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Retrouvé en Italie, un sac à dos de la Deuxième Guerre mondiale rentre à Montréal

Le reportage d'Anne-Louise Despatie

Photo : Radio-Canada

Éric Plouffe

Près de 75 ans après avoir été laissé en Italie pendant la Deuxième Guerre mondiale, le sac à dos d'un soldat canadien est finalement de retour à la maison. Une Montréalaise a eu le bonheur, mercredi, d'ouvrir le colis dans lequel se trouvait le sac de son père.

Un sac à dos abandonné, un jeune collectionneur, de bonnes vieilles méthodes d'enquête... et une histoire qui se termine bien.

Francine Saint-Laurent a les yeux pétillants de joie. Elle vient de déballer le colis tant attendu en provenance d'Italie et tient dans ses mains le sac à dos beige bien conservé de son père, Paul-Étienne Saint-Laurent, né à Mont-Joli en 1919, qui a combattu en Italie pendant la Deuxième Guerre mondiale.

Il s'est écoulé environ 75 ans avant que l'objet militaire ne revienne au pays.

Pour Francine Saint-Laurent, le moment qu'elle vit dans son petit logement du centre-ville est magique.

Mon père est décédé, mais c'est comme si je le voyais pour vrai, lance-t-elle, assise dans son canapé et tenant le sac à dos entre les mains. C'est comme s'il était devant moi. C'est comme ça que je me sens, confie-t-elle.

Le sac est précieux à ses yeux. Il ne faut pas oublier que ce sont des jeunes qui se sont battus pour la démocratie. Ce sac était ce qu'ils avaient. Ils avaient tout laissé. Ils n'avaient que ce sac à dos. Et ils se sont battus pour que nous puissions penser librement. C'est un grand bagage, ce sac-là.

Perdu en Toscane

Il montre le sac lors d'une entrevue Skype avec CBC News.

L'Italien Laurenzo Campus a retrouvé le sac dans une ferme de la Toscane en 2018.

Photo : CBC

C'est un Italien d'une vingtaine d'années de la région de la Toscane, Laurenzo Campus, qui a trouvé le sac dans une ferme en août 2018.

Sentant qu'il tenait quelque chose de spécial, ce passionné d'histoire a alors entrepris de retrouver le propriétaire du sac, parce qu'il aurait aimé qu'on fasse la même chose pour lui s'il avait été dans une situation semblable, a-t-il confié à CBC News, le mois dernier.

Mais la seule information qu'il avait sur le mystérieux propriétaire était les inscriptions en grosses lettres à la main sur le sac, soit le nom « Saint-Laurent », la première lettre du prénom du soldat et une série de chiffres et de lettres.

Ses recherches sont demeurées vaines pendant des mois, jusqu'à ce qu'un ami lui suggère de contacter le réseau anglais de Radio-Canada, qui a accepté de l'aider dans sa quête.

Paul-Étienne Saint-Laurent photographié alors qu'il se trouvait à Londres.

Paul-Étienne Saint-Laurent a grandi dans un orphelinat avant de s'enrôler dans l'armée pour la Deuxième Guerre mondiale.

Photo : Courtoisie : famille Saint-Laurent

En parallèle, et par une drôle de coïncidence, Francine Saint-Laurent cherche aussi au même moment à en savoir davantage sur le passé militaire de son père, décédé en 1993, des dizaines d'années après son retour au pays.

Elle a dû attendre en 2018, soit pendant 25 ans, avant de pouvoir demander au gouvernement canadien l'autorisation de consulter le dossier militaire de son père. L'an dernier, elle a donc soumis sa demande.

Je voulais connaître un peu le passé militaire de mon père, parce qu'il n'en parlait pas beaucoup.

Francine Saint-Laurent

Il fallait que j'attende jusqu'en 2018 pour faire la demande, mais j'ai été patiente. J'avais toujours une petite note. Je disais : "Il me reste 20 ans, il me reste 15 ans, et là, cette année [2018], c'est dû", raconte-t-elle. Alors j'ai envoyé une lettre avec toutes les formalités pour avoir toute l'histoire de mon père pendant qu'il était à la Deuxième Guerre mondiale.

Heureux hasard

Le sac à dos.

Le sac retrouvé portait les inscriptions Saint-Laurent, la première lettre du prénom du soldat et une série de chiffres et de lettres.

Photo : Lorenzo Campus

Une employée de Bibliothèque et Archives Canada la rappelle, mais pour lui annoncer au téléphone que des journalistes et un jeune Italien sont à sa recherche pour lui remettre le fameux sac à dos.

Estomaquée, Francine Saint-Laurent entre presque immédiatement en contact avec le jeune Italien qui lui raconte les circonstances de cette étonnante découverte faite avec un ami dans une ferme perdue dans les montagnes d'Italie, où ils ont demandé au propriétaire s'ils pouvaient prendre possession du mystérieux sac à dos apparu dans l'embrasure d'une porte de grange.

Ils sont allés voir le vieux monsieur et lui ont posé des questions, dit Francine Saint-Laurent.

Le vieux monsieur leur a dit : "C'est là depuis le temps de mon père". Ils ont dit : "Est-ce qu'on peut l'avoir?" Il a répondu : "Prenez-le". Ils ont pris le sac à dos et vu qu'il y avait un nom et un numéro de matricule. Et le jeune homme a dit : "Wow! moi je fais de la recherche. Je vais essayer de voir qui est le propriétaire", raconte la Montréalaise.

Ils ne partaient de rien. Ça pouvait être basque ou suisse. Ils ne parlaient pas le français. Ils ne savaient pas qu'est-ce qui était écrit. Donc, il est parti vraiment au départ pour faire la recherche, s'étonne Francine Saint-Laurent.

Le voyage se poursuit

Elle tient une photo de son père dans ses mains.

Francine Saint-Laurent attendait avec impatience le sac de son père expédié à Montréal par Laurenzo Campus.

Photo :  CBC / Valeria Cori-Manocchio

L'histoire s'est finalement bien terminée lorsque Francine Saint-Laurent a pu récupérer le sac à dos que le jeune Italien lui a expédié par la poste.

Le voyage de ce sac à dos, lui, se poursuit. Il sera bientôt exposé au Musée Royal 22e Régiment, à Québec, où on lui trouvera une place dans la collection permanente.C'est une histoire qui est inusitée, lance d'emblée le directeur et conservateur du musée, Dany Hamel.

Les sacs à dos de la Seconde Guerre mondiale, utilisés par l'Armée canadienne ou les autres armées, il y en a eu des milliers qui ont été produits. Cependant, d'en trouver un comme ça, identifié à un soldat, son parcours, le contexte de la découverte et la façon dont on peut documenter l'histoire de l'objet, c'est extraordinaire dans ce cas-ci, estime-t-il.

Pour Francine Saint-Laurent, la conservation du sac à dos va perpétuer la mémoire et l'histoire de son père ainsi que celle des combattants de la Deuxième Guerre mondiale.

C'était des jeunes hommes qui venaient libérer. C'était des libérateurs. Ils luttaient contre la dictature. Ils voulaient arriver avec la démocratie. Lorsqu'il disait qu'il avait fait la campagne d'Italie [campagne militaire à laquelle 93 000 Canadiens ont participé à partir de juillet 1943, NDLR], je sentais un brin de fierté dans sa voix, se souvient Francine Saint-Laurent.

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