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Y a-t-il trop de touristes sur la planète?

Les places touristiques italiennes sont prises d'assaut par les visiteurs.

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

Yanik Dumont Baron

Vous l’avez peut-être remarqué lors de vos vacances estivales : certaines destinations sont submergées de touristes. Une situation particulièrement visible en Europe, le continent le plus visité. Ici, ils sont de plus en plus nombreux à se demander s’il faut limiter le nombre de voyageurs.

Ce n’est plus la ville des amoureux!, lance Thérèse Parisseaux avec un peu de regrets. Venise, une ville unique au monde, qu’elle visite depuis des décennies, n’est plus aussi romantique.

Cette Française sait toujours où aller pour retrouver un peu de calme dans la cité des Doges. Mais elle admet que l’ambiance est un peu gâtée par ces foules records. C’est sûr, j’aime moins quand il y a du monde...

Et du monde, il y en vient beaucoup à Venise. Plus de 30 millions de touristes chaque année. Soit 500 touristes pour chaque résident. L’équivalent de 2 milliards de visiteurs sur l’île de Montréal!

Chaque jour, le pont du Rialto est pris d’assaut par des centaines de visiteurs à la recherche du meilleur angle pour un égoportrait près du célèbre Grand Canal. Bien difficile de contempler la place Saint-Marc, tant le va-et-vient est constant.

Des touristes s'agglutinent sur un des ponts de Venise.

Une foule de touristes à Venise.

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

Une explosion mondiale

Il n’y a pas que Venise qui vit des jours surchargés. Lisbonne, Reykjavik, Phuket, Tokyo, des parcs nationaux d’Amérique du Nord. Un peu partout sur le globe, les destinations populaires sont prises d’assaut.

L’an dernier, 1,4 milliard de personnes ont visité un autre pays, selon l’Organisation mondiale du tourisme (OMT). C’est environ le cinquième de la population mondiale. Un nombre qui devrait bondir à 1,8 milliard d’ici 2030, d'après l’OMT.

Quantité de touristes sur la planète

  • 1950 - 25 millions
  • 1980 - 278 millions
  • 1990 - 435 millions
  • 2018 - 1,4 milliard (avec 2 ans d’avance sur les prévisions)
  • 2030 - 1,8 milliard (prévision)

La baisse des coûts du transport aérien explique en partie cette explosion du tourisme. Plusieurs viennent de pays émergents, comme de l’Inde ou de la Chine.

Internet facilite aussi les déplacements hors de son pays : l’accès aux cartes, aux recommandations et à des services de traduction rend l’expérience moins risquée.

Une guide touristique parle des problèmes de Venise

La popularité des plateformes de location d’appartements à court terme aide à réduire les coûts, ce qui augmente encore davantage le bassin de gens qui souhaitent visiter Venise sur une gondole.

Le tourisme est maintenant une industrie mondiale qui pèse lourd : 1600 milliards de dollars américains dépensés en 2017, selon l'OMT. L’équivalent de 10 % de toute la richesse générée sur la planète.

Deux touristes assis dans une gondole passent sous le pont des Soupirs.

Des gondoles dans un canal à Venise.

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

Une popularité à double tranchant

Il suffit de passer quelques minutes sur un des ponts qui enjambent les petits canaux pour constater que la Sérénissime est en quelque sorte victime de son succès.

Des visiteurs qui attendent leur tour pour prendre le même cliché au même endroit; des gondoles qui se suivent à la queue leu leu; les restes de pique-niques improvisés abandonnés par terre.

Clairement, Venise n’a pas été conçue pour y accueillir autant de gens. Ses infrastructures sont débordées. Et les visiteurs semblