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Cinq questions pour comprendre le débat démocrate de ce soir

Les 10 candidats participant au débat sur la scène, sur laquelle on voit les mots « débat démocrate » et le logo de NBC News.

Le deuxième débat démocrate a réuni sur une même scène 10 candidats, dont quatre des cinq meneurs de la course.

Photo : Getty Images / Drew Angerer

Sophie-Hélène Lebeuf

Pour la première fois depuis le coup d'envoi des débats, cet été, les 10 meneurs de la course à l'investiture démocrate seront réunis sur une même scène. Petit guide pour mieux comprendre cette soirée, au cours de laquelle le premier duel Biden-Warren est particulièrement attendu.

La troisième ronde des débats démocrates se déroulera de 20 h à 23 h HAE sur les ondes d'ABC News et Univision depuis la Texas Southern University, à Houston.


Quels candidats s’affronteront?

Dix des 20 candidats toujours en lice croiseront le fer :

Leur position sur la scène a été déterminée par les intentions de vote, les meneurs étant au centre et les autres, relayés vers les extrémités.

Faisant écho aux lignes de fracture de la formation, le débat verra les deux chefs de file progressistes, Elizabeth Warren et Bernie Sanders, encadrer Joe Biden, principal candidat modéré.


Quelle est l'importance de ce débat?

À moins de cinq mois du début de la saison des caucus et des primaires, l'heure n'est plus aux présentations, comme lors des débats de juin et juillet, signale le directeur du Center on American Politics de l'Université de Denver, au Colorado, Seth Masket.

Alors que ceux-ci avaient rassemblé 20 candidats répartis sur deux soirs, le Comité national démocrate (DNC) a resserré ses critères de qualification, et le bassin de candidats a été réduit de moitié avec comme résultat la tenue d'un unique débat.

Cela devrait donner des échanges beaucoup plus intéressants et substantiels, prédit M. Masket.

Plusieurs candidats dont les campagnes n'allaient nulle part ont été retranchés. Cela permettra de se concentrer sur ceux qui ont une chance de remporter l'investiture.

Seth Masket, directeur du Center on American Politics de l'Université de Denver, au Colorado

Les divergences entre les candidats seront d'autant plus apparentes que, cette fois, les 10 meneurs seront regroupés sous un seul chapiteau.

Les électeurs démocrates verront s'affronter pour la première fois l'ex-vice-président Joe Biden, grand favori dans les intentions de vote (avec 30 % d'appuis selon la moyenne des sondages), et la sénatrice Elizabeth Warren, qui s'est hissée au deuxième rang (avec 19 %).

Au centre de l'échiquier et perçu comme le mieux placé pour battre Donald Trump, le premier veut rétablir l'âme du pays, prônant en quelque sorte un retour à la normale. Figure de proue de l'aile progressiste de la formation, la deuxième, seule candidate à avoir connu une progression significative dans les sondages, propose de construire une Amérique qui fonctionne pour tous et non seulement pour les plus riches grâce à d'ambitieuses propositions.

Les démocrates pourront aussi comparer pour la première fois les deux aspirantes à la présidence les plus populaires, Mme Warren et la sénatrice Kamala Harris.


Comment le débat se déroulera-t-il?

D'une durée de trois heures – la plus longue jusqu'ici – le débat sera divisé en segments sur divers enjeux, qui n'ont pas été divulgués.

Les débatteurs disposeront de 1 minute et 15 secondes pour répondre aux questions des modérateurs et de 45 secondes pour répliquer à leurs adversaires et offrir des précisions lors des questions de relance, un chronomètre un peu plus généreux que lors des précédents débats.

Avec autant de joueurs en attente, le temps de parole de chaque candidat est limité. Ils devront donc se démarquer en peu de mots, souvent à coups de formules-chocs, pour retenir l'attention des médias et des électeurs.


À quoi doit-on s'attendre?

Photomontage de Joe Biden, les mains levées, et d'Elizabeth Warren, la main gauche en l'air, prenant la parole lors de précédents débats.

Joe Biden et Elizabeth Warren vont croiser le fer pour la première fois.

Photo : Reuters / Lucas Jackson

Joe Biden, qui conserve la position de tête depuis plusieurs mois, demeurera la cible de choix. Si un candidat veut vraiment percer, il doit le faire tomber, résume Seth Masket.

Bien sûr, les candidats mettront en avant les politiques qu'ils souhaitent mettre en place et tenteront de se distinguer de leurs adversaires.

La campagne du meneur a déjà indiqué qu'il plaidera que le parti a besoin de davantage que des plans, une référence évidente à Elizabeth Warren, qui se distingue par ses nombreuses et audacieuses propositions et dit avoir un plan sur à peu près tous les enjeux.

Mais il faut aussi s'attendre à des attaques dépassant les propositions des candidats, comme celle qu'avait portée Kamala Harris contre Joe Biden, qui domine largement auprès de l'électorat afro-américain, sur la question raciale lors du deuxième débat de juin.

Ce type d'attaques symboliques est susceptible de susciter beaucoup plus d'émotions chez le public et chez les partisans potentiels, souligne M. Masket.

Si vous essayez d’attirer l'attention des médias, il est plus efficace d'attaquer Biden sur ses gaffes ou encore parler de choses symboliques que de mettre de l'avant des politiques spécifiques.

