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L’industrie de la croisière en C.-B., source d’argent et de carbone

Un navire de croisière est amarré dans le port de Vancouver à côté de trois voiles de la Place du Canada avec des montagnes en arrière-plan.

Le Port de Vancouver accueillera 290 navires de croisière en 2019.

Photo : Radio-Canada / Philippe Moulier

Timothé Matte-Bergeron

La saison des croisières bat son plein en Colombie-Britannique, province canadienne la plus visitée par les croisiéristes. Si le million de passagers attendus à Vancouver en 2019 promet des retombées économiques majeures pour la région, l'industrie fait aussi l’objet d’un nombre croissant de critiques pour son impact sur l'environnement.

Certains navires de croisière, qui ont une capacité de plusieurs milliers de passagers, sont de véritables petites villes flottantes qu’il faut bien sûr propulser. Il faut aussi en chauffer et en climatiser les nombreuses pièces, ce qui nécessite une quantité d’électricité considérable, obtenue essentiellement par combustion.

En tout 290 bâtiments, transportant 1 077 000 touristes, sont attendus par le Port de Vancouver pour l’année 2019. Pour sa part, le Port du Grand Victoria attend 700 000 croisiéristes.

Le carburant utilisé pour la grande majorité des bateaux de croisières est constitué de fioul lourd, bien plus sale que l’essence et contenant plusieurs polluants atmosphériques, dont les oxydes de soufre (SOx), reconnus comme nocifs pour la santé humaine.

Depuis 2015, au large des côtes canadiennes et américaines, les émissions de soufre des cargos et des paquebots sont limitées à 1000 parties par million (ppm), comparativement à 35 000 ppm dans la plupart des mers du monde.

C’est une exigence très partielle, selon Kendra Ulrich, de l’organisme environnemental Stand.earth, responsable d’une campagne dont l'objectif est de talonner les compagnies de croisière sur leur bilan environnemental.

Il est important de comprendre que cela ne vise que des particules polluantes en particulier, dit-elle. Si la réduction des émissions de soufre est positive pour la santé publique, elle ne résout pas le problème des autres composants néfastes qu’on retrouve dans l’air.

Parmi eux, il y a le CO2 et autres gaz à effet de serre (GES), qui contribuent au dérèglement climatique.

Un glacier et des montagnes couvertes de neige qui se reflètent dans l'eau.

Les croisières permettent de voir des paysages impressionnants, mais elles sont une source importante d'émissions de gaz à effet de serre.

Photo : Radio-Canada / Valérie Gamache

Le problème des GES

L’industrie des croisières est à l'origine d’environ 0,2 % des émissions mondiales de GES, selon l’Institut de recherche sur le tourisme de l’Université Griffith, en Australie, qui arrive à cette estimation en utilisant, entre autres, l’inventaire des émissions de CO2 établi par certaines compagnies, dont Carnival, la plus importante d’entre elles.

En 2017, 25,8 millions de personnes ont fait une croisière, ce qui, selon l’Institut, fait 0,82 tonne d’équivalent CO2 libérée par vacancier, pour un voyage en mer d’une durée moyenne de 7 jours.

Cela équivaut, approximativement, à un vol aller-retour Toronto-Calgary, selon un calculateur d’empreinte carbone (Nouvelle fenêtre), élaboré par l’Université du Québec à Chicoutimi. Cette statistique ne tient pas compte du trajet en avion pour se rendre au port de départ, ni de celui pour revenir du port d’arrivée.

En 2016, pour leur consommation personnelle, les Canadiens ont émis en moyenne 3,9 tonnes d’équivalent CO2 chacun, selon Statistique Canada. Un voyage en croisière, sans compter un éventuel aller-retour en avion, pourrait donc constituer plus d’un cinquième de cette consommation annuelle.

Des navires devant la côte, sauvage, rocheuse et avec des arbres.

L'Alaska est la destination principale des croisiéristes au départ de Vancouver.

