•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Pénurie de médicaments au Canada en quatre mois, si Trump arrive à ses fins

Le reportage de Christian Noël

Photo : AFP/Getty Images / STAN HONDA

Marc Godbout

Combien de temps les stocks canadiens de médicaments d’ordonnance pourraient-ils tenir le coup si l’administration Trump mettait sa proposition à exécution? Une étude que s’apprête à publier un chercheur américain confirme que l’idée d’importer en vrac des médicaments moins chers du Canada pourrait avoir des conséquences dramatiques au pays.

Cent dix-huit jours tout au plus. C’est le temps qu’il suffirait avant que les réserves canadiennes de médicaments sur ordonnance soient épuisées au Canada.

« Quand on y pense, c’est assez effrayant », explique le docteur Marvin Shepherd, l’un des rares chercheurs à s’intéresser de près à l’importation des médicaments dans un contexte nord-américain.

Je ne veux pas faire peur aux gens, mais quand je regarde les chiffres, ils ne mentent pas.

 Marvin Shepherd, professeur émérite de l’Université du Texas à Austin

Pour certains médicaments cardiovasculaires et l’insuline, par exemple, une pénurie pourrait même survenir en moins de 30 jours si le plan de l’administration Trump devait se concrétiser.

Marvin Shepherd devant un foyer

Marvin Shepherd, professeur émérite de l’Université du Texas à Austin

Photo : Radio-Canada / Marc Godbout

Les résultats préliminaires de l’étude, qui doit être publiée dans les prochaines semaines, offrent la lecture la plus à jour des risques qui pèsent sur l’approvisionnement au Canada depuis l’annonce de l’administration Trump cet été.

Les prix exorbitants des médicaments représentent un enjeu brûlant aux États-Unis. Devant le mécontentement de l’électorat, le président Trump a notamment promis d’agir pour que les États, les pharmaciens et les grossistes puissent importer en vrac des médicaments moins chers du Canada.

Washington souhaite d’abord permettre des projets pilotes. Déjà, plusieurs États, dont le Colorado et la Floride, s’y préparent, même si aucune date n’a encore été fournie pour la mise en œuvre de ce plan.

Le sujet s’est déjà immiscé dans la course à la présidence. Dans un geste symbolique, le candidat à l’investiture démocrate Bernie Sanders a traversé la frontière avec des diabétiques américains pour acheter de l’insuline, en juillet. Au Canada, une fiole coûte environ un dixième du prix payé aux États-Unis. La situation force de nombreux diabétiques à rationner leurs doses.

L'Américaine Gail DeVore tient une seringue et une fiole d'insuline.

Le quart des diabétiques des États-Unis, comme Gail DeVore, doivent rationner leurs doses d'insuline, compte tenu de la flambée des prix du médicament.

Photo : Radio-Canada / Marc Godbout

Le chercheur Marvin Shepherd base ses projections notamment sur les données les plus récentes de Santé Canada, soit celles de 2018.

Un voisin gourmand

Il faut comprendre que même une faible proportion du volume des ordonnances américaines aurait une incidence dramatique sur les approvisionnements en médicaments au Canada, soutient le professeur émérite de l’Université du Texas à Austin.

Marvin Shepherd estime que, si le feu vert devait être donné à certains États, aux pharmacies et aux grossistes, jusqu’à 40 % des ordonnances américaines pourraient provenir du Canada dès la première année. C’est dans ce contexte qu’une pénurie surviendrait en l’espace de 118 jours.

Un scénario plus modéré suggère une rupture des stocks de médicaments sur ordonnance après 186 jours, advenant un approvisionnement au Canada de 20 % des ordonnances américaines.

Le très grand écart de la population entre les deux voisins crée un déséquilibre.

Nous sommes de 9 à 10 fois plus nombreux qu’au Canada. Ça ne prendrait pas beaucoup de consommateurs américains pour réduire l’approvisionnement du réseau canadien.

Marvin Shepherd

Rien pour rassurer les groupes de patients, de professionnels de la santé, d’hôpitaux et de pharmaciens au Canada qui craignent que les efforts américains ne viennent exacerber les pénuries de médicaments de ce côté-ci de la frontière.

Je suis très surpris que le Canada n’ait toujours pas de stratégie, souligne le chercheur texan.

Médicaments : menace de pénurie ?

Le premier ministre Justin Trudeau a promis de protéger l’approvisionnement en médicaments du Canada à la suite de l’annonce de l’administration américaine.

L'assurance-médicaments s’annonce comme l'un des thèmes importants de la campagne électorale fédérale. Mais le gouvernement n’a toujours pas précisé quels leviers il pourrait utiliser pour faire face à la proposition de Donald Trump.

Politique fédérale

Santé