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Des erreurs troublantes dans les brevets de Joi Scientific, selon des physiciens

Deux professeurs dans leur atelier.

Deny Hamel et Alain Haché, tous deux professeurs de physique à l'Université de Moncton, ont tenté de percer la technologie utilisée par la compagnie américaine Joi Scientific.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Des professeurs de physique de l'Université de Moncton disent avoir trouvé des erreurs flagrantes dans les brevets de l'entreprise Joi Scientific, avec qui s'est associé Énergie NB dans son projet pour produire de l'électricité à partir d'hydrogène.

Deux professeurs de l'Université de Moncton, Alain Haché et Deny Hamel, ont sursauté lorsqu'ils ont lu les reportages sur le partenariat entre l'entreprise américaine Joi Scientific et Énergie NB.

Les deux physiciens sont très sceptiques face à l'entreprise américaine, qui affirme pouvoir extraire de l'hydrogène de l'eau de mer pour la production commerciale d'électricité.

Le problème c'est que cet hydrogène n'arrive pas gratuitement, il faut l'extraire souvent de l'eau [...] et donc ça coûte quelque chose pour aller chercher cet hydrogène-là, souligne Alain Haché. Toutefois, une fois qu'on l'a, c'est une façon d'emmagasiner de l'énergie de façon efficace, ajoute-t-il.

Les techniques connues permettent déjà de produire de l'électricité à partir d'hydrogène, mais pas de façon rentable puisqu'elles exigent elles-mêmes beaucoup d'énergie. C'est ce qui pousse les professeurs à se demander sur quelles données s'est fondée Énergie NB pour justifier son investissement de 13 millions de dollars dans Joi Scientific.

Ce qui est surprenant, c'est que les chiffres qui sont énoncés dans le brevet ne fonctionnent pas vraiment.

Alain Haché, professeur de physique à l'Université de Moncton

Les procédés de Joi Scientific sont entourés de mystère. Énergie NB a d'ailleurs signé avec elle une entente de confidentialité, ce qui en fait un secret industriel bien gardé.

Deny Hamel, professeur au Département de physique et d'astronomie  de l'Université de Moncton

Deny Hamel, professeur au Département de physique et d'astronomie de l'Université de Moncton

Photo : Radio-Canada / Émilie Pelletier

Moi, ce que j'aimerais beaucoup, c'est de voir quelles preuves Énergie NB a vu pour les convaincre d'investir dans cette technologie ici, affirme Deny Hamel.

Les deux professeurs voulaient percer ce secret. Ils ont décortiqué les brevets déposés Joi Scientific et disent avoir été perturbés par ce qu'ils ont trouvé.

Des erreurs troublantes

Alain Haché et Deny Hamel disent avoir trouvé cinq erreurs flagrantes dans les documents de l'entreprise américaine.

En sciences, on a un principe qui dit que les affirmations extraordinaires nécessitent des preuves extraordinaires. Dire qu'on peut produire de l'énergie à partir de l'eau, c'est une affirmation extraordinaire. Je m'attendais donc à voir un brevet écrit minutieusement et avec aucune erreur.

Deny Hamel, professeur en physique à l'Université de Moncton
Calculatrice

Calculatrice

Selon eux, le procédé utilisé par Joi Scientific semble être de l'électrolyse. Il s'agit de passer un courant électrique dans l'eau pour être en mesure de produire l'hydrogène recherché.

Rien de révolutionnaire, disent-ils.

Mais des détails dans les documents dérangent les physiciens. Premièrement, il semblerait que les unités de mesure utilisées par l'entreprise ne sont pas les bonnes. Dans les brevets, Joi Scientific utilise des watts, alors qu'en réalité, l'énergie se mesure en joules.

M. Haché et M. Hamel disent aussi avoir repéré plusieurs erreurs de calcul dans les équations de l'entreprise. De mauvais résultats seraient rapportés dans les documents officiels.

Ils affirment que des documents comme ceux de Joi Scientific ne seraient jamais acceptés dans une revue scientifique.

Les erreurs qui sont mises là, ce sont quand même des erreurs assez flagrantes. De niveau qu'on n'a pas besoin d'être un expert pour voir qu'il y a quelque chose qui ne marche pas.

Alain Haché, professeur de physique à l'Université de Moncton
Alain Haché, physicien à l'Université de Moncton.

Alain Haché, physicien à l'Université de Moncton.

Photo : Radio-Canada

Les professeurs restent prudents. Ils gardent l'esprit ouvert et se disent qu'il est possible que Joi Scientific ait réellement trouvé une technique révolutionnaire pour transformer l'eau de mer en hydrogène.

Toutefois, avec les constats qu'ils ont faits en étudiant les brevets, ils ne se sentent pas du tout rassurés.

Avec les renseignements de Michel Nogue

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