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Un tronc calciné sur la terre brûlée.

La forêt amazonienne ravagée à Altamira, dans l'État du Para, au Brésil, le 27 août 2019.

Photo : Getty Images / JOAO LAET

Ximena Sampson

Les dirigeants de la planète se réuniront au cours des prochains jours à New York pour discuter des grands enjeux planétaires. La forêt amazonienne qui brûle doit nous préoccuper tous, selon le président français. Est-ce que ça ne concerne que les Brésiliens, comme l’affirme le président Jair Bolsonaro? Le débat n'est pas terminé.

Le président français, Emmanuel Macron, a lancé la polémique lorsqu’il a écrit sur Twitter, le 22 août, que les incendies en Amazonie représentaient une crise internationale. Notre maison brûle. Littéralement, a-t-il twitté, invitant les pays du G7 à en discuter au cours de leur sommet, prévu deux jours plus tard.

Pour son homologue brésilien, Jair Bolsonaro, montré du doigt pour ses compressions au budget de l’agence de protection de l’environnement (IBAMA) et ses liens avec le lobby agricole, cette déclaration constitue une ingérence inacceptable dans les affaires intérieures du Brésil et une démonstration de néocolonialisme. L'Europe n'a pas de leçons à donner au Brésil, a twitté M. Bolsonaro.

La forêt amazonienne est-elle un bien commun de l'ensemble de l'humanité ou n’appartient-elle qu’au Brésil?

La forêt amazonienne s’étend sur neuf pays : le Brésil, bien sûr, où se trouvent les deux tiers de la forêt, mais aussi la Bolivie, l’Équateur, le Pérou, la Colombie, la Guyane française, le Guyana, le Suriname et le Venezuela.

Le droit international est clair. La partie de la forêt amazonienne qui se trouve à l‘intérieur des frontières brésiliennes n’appartient qu’au Brésil qui peut, en théorie du moins, en faire ce qu’il souhaite, explique Sébastien Jodoin, professeur adjoint à la Faculté de droit de l’Université McGill.

Vue aérienne d'un incendie qui progresse.

Les flammes avancent près de Porto Velho, dans l'État de Rondonia, le 24 août 2019.

Photo : Reuters / Ueslei Marcelino

Il s’agit d'une ressource qui est située sur le territoire d'un État souverain, donc il n’y a aucune brèche, affirme-t-il.

Les seules exceptions seraient si les actions du Brésil causaient des dommages à un autre pays ou si elles mettaient en péril la paix et la sécurité internationales, auquel cas le recours à la force pourrait être justifié. Mais on en est très loin dans ce cas, soutiennent les juristes.

Par ailleurs, dire aux Brésiliens comment agir ouvrirait la porte à toutes sortes d’ingérences, estime M. Jodoin. Un État qui se mêlerait des affaires des autres s’exposerait à être lui-même pris à partie.

Les pays ont le droit de se développer comme ils le veulent, précise M. Jodoin, qui souligne que M. Bolsonaro n’a pas tort quand il dit que c’est ce qu’ont fait la France et l’Europe en général en rasant leurs forêts il y a des siècles.

Les États ont un droit de regard presque absolu sur ce qui se passe sur leur territoire, sauf si ça cause des dommages à un autre État, s’il y a une violation de droits humains ou si ça va à l’encontre d’un accord spécifique.

Sébastien Jodoin, professeur adjoint à la Faculté de droit de l’Université McGill

Cependant, que l’Amazonie ne nous appartienne pas ne veut pas dire qu’on ne doive pas s’inquiéter de sa survie, soutient Oliver Salges, de Greenpeace Brésil.

L’Amazonie revêt une importance si cruciale pour atténuer les changements climatiques que tout le monde doit s’en préoccuper, estime M. Salges.

Un singe mange des fruits dans un arbre.

L'Amazonie compte quelque 30 000 espèces de plantes, 2 500 espèces de poissons, 1 500 d’oiseaux, 500 de mammifères, 550 de reptiles et 2,5 millions d’insectes.

Photo : Getty Images / Evaristo Sa

En plus d’être un des principaux stabilisateurs climatiques de la Terre, l’Amazonie abrite une biodiversité unique au monde.

