexité et la lourdeur du système de santé québécois. Par exemple, cela peut se traduire parfois par la lenteur du côté de l’approbation de nouveaux soins, par la difficulté à trouver des gestionnaires ou par de la confusion dans les réseaux de distribution de médicaments.

Edith Guilbert et Marie-Soleil Wagner croient tout de même que beaucoup de ces barrières réglementaires et administratives peuvent être réduites. Toutefois, pour ce faire, il faudra que les autorités en place finissent par implanter un véritable leadership sur la question.

Innovation française

Mise au point en France au début des années 1980, la pilule abortive a commencé par être progressivement accessible en Europe durant la décennie suivante et aux États-Unis en 2000.

En Europe, la pilule est maintenant utilisée par entre 60 et 90 % des femmes désirant un avortement.

Elle a finalement été approuvée par Santé Canada en 2015. Cependant, elle n’est devenue accessible au Québec qu’en 2018, un an après le reste du Canada, à cause de quelques embûches.

La pilule abortive est une solution de rechange à l’avortement chirurgical. Elle a l’avantage de permettre aux femmes d’interrompre leur grossesse dans le premier trimestre, chez elles, sans procédures complexes.

Avec son implantation, on espérait qu’elle puisse réduire les inégalités et disparités d’accès à l’avortement, lequel est surtout problématique en région rurale.

Pilules abortives

Un emballage de pilules abortives

Photo : Radio-Canada

Cette thérapie fonctionne grâce à l’action combinée de deux molécules, la mifépristone et le misoprostol.

La mifépristone bloquera les récepteurs de progestérone, une hormone qui assure le maintien de la grossesse. Ensuite, pris quelque temps après, le misoprostol provoquera les contractions de l’utérus qui déclencheront un avortement spontané, comme une fausse couche.

Ce n’est pas la même chose que la pilule de contraception d’urgence, mieux connue sous le nom de « pilule du lendemain ». Cette dernière bloque l’ovulation; elle n’interrompt pas la grossesse si l’ovule est déjà fécondé.

Avant l’approbation de la combinaison mifépristone-misoprostol, au Québec, la proportion des avortements médicaux au premier trimestre était de 2,2 %.

Québec

Avortement