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Les débuts d’un fonds pour conjuguer au futur l’éducation en français

Reconnaître un être cher, redonner à la communauté, valoriser la philanthropie dans la communauté franco-albertaine… Les créateurs de fonds de dotation ont chacun de bonnes raisons de contribuer au bien-être de leur communauté.

Trois femmes sont bras dessus, bras dessous devant un mur où apparaît le nom de l'école Nouvelle-frontière.

Roxanne Fluet, Heather Jones et Geneviève Savard sont les trois mères d'élèves qui ont insufflé la création du fonds de dotation de l'École Nouvelle-Frontière.

Photo : Gracieuseté

Radio-Canada

Il était une fois une femme à Grande Prairie qui s’investissait sans relâche, depuis un quart de siècle, pour défendre les droits linguistiques et l'éducation en français. C’est elle qui a permis l’ouverture d’une école francophone dans cette ville du nord-ouest de l’Alberta. Vingt ans plus tard, des parents d’élèves ont donné son nom, Michelle Hunter, aux bourses qu'offrira le fonds de dotation qu’ils viennent de créer. En attendant qu’il prenne de la valeur, ces parents nous ont parlé des valeurs qui les animent.

« Nous voulons continuer de donner à l’école [Nouvelle Frontière] même quand on n'y sera plus », explique Geneviève Savard, une des créatrices du fonds. « Le but est de donner à la francophonie à perpétuité. »

Originaire du Québec, Geneviève Savard a concrètement vécu les défis de « la vie en français minoritaire » quand son aîné a fait sa rentrée à l’École Nouvelle Frontière de Grande Prairie, il y a sept ans.

Immédiatement, elle rejoint la société de parents « qui s’autofinance pour donner des moyens à l’école d’avoir de plus belles activités et de meilleurs services ».

La même année, Heather Jones a décidé elle aussi de s’impliquer dans le Club des amis de l’École Nouvelle Frontière, où ses deux enfants sont scolarisés.

« Le français n’est pas ma première langue, je suis anglophone », dit celle qui a appris à aimer la langue de Molière dans une école d’immersion. « Quand j’étais petite, je n’avais pas l’option d’aller dans une école francophone [à Grande Prairie], mais maintenant, nous avons la chance de transmettre cette éducation à nos enfants grâce à l’École Nouvelle Frontière. »

20 ans d'éducation en français

L’établissement a ouvert le 2 septembre 1998, sous l’impulsion de Michelle Hunter, avec 26 élèves, de la maternelle à la 6e année. Elle devenait la 2e école du Conseil scolaire du Nord-Ouest et la 18e école francophone de l’Alberta.

Source : École Nouvelle Frontière.

« Rien ne se fait seul », dit humblement Michelle Hunter, qui a été enseignante et directrice de l’établissement avant de coiffer la casquette de conseillère pédagogique.

Une femme fait un discours sur une scène parsemée de ballons multicolores.

Michelle Hunter lors des célébrations marquant le 20e anniversaire de l'École Nouvelle Frontière en juin 2019.

Photo : Gracieuseté

« Qui dit plus d’élèves dit plus d’argent. [Et] chez nous, notre grande différence, c’est la francophonie. Alors il faut avoir des gens engagés qui veulent poursuivre et mettent toute leur énergie et leur croyance en cet atout. »

Dans cette affaire de transmission, les créatrices du fonds Michelle-Hunter prennent justement le relais, à leur façon, en se mobilisant pour offrir des bourses aux futurs finissants de l’École Nouvelle Frontière.

Graver dans le marbre

Si Geneviève et Heather se sont lancées dans cette aventure, c’est pour offrir plus que les montants amassés par leur club lors des campagnes de financement, et surtout assurer la pérennité d'un patrimoine.

Mais d’abord, les 1000 $ qui constituent actuellement le fonds doivent au moins être multipliés par 10, avant d'être redistribués dans la communauté. « Nous avons le défi d’amasser 10 000 $ dans les deux prochaines années afin de permettre au fonds de survivre et d’exister pour l’éternité », précise Geneviève Savard.

Une fois que le fonds aura atteint sa maturité, des bourses pourront commencer à être distribuées aux finissants.

