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Découvrez WeChat : un nouveau joueur sur la scène politique canadienne

Plan serré du logo de l'application WeChat sur un téléphone intelligent.

Selon Tencent, l'entreprise propriétaire de WeChat, plus d'un milliard d'utilisateurs se servent de l'application à travers le monde.

Photo : Radio-Canada / Mugoli Samba

Mugoli Samba

L’application chinoise WeChat compte plus d’un milliard d’utilisateurs à travers le monde, dépassant de loin Twitter et se rapprochant du géant américain Facebook. La forte présence d’une diaspora chinoise dans certaines circonscriptions canadiennes soulève la question : quel sera le rôle de WeChat et de cette diaspora numérique dans l’élection fédérale de cet automne?

Pour les candidats politiques, je crois que c’est un outil pour joindre [une] population [ciblée].

Leaf Alifu, Fondateur, EasyWeb Studio

Leaf Alifu est le fondateur d’EasyWeb Studio, une entreprise de Burnaby spécialisée en marketing visant la communauté chinoise grâce, entre autres, à WeChat. Une douzaine d’entreprises de ce genre existent dans le Grand Vancouver.

M. Alifu est également bénévole de temps à autre au bureau de circonscription Burnaby-Sud de Jagmeet Singh, chef du Nouveau Parti démocratique.

Leaf Alifu

Leaf Alifu est le fondateur d'EasyWeb Studio.

Photo : Source : Leaf Alifu

Il leur a offert de partager des invitations de portes ouvertes plus tôt cet été sur une page officielle, semblable à une page Facebook, dont il est le propriétaire. Burnaby Community News, comme il la surnomme en Anglais, dénombre plus de 6 000 abonnés. Il partage sur sa page des annonces de petites entreprises, des rappels de services tels que le ramassage de déchets, mais aussi des invitations de politiciens, peu importe le parti. Il dit toutefois s’abstenir de prendre part aux promotions liées à la campagne électorale fédérale.

Je bâtis cette plateforme pour aider ma communauté à comprendre que leur voix est plus importante qu’ils le savent, qu’ils le pensent, explique-t-il.

Il faut les laisser savoir comment nos élus peuvent les aider. Quand vous avez des problèmes, ces gens-là peuvent les résoudre.

Leaf Alifu, Fondateur, EasyWeb Studio

Des plateformes de ce genre existent dans les grands centres comme Toronto et Vancouver, explique-t-il.

Malgré le fait que des données quant au nombre d’usagers de WeChat au Canada ne sont pas disponibles, Leaf Alifu estime qu’au moins 60 % des Canadiens d’origine chinoise se servent de l’application. À Burnaby, le marketeur estime que 75 à 80 % des résidents de descendance chinoise se servent de l’application.

Pensez-y. À Burnaby, je crois que la population de résidents d’origine ethnique chinoise avec le droit de vote est d’environ 30 %. C’est géant comme groupe de personnes.

Les personnes d'origine ethnique chinoise représentent environ 20 % de la population du Grand Vancouver, selon le dernier recensement.

Florence Leung, agente chez Catalyst Agents, qui fournit des services de marketing WeChat, croit plutôt que 80 % des immigrants chinois se servent de l’application. Le candidat aux élections de la mairie de Vancouver, Ken Sim, s’est servi de ses services de marketing lors de sa campagne.

Que peut-on faire sur WeChat?

  • Messagerie instantanée entre contacts, comparable à Facebook ;

  • Groupes de discussion fermés pouvant contenir jusqu’à 500 membres, comparables à des groupes Whatsapp ;

  • Pages officielles, comparables à des pages Facebook ;

  • Transactions, comparables à PayPal.

Mais selon Fan Yang, chercheuse spécialisée en WeChat à l’université Deakin, l’une des différences majeures quant à l’application est le fait que ses messages envoyés par des comptes créés en se servant d'identifiants ou de numéros de téléphone chinois sont filtrés par le gouvernement chinois.

Fan Yang.

Fan Yang est chercheuse spécialisée en WeChat à l'université Deakin, en Australie.

Photo : Radio-Canada

Les messages contenant des mots-clés sensibles tels que « Tiananmen Square » disparaissent de discussions. Mme Yang dit que les messages créés par des utilisateurs de l'extérieur de la Chine ne sont pas filtrés, mais cette information n'a pu être confirmée.

Des débats sur la sécurité

En Australie, où vit Fan Yang, WeChat fait l'objet de grands débats quant à l'ingérence étrangère. WeChat a déjà été au coeur d’accusations d’ingérence étrangère au Canada. Pour Taylor Owen, directeur du Digital Democracy Project, un projet qui étudie l’utilisation de réseaux sociaux en vue des élections fédérales de cet automne, l’ingérence politique de tout genre demeure toujours sur son radar.

J’en suis inquiet et je crois que nous avons un écosystème médiatique qui est très vulnérable à la manipulation.

Taylor Owen, directeur, Digital Democracy Project

Plusieurs individus pourraient vouloir manipuler l’élection, que ce soit à l’international [...] ou des joueurs domestiques qui veulent simplement soit gagner une élection ou répandre de l’information au sujet de leur parti, explique-t-il.

Nous n’en avons pas fait assez pour limiter l’accès aux outils mêmes dont ils pourraient vouloir se servir pour [manipuler une élection].

Un homme se tient seul debout devant quatre chars d'assaut sur la place Tiananmen, à Pékin.

L'application WeChat filtre les messages qui contiennent des mots-clés considérés sensibles tels que des références aux évènements de « Tiananmen Square ».

Photo : Associated Press / Jeff Widener

Mais pour Paul Evans, directeur émérite de l’institut d’études asiatiques de l’université de la Colombie-Britannique, il ne faudrait pas exagérer l’importance de WeChat dans le processus électoral canadien.

Je ne crois pas que [WeChat] aura un impact ou une influence marquée [sur les élections fédérales].

Paul Evans, directeur émérite, Institut d’études asiatiques, UBC

Il croit plutôt qu’il s’agit d’un moyen de communication efficace pour joindre un public chinois.

Selon le bureau des Institutions démocratiques, le gouvernement du Canada a mis en place un plan solide pour protéger nos processus démocratiques contre les menaces d’ingérence étrangère à l’approche de l’élection générale de 2019. Il a entre autres investi 7 millions de dollars pour une initiative de citoyenneté numérique pour appuyer des programmes de connaissance numérique, médiatique et civique.

Ottawa a également passé la loi C-76 pour moderniser le processus électoral et, entre autres, protéger le Canada d'ingérence étrangère.

Cela concerne toutes les applications

Pour Leaf Aliu, marketeur spécialisé en WeChat, l’application n’est pas la seule qui fait face à un questionnement.

Même sur Facebook, [Mark] Zukerberg a été à la cour plusieurs fois, n’est-ce pas vrai? Alors... De nos jours, ce n’est pas certain à 100 % [...] Je ne suis pas technicien ou informaticien, donc ma compréhension de WeChat est simplement qu’elle facilite ma vie quotidienne.

Pour lui, l’application est utile puisqu'elle offre une ligne de communication directe avec sa communauté et lui permet de prendre part au processus démocratique du Canada.

Chaque vote compte. C’est ce qui fait du Canada un pays où il fait bon vivre.

Colombie-Britannique et Yukon

Politique fédérale