Photo : Radio-Canada / Valérie Gamache

Réduction de l’intensité des émissions

L’Association internationale des compagnies de croisières (CLIA), qui représente l’industrie, est incapable de fournir une estimation des émissions de GES pour les croisières au départ de Vancouver, qui se rendent en majorité en Alaska, un trajet de plus de 2000 kilomètres.

L’organisation précise toutefois que l’industrie a des cibles de réduction des GES. La directrice pour la région du nord-ouest du Pacifique, Donna Spalding, affirme que les principales compagnies de croisière se sont engagées à réduire l’intensité de leurs émissions de carbone de 40 % par rapport à 2008 d’ici 2030.

L’industrie est en voie d’atteindre cet objectif, avec une réduction de l’intensité des émissions de 21-22%, jusqu’à maintenant, affirme-t-elle.

Ce que cela veut dire, c’est qu’elle émet moins de GES par passager embarqué sur un navire, rétorque toutefois Kendra Ulrich. Les bateaux deviennent de plus en plus gros et les flottes s'agrandissent constamment.

L’ industrie est en pleine croissance : selon la CLIA, le nombre de passagers a augmenté de près de 7 % dans le monde entre 2017 et 2018. Sur 10 ans (de 2009 à 2018), la hausse a dépassé les 60 %.

Leur empreinte carbone réelle augmente, même si [les compagnies] montrent un beau graphique avec une courbe descendante sur leur site Internet.

Kendra Ulrich, organisme Stand.earth

Le climat ne se soucie pas de ces réductions d’intensité : nous avons besoin de réduire la quantité absolue de GES libérés dans l’atmosphère, affirme-t-elle.

Les compagnies de croisière comptent se rapprocher de leur objectif de réduction des GES en recourant, entre autres, de plus en plus au gaz naturel liquéfié (GNL), moins polluant que le mazout lourd utilisé actuellement, mais qui constitue une source d'énergie critiquée pour son impact environnemental.

L’alimentation électrique à quai, une solution?

Lorsqu’ils s’arrêtent à Vancouver, les navires de croisière peuvent se brancher à un système d’alimentation électrique à quai, dont l’énergie, fournie par BC Hydro, provient principalement de l’hydroélectricité.

Ce branchement permet à l’équipage de couper les moteurs et d’utiliser – pour l’éclairage, la cuisine, le chauffage, la climatisation, etc. – une électricité propre.

Un homme est devant des tuyaux branchés dans un panneau électrique.

Le système d'alimentation électrique à quai est en place depuis 2009, au Port de Vancouver.

Photo : Port de Vancouver

Selon le Port de Vancouver, ce système a permis, depuis son installation en 2009, d'éviter de brûler 6500 tonnes de carburant. Cela équivaut à une réduction de plus de 20 000 tonnes de GES et de 583 tonnes de polluants atmosphériques, affirme une porte-parole.

C’est l’équivalent, selon les chiffres de l’Agence de protection de l’environnement des États-Unis, de 4300 voitures retirées de la route pendant un an.

Toutefois, en 2018, sur 243 bateaux qui ont accosté à Canada Place, seulement 63 ont opté pour l’alimentation à quai, soit un peu moins de 26 % d’entre eux.

Et si l’initiative permet de réduire l’empreinte carbone des paquebots à quai ainsi que le rejet de polluants près de la ville, cela ne change rien à leur consommation de carburant pour les déplacements, rappelle Kendra Ulrich.

L’alimentation électrique à quai est un élément essentiel pour réduire les émissions locales, soutient-elle. Mais ce genre d’infrastructure est parfois complexe à construire.

Le Port de Victoria, par exemple, a renoncé à installer un système d’alimentation à quai. Selon Donna Spalding, l’île de Vancouver ne possède pas la capacité électrique nécessaire pour combler les besoins en énergie des navires qui y font escale. De plus, certains d'entre eux ne sont pas équipés pour se brancher.

Colombie-Britannique et Yukon

Tourisme