Seth Masket, directeur du Center on American Politics de l'Université de Denver, au Colorado

Les adversaires de l'ex-vice-président, réputé pour sa propension à commettre des gaffes, pourraient par exemple trouver des munitions dans un article du Washington Post ayant révélé que le récit émouvant qu'il a récemment raconté à propos d'un héros de guerre était en fait un amalgame de plusieurs histoires.

La pression s'exerce surtout sur les candidats qui se disputent la deuxième place – Elizabeth Warren, Bernie Sanders et peut-être Kamala Harris, estime Seth Masket. Ils doivent se distinguer les uns des autres et essayer de soutirer des appuis à Joe Biden.

Loin de se critiquer lors de leur débat de juillet, M. Sanders et Mme Warren, alliés politiques et amis, avaient affiché un front uni. Reste à voir si cette non-belligérance tiendra maintenant que la sénatrice du Massachusetts l'a devancé dans les sondages.

Les autres candidats qui connaissent un moins grand succès, comme Cory Booker ou Amy Klobuchar, n'ont plus beaucoup d'occasions devant eux, relève en outre M. Masket. Ils doivent attirer l'attention, soit en disant quelque chose de controversé, soit en critiquant un autre candidat.

Alors que le Texas accueille cette troisième ronde de débats, il faudra notamment surveiller les échanges entre les deux candidats originaires de cet État : en juin, Julián Castro avait vigoureusement critiqué Beto O'Rourke.


Quels enjeux devraient être débattus?

Parmi les objets apportés par les résidents d'El Paso pour rendre hommage aux victimes sur les lieux de la fusillade, perpétrée en août dernier, se trouvent des ballons en forme de cœur et une affiche avec le nom des victimes.

Les fusillades perpétrées à El Paso, au Texas, ainsi qu'à Dayton, en Ohio, et Odessa, également au Texas, au cours des dernières semaines devraient alimenter les débats.

Photo : AFP / Getty/Mark Ralston

Le réseau ABC n'a pas révélé les enjeux qui seront abordés.

Dans la foulée des trois fusillades qui ont fait des dizaines de morts, au Texas et en Ohio, depuis le mois dernier, le contrôle des armes à feu s'invitera à coup sûr dans les échanges. Depuis la fusillade survenue à El Paso, Beto O'Rourke a été particulièrement virulent dans ses attaques contre le président et les républicains, qui résistent aux appels en ce sens.

Les changements climatiques, thème sur lequel des militants ont réclamé en vain un débat distinct, devraient aussi trouver leur place. Sur le fond, tous s'entendent, mais les candidats affichent des ambitions et des échéanciers largement divergents, comme l'a révélé la récente assemblée publique de CNN.

Prioritaire aux yeux des électeurs, la santé devrait une fois de plus s'imposer parmi les thèmes. C'est l'une des principales lignes de fracture au sein de la formation, divisée entre les partisans d'un régime universel de santé, comme Sanders ou Warren, et ceux, comme Biden, prônant l'extension du système d'Obamacare grâce à une cohabitation, à divers degrés, entre les assurances privées et publiques.

Kamala Harris, qui a changé sa position sur cet enjeu, optant dorénavant pour une solution mitoyenne, prête le flanc aux attaques, avertit Seth Masket.

L'économie reste toujours incontournable, et il serait étonnant qu'il ne soit pas question des signes d'un ralentissement économique et de la bataille commerciale que mène le président avec la Chine.

L'économie est la seule question sur laquelle Donald Trump avait la confiance des Américains au cours des dernières années, rappelle M. Masket. S'il semble devenir vulnérable sur cet enjeu, les candidats vont évidemment chercher des moyens de l'attaquer.

« Je m'attends à ce que les modérateurs demandent aux candidats ce qu’ils pensent du comportement controversé de Donald Trump qui, à bien des égards, s’est accentué, dans ses positions et dans ses tweets, qu'on pense à la polémique sur les prévisions météorologiques [concernant l'ouragan Dorian] ou son attitude envers les immigrants et réfugiés climatiques », ajoute le politologue.

Corée du Nord, Iran, annulation d'une rencontre secrète avec les talibans, idée – avortée – d'acheter le Groenland ayant dégénéré en bisbille diplomatique avec le Danemark : les sujets de politique étrangère ne manquent pas.


Quand sera le prochain débat et qui y participera?

La quatrième ronde de débats aura lieu le 15 et peut-être le 16 octobre prochain.

Le Comité national démocrate a retenu les mêmes critères de qualification que ceux établis pour septembre : recueillir 2 % des intentions de vote dans 4 sondages approuvés depuis la fin juin et amasser des contributions de la part d'au moins 130 000 donateurs (dont 400 dans 20 États).

Les 10 débatteurs de ce soir bénéficient donc déjà d'un laissez-passer automatique pour la prochaine joute oratoire.

Un onzième candidat, le financier et philanthrope Tom Steyer, qui a raté la cible de justesse en septembre, est venu ajouter son nom à la liste cette semaine.

Comme le DNC limite à 10 le nombre de candidats par débat, sa présence forcera la tenue de deux débats en autant de soirs si aucun des débatteurs de ce soir n'abandonne la course d'ici là.

Ironiquement, il est possible qu'il y ait moins de candidats dans la course à la mi-octobre, mais davantage de débatteurs.

Les 9 autres candidats toujours en lice ont jusqu'au 1er octobre pour satisfaire aux conditions.

Depuis la première série de débats, cinq candidats ont jeté l'éponge.

Bannière vers notre dossier sur les candidats démocrates à la présidentielle de 2020

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