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analyse

Brexit : trois claques au visage pour Boris Johnson

Boris Johnson parle à la Chambre des communes.

Le premier ministre britannique, Boris Johnson

Photo : La Presse canadienne / AP/PA/Chambre des communes

François Brousseau

À peine arrivé au pouvoir, le nouveau premier ministre britannique Boris Johnson a reçu coup sur coup, mardi et mercredi, trois claques en plein visage pour son baptême parlementaire comme chef du gouvernement.

En un peu plus de 24 heures, il a perdu successivement un vote qui redonnait au Parlement le pouvoir d’initiative législative, et puis un second pour lui refuser le mandat de faire le Brexit coûte que coûte, fin octobre, y compris sans accord avec Bruxelles, celui qu’on appelle le « Brexit dur ».

Enfin, mercredi soir, l’ironie ultime : alors que l’opposition réclame à cor et à cri, depuis des mois, la dissolution de la Chambre, et qu’elle a même déjà essayé en vain de faire tomber Theresa May avant lui, eh bien cette fois elle a dit non. Non à la requête du premier ministre qui – armé de sondages pas trop mauvais pour lui – désirait soudainement des élections au plus vite, avant la date fatidique du 31 octobre.

Une précipitation suspecte

L’opposition a dit non parce que, entre autres, une telle précipitation lui paraissait suspecte. S’il avait obtenu le vote du Parlement pour dissoudre et convoquer des élections générales – les troisièmes en un peu plus de quatre ans – Boris Johnson aurait pu court-circuiter la législation votée la veille (anti-Brexit dur), avant qu’elle soit confirmée à la Chambre haute, puis signée par la reine.

Depuis 2011, une loi sur les scrutins à date fixe est en vigueur au Royaume-Uni. Pour avancer la date des élections, il faut désormais un vote du Parlement aux deux tiers. Le premier ministre n’a donc plus entre ses mains, comme avant, la carte de la dissolution au moment de son choix.

Dans l’hypothèse d’une réélection, Boris Johnson espérait imposer de force son Brexit sans conditions, après trois années de tergiversations, d’impasses, de partis politiques qui explosent, d’un pays au bord de la crise de nerfs, et d’un parlementarisme devenu la risée du monde entier.

Le drapeau de l'Union européenne et le drapeau britannique brandis devant la tour Big Ben.

Les parlementaires britanniques ont refusé d'accorder le mandat à Boris Johnson de faire le Brexit coûte que coûte, à la fin d'octobre.

Photo : Reuters / Tom Jacobs

L’espoir de rassembler les radicaux

Ce Brexit « pur et dur », un gros tiers de la population britannique (35-40 %), surtout dans les classes populaires, le réclame et n’en peut plus de tous les reports depuis le vote de juin 2016, où 52 % s’étaient prononcés pour le divorce.

Or, le calcul de Boris Johnson est le suivant : avec un gros tiers des appuis, sur une position radicale, il espère avec le scrutin uninominal à un tour obtenir une majorité de sièges.

Mais le Parlement actuel lui a refusé cette faveur, du moins d’ici la fin octobre. Clairement, le premier ministre, devenu minoritaire au Parlement, ne contrôle plus les événements.

Il n’est pas sûr, pour autant, que cette situation profite vraiment à l’opposition. En cette fin d’été 2019, le paysage politique britannique est tellement éclaté, la rancœur et le négativisme sont si généralisés, que personne ne peut plus rassembler de majorité sur quelque projet positif que ce soit.

Dit autrement : « Tout le monde peut bloquer tout le monde. »

Selon la grande firme YouGov (un sondage diffusé le 29 août), les conservateurs sont à 33 % des intentions de vote, les travaillistes à 22 % (avec Jeremy Corbyn, leader d’une gauche radicale qui effraie beaucoup de monde), les libéraux-démocrates (le seul parti à 100 % pro-européen) à 21 % et le Brexit Party de Nigel Farage à 12 % (allié potentiel des conservateurs « radicalisés », mais pour qui Johnson n’est pas un partenaire fiable).

Un homme sort de son domicile et s'apprête à se diriger vers le Parlement britannique.

Le chef du Parti travailliste de Grande-Bretagne, Jeremy Corbyn

Photo : AFP / Isabel Infantes

L’Europe entre exaspération et intransigeance

Et puis il y a le reste de l’Europe qui, devant le triste spectacle britannique, oscille entre incrédulité, exaspération et intransigeance.

À supposer, par exemple, que la loi votée mercredi, qui refuse en principe le « Brexit dur » et oblige le premier ministre à demander à Bruxelles un nouveau report de trois mois, soit promulguée... il se peut très bien que Bruxelles refuse de continuer ce « jeu de fous » sans fin. La loi en question deviendrait alors une incantation en l’air, un simple souhait sans aucun effet.

Dans ce cas, le couperet tomberait quand même le 31 octobre au soir, avec, du jour au lendemain : tarifs douaniers, frontières fermées, ruptures d’approvisionnements, etc. Ce n’est pas sûr, mais c’est possible.

Du côté européen, dans plusieurs capitales, on répète officiellement que cette éventualité est de plus en plus crédible, et on se prépare en conséquence, avec des fonds spéciaux mis de côté.

À moins qu’un improbable « accord nouveau » ne sorte du chapeau de M. Johnson et que – plus improbable encore! – il soit très vite avalisé par le Parlement et aussi par les Européens.

Mais là, on est dans le domaine de la science-fiction.

Theresa May regarde devant elle au Parlement.

L'ancienne première ministre de la Grande-Bretagne, Theresa May

Photo : Reuters / Reuters TV

Un autre vote sur l’accord de Theresa May?

Dernière possibilité, qui n’est peut-être pas si absurde : le retour de la « version Theresa May », qui après trois échecs au Parlement britannique au début de l’année, ressortirait de terre comme un zombie!

Après tout, les Européens n’ont cessé de répéter aux Britanniques que, pour eux, il n’y a jamais eu que ça sur la table – l’accord de novembre 2018, signé à l’époque par les exécutifs à Londres (Theresa May) et à Bruxelles, aussi appelé « Brexit doux » – et que cet accord n’est pas renégociable, malgré tout ce que peut raconter Boris Johnson.

Mercredi, dans l’effervescence d’une journée folle à Westminster, un fait est passé inaperçu : le Parlement a adopté la possibilité de voter pour une quatrième fois sur l’accord « Theresa May » !

Dans l’arrière-ban conservateur où elle avait pris place (elle est toujours députée… discrète et fidèle), Mme May, véritable revenante, avait le sourire aux lèvres. Et si, même après sa « mort politique », elle avait le dernier mot? Là, elle pourrait vraiment mourir de rire…

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