Déjà, la déforestation atteint un niveau critique, à environ 20 % du couvert forestier. Selon une récente étude, si elle atteignait de 20 à 25 % de la forêt, cela représenterait un point de non-retour pour certaines zones de l’Amazonie, dont l’écosystème deviendrait celui d’une savane plutôt qu’une forêt tropicale.

Comment mieux la protéger?

Les feux qui brûlent en Amazonie sont causés par des agriculteurs qui utilisent cette technique traditionnelle pour défricher les terres afin de mieux les cultiver ou en faire des pâturages.

S’ils sont une partie intégrante du problème, les fermiers pourraient aussi faire partie de la solution, pense Eduardo Souza-Rodrigues, professeur à l’Université de Toronto, qui a étudié des mécanismes visant à dédommager les agriculteurs afin d’empêcher la déforestation.

Les fermiers qui occupent des lopins de terre en Amazonie ne peuvent en exploiter qu’une petite partie, soit 20 %. Le reste doit être conservé dans son état naturel. Mais tous ne respectent pas ces règles.

Pourtant, il ne serait pas difficile de les convaincre de le faire, si on choisissait de les payer pour ne pas déboiser plutôt que d’imposer des amendes une fois les arbres coupés.

Vue aérienne d'une zone déboisée dans les environs de Boca do Acre, au Brésil.

La déforestation au Brésil a bondi de 67 % en 2019.

Photo : Getty Images / LULA SAMPAIO

C’est qu’il n'est pas simple de mener des activités agricoles en Amazonie, raconte M. Rodrigues-Souza. Outre la piètre qualité des terres et le manque d’ensoleillement, il est compliqué d’acheminer les récoltes, puisqu’il y a peu de routes et qu’elles sont en mauvais état. 

Les petits producteurs ne font donc pas beaucoup d’argent et seraient très réceptifs à l’idée d’une compensation économique pour conserver le carbone stocké dans le sol.

Le président Bolsonaro et ses partisans argumentent également du fait que le Brésil a le droit de se développer comme bon lui semble, ainsi que l’ont fait avant lui ceux qui le critiquent maintenant.

Mais il est faux d’affirmer que le Brésil a besoin de couper la forêt amazonienne pour poursuivre son développement, affirme Oliver Salges, de Greenpeace Brésil. Beaucoup d’agriculteurs ont mis au point des techniques plus sophistiquées pour augmenter le rendement par hectare en intensifiant la production plutôt que de l’étendre en utilisant plus de terres, précise M. Salges. On peut le faire d’une façon durable.

Pour protéger la forêt amazonienne, il va falloir bien plus que les 20 millions de dollars proposés par le G7, indique Martin von Hildebrand, à la tête de la Fondation Gaia Amazonas.

Celui qui milite depuis des années pour la création d’un corridor allant des Andes à l’Atlantique reconnaît sans détour la souveraineté du Brésil sur sa section de la forêt amazonienne. Mais être le propriétaire d’un territoire implique une responsabilité, soutient M. von Hildebrand, celle de le protéger.

Le projet de corridor écologique et culturel Triple A (Andes-Amazonie-Atlantique) prévoit la création d’une zone protégée dans la section de la forêt amazonienne mieux conservée, au nord du fleuve Amazone, qui couvre environ 260 millions d’hectares.

La forêt tropicale amazonienne est vitale pour maintenir le cycle de l'eau dans toute la région. Elle est à l’origine des précipitations dans les Andes, en Amérique du Sud et jusqu’aux États-Unis.

C’est pourquoi le Brésil a besoin d’aide pour la sauvegarder, affirme Martin von Hildebrand. Pas seulement des États, mais également des entreprises qui en bénéficient, comme les grandes sociétés brassicoles ou les multinationales qui produisent des boissons. Elles doivent, elles aussi, contribuer à préserver cet écosystème, croit M. von Hildebrand, notamment en finançant la protection de la forêt.

Tous les pays de la région de l’Amazonie devraient avoir des ressources et un appui technique pour protéger la forêt. Il y a une responsabilité de conservation, mais c’est une obligation que nous avons tous.

Martin von Hildebrand, de la Fondation Gaia Amazonas

Les pays de la région amazonienne se sont réunis le 6 septembre à Leticia, en Colombie, afin de coordonner leurs efforts pour mieux protéger la forêt. Le sommet n’a toutefois abouti sur aucune mesure concrète. Jair Bolsonaro était absent pour des raisons médicales.

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