« On espère pouvoir les aider à poursuivre leurs études en français, notamment avec des bourses de voyage, puisqu’on habite loin des grands centres », explique Geneviève Savard.

L’idée est aussi de fortifier la construction identitaire francophone au sein de l’école, en donnant un coup de pouce aux élèves « pour qu'ils fassent ce qui les inspire », ajoute Heather Jones.

C’est vraiment pour garder la francophonie à Grande Prairie, où nous sommes la seule école francophone

Heather Jones, présidente du Club des amis de l’École Nouvelle Frontière

Rendre à César ce qui est à César

Un égoportrait d'une femme à la plage.

Michelle Hunter.

Photo : Gracieuseté

Au moment de baptiser les bourses du fonds, le nom de Michelle Hunter s’est tout naturellement imposé dans la tête du groupe de parents d’élèves qui l’ont créé.

« L’école est sa maison. L’équipe et les élèves sont sa famille, reconnaît Heather Jones. Nous avons choisi de nommer [les bourses] d'après Michelle Hunter pour tout ce qu’elle a fait et continue de faire pour l’École Nouvelle Frontière. »

En 20 ans, Michelle Hunter en a vu défiler, des générations d’écoliers. Aujourd’hui, ce sont les enfants de ses premiers élèves qu’elle retrouve dans les classes. 

« C’est un grand honneur », dit-elle, sans que l’on sache réellement si elle parle de l’hommage qu’on lui rend de son vivant avec le fonds de dotation ou de ces élèves qui sont toujours plus nombreux à s’inscrire à l’école francophone. Probablement des deux.

Moi, je suis juste la ligne directrice, celle qui inspire nos élèves.

Michelle Hunter, conseillère pédagogique à l’École Nouvelle Frontière

Tout aussi dévouée que modeste, Michelle Hunter détourne vite l’attention d’elle pour parler des autres.

« Il faut que ta francophonie te tienne à coeur. Quand on est adolescent, le sentiment d’appartenance est très fort. Ce n’est pas en milieu minoritaire qu’il est le plus présent, et ce sentiment d’appartenance fait qu’on veut parfois suivre la masse », observe-t-elle.

Heather Jones en sait quelque chose. Ayant grandi dans une famille anglophone, elle a dû développer ce sentiment d’appartenance.

« On se sent comme une famille au sein de la francophonie à Grande Prairie », avoue-t-elle.

Si elle a choisi de scolariser ses enfants dans une école francophone et de s’impliquer dans le fonds de dotation, c’est aussi parce que son bilinguisme lui a ouvert des portes sur le plan professionnel.

« Je sais que le français apportera aussi des opportunités à mes enfants quand ils seront plus âgés », estime Heather Jones, qui est agente de voyage.

L’an dernier, les cinq finissants de l’École Nouvelle Frontière ont tous fait des demandes de bourses pour poursuivre leurs études. « Ils les font dans toutes sortes d’organismes, même chez WestJet, affirme Michelle Hunter. C’est plus pratique et alléchant qu’ils en aient une juste pour eux. »

Cinq jeunes tiennent chacun une lettre du mot « merci ». Ils sont devant un mur où apparaît le nom de l'école Nouvelle Frontière.

Les cinq élèves qui ont terminé leur scolarité à l'École Nouvelle Frontière l'an dernier.

Photo : Gracieuseté

Le Club des amis de l’École Nouvelle Frontière a investi une partie de ses deniers pour lancer le fonds de dotation. Les parents organiseront différentes activités pour le financer. Ils espèrent aussi recevoir une portion des dons que reversent les casinos aux oeuvres de charité.

« On a un casino à Grande Prairie, dit Geneviève Savard. On espère recevoir une partie de ces revenus, ça donne environ 35 000 $ par organisme tous les deux ans. » Une somme qui permettrait au nouveau fonds d’offrir des bourses dans un avenir plus proche que prévu.

Dans le cadre de la série Philanthropie, quand tu nous tiens… Radio-Canada s’est entretenue avec des créateurs de fonds de dotation de la Fondation franco-albertaine qui ont accepté de nous dire ce qui les a poussés à se lancer dans cette aventure. À lire dans cette série :

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