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Richard Martel : du banc à l’arrière-ban

Richard Martel

« Je capote sur ma circonscription. Je suis avant tout un Chicoutimien. J’ai un sentiment beau et fort de représenter les gens de chez nous », répète le député, qui affirme ne s’être jamais senti aussi « connecté » avec la réalité des régionaux.

Photo : Radio-Canada / Mélyssa Gagnon

Mélyssa Gagnon

« La politique, c’est un rythme semblable au hockey, mais c’est encore plus exigeant parce qu’on est partis plus longtemps. »

Lorsque l’ex-gardien de but de la Ligue de hockey junior majeur du Québec (LHJMQ), Antoine Tardif, a appelé Richard Martel pour le convaincre de se lancer en politique sous les couleurs du Parti conservateur du Canada (PCC) à l’occasion d’une élection partielle, l’ancien entraîneur était à une étape de sa vie où il avait besoin d’un nouveau défi.

Mais avant de dire oui, celui qui fut longtemps surnommé « le Roi Richard » avait besoin de savoir si le boulot était taillé pour lui et vice-versa.

Le candidat du Parti conservateur du Canada dans Chicoutimi-Le Fjord, Richard Martel

Antoine Tardif a convaincu Richard Martel d'être candidat pour le Parti conservateur du Canada dans Chicoutimi-Le Fjord.

Photo : Radio-Canada

À l’approche de la campagne électorale fédérale, nous vous proposons un regard sur le travail des trois députés de la région.

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Quand j’embarque dans quelque chose, j’embarque à 100 %. Avant de m’embarquer dans la partielle, j’ai demandé à participer à des rencontres du caucus québécois du parti à Ottawa pour voir c’était quoi être député. J’ai aussi eu des discussions avec ma femme, relève Richard Martel.

Enseignant de formation et ex-joueur de hockey, Martel a été coach des Saguenéens de Chicoutimi puis des Marquis de Jonquière avant de se tourner vers d’autres cieux.

Depuis son accession au titre de député de Chicoutimi-Le Fjord en juin 2018, les analogies entre le hockey et la politique fusent. Et pour cause. Le caractère abrasif, voire incisif de l’ancien coach, couplé à son regard perçant, ont été vus comme des qualités redoutables chez un parlementaire. On voyait en Richard Martel un homme qui se tiendrait debout devant l’adversaire, sans jamais flancher.

Élu avec une écrasante majorité et seul porte-couleur du PCC à avoir arraché un siège au parti au pouvoir (libéral) lors d’une partielle, Richard Martel revêtait les attributs d’un héros. De son propre aveu « battant » et « orgueilleux », le nouveau député n’avait pas l’intention de décevoir ses troupes. Il admet s’être mis au travail rapidement. Peut-être un brin trop ardemment, confie-t-il avec le recul.

C’est vraiment beaucoup d’étude au début. Tu dois connaître tes dossiers. Ils voulaient me mettre en avant-plan et j’ai été nommé au comité de la défense nationale. Quand je suis arrivé, il restait un an au mandat. Il a fallu que je mette les bouchées doubles et que je me revire sur un 10 cents. Même si j’avais une équipe pour m’aider, ça prenait beaucoup de débrouillardise, explique celui qui accorde énormément de crédit à ses collaborateurs, particulièrement à son bras droit et directeur de bureau de circonscription, Marc-Olivier Fortin, 27 ans.

Marc-Olivier Fortin et Richard Martel

Richard Martel reconnait le travail de son équipe, dont son directeur de bureau de circonscription Marc-Olivier Fortin.

Photo : Radio-Canada / Mélyssa Gagnon

« Si tu te lèves à 8 h, t’es mort »

Vingt-quatre heures dans une journée ne suffisaient pas à Richard Martel, qui plongeait corps et âme dans chaque dossier jusqu’à en extraire le fin détail et en retracer l’historique. À bout de souffle, il a dû ralentir la cadence.

Je voulais tout apprendre trop vite. Il a fallu que j’apprenne à mieux gérer mon temps. J’allais trop profondément dans les dossiers, je creusais trop loin. Dans le cas du remplacement des F-18, par exemple, je retournais presque jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale. On est orgueilleux, on veut performer et régler des dossiers. Je suis un gars de résultat, image le député, qui dit avoir gagné de l’assurance au cours des derniers mois.

Cette gestion optimisée du temps a aussi mis la table à l’adoption d’un horaire de travail rigoureux et d’une routine réglée au quart de tour.

Je pars à 5 h 30 le lundi matin et je reviens à Chicoutimi à 22 h le vendredi soir. Quand je suis à Ottawa, je me lève à 5 h 15 et je suis au bureau à 6 h 15. On commence par la revue de presse pour se mettre au courant des dossiers. En politique, si tu te lèves à 8 h, t’es mort, constate le politicien.

Parmi les défis propres au rôle de député figurent notamment les relations avec les journalistes. À ce sujet, Richard Martel dit en avoir appris beaucoup, tant en matière de préparation qu’en ce qui a trait aux « pièges potentiels » qui pourraient lui être tendus.

Je suis rendu que je connais mes journalistes. L’important, c’est de maîtriser ton sujet et ton contenu. Il faut aussi se positionner et ne pas avoir peur de se mouiller, laisse-t-il tomber, la voix posée et le regard franc.

Richard Martel précise du même souffle qu’il n’aurait jamais pensé délaisser un jour les bulletins du Réseau des sports (RDS) au profit de ceux du Réseau de l’information (RDI).

Prendre tout à cœur

Comme tout bon sportif, le natif de Chicoutimi-Nord prend tout à cœur. Celui qui se définit comme un député du peuple, à l’écoute de son monde, a trouvé difficile de refuser certaines demandes d’aide financière formulées par des concitoyens ou organismes de sa circonscription.

Un député, c’est une personne comme une autre, mais qui est prête à aider son monde. Au début, je voulais donner [de l’argent] à tout le monde qui venait m’en demander. Ils ont dû m’arrêter. Ce que je trouve parfois difficile, c’est que les gens me disent : “T’es un battant, on te fait confiance” et des fois, je me mets un peu de pression. Je prends tout à cœur et je ne veux pas décevoir les gens, exprime-t-il.

En période estivale, entre une partie de golf et la préparation d’une poêlée de riz libanais, une recette transmise par sa mère et devenue sa spécialité, Richard Martel gagne du terrain. Il se promène aux quatre coins de sa circonscription pour aller à la rencontre des électeurs et pour poser un regard neuf sur certains joyaux du territoire qu’il représente, comme le Bas-Saguenay par exemple. Il en profite aussi pour prendre du repos et passer du temps à la maison avec sa conjointe, Annie.

J’ai hâte à la campagne, mais ça ne changera pas vraiment grand-chose parce que je suis déjà partout. La seule chose qui va changer à partir de la fin août, c’est qu’il va y avoir des débats et des annonces du chef, signale celui qui ressent la pression inhérente à une campagne électorale, mais qui en tire une bonne dose d’adrénaline.

De la chambre à l’antichambre… libérale!

Richard Martel ne fait manifestement pas dans la nostalgie, lui qui a vu les Saguenéens de Chicoutimi à l’œuvre seulement deux fois au cours de la dernière saison. Le hockey le passionne toujours, mais pour l’ex-sportif, le jeu se joue dorénavant dans l’arène politique. C’est du moins à cet endroit que le « Roi » a décidé, pour l’heure, de placer tous ses pions.

L’an dernier, peu après son entrée au Parlement, Richard Martel a fait rigoler ses collègues en entrant aux Communes par l’antichambre des libéraux par inadvertance.

Les gens me connaissaient déjà à cause du hockey et criaient : ‘’Eille le coach, tu t’es trompé de bord!’’, se souvient le politicien avec humour. 

Richard Martel croit aussi s’être fait remarquer à Ottawa pour son audace.

Moi, quand j’ai affaire à un ministre, je l’attends à la porte. Si j’ai affaire à [Chrystia] Freeland ou à [Marc] Garneau, je me présente à leur porte. Rien ne m’intimide. Ils trouvent ça drôle, pointe-t-il.

Il assure qu’il ne regrette ni d’avoir fait le saut au fédéral ni d’avoir jeté son dévolu sur les conservateurs. À quelques jours du passage du chef Andrew Scheer en région, en marge de la Traversée internationale du Lac-Saint-Jean, Richard Martel faisait à nouveau sa profession de foi envers la formation de centre droit, laquelle, dit-il, prône des valeurs qui sont siennes.

Je trouve que les gens ne savent pas assez ce qu’on fait. Un député, ça participe à des débats et ça discute d’enjeux internationaux. Il y a des décisions incroyables qui se prennent à Ottawa. Par contre, ton premier rôle, c’est d’être député de ta région. Il ne faut jamais oublier ça.

Richard Martel, député conservateur de Chicoutimi-Le Fjord

Laisser un legs

Citant une rencontre marquante avec le général à la retraite Roméo Dallaire et une visite des troupes canadiennes en zone de conflit au Mali, Richard Martel explique que de nombreux éléments lui ont permis de se faire une tête quant à ses aspirations politiques au cours des 12 derniers mois. Il aimerait certes que son parti soit porté au pouvoir le 21 octobre prochain. Cela dit, quelle que soit l’issue du scrutin, l’ex-entraîneur souhaite continuer d’agir comme député, un rôle qu’il estime noble, mais méconnu.

J’aimerais être au pouvoir, bien sûr. On serait fiers en tabarouette! Moi, je fais le travail. Quand ça va aller voter, je vais lever la tête pour regarder le résultat […] Il faut se sentir privilégié, affirme-t-il.

Saguenay–Lac-St-Jean

Politique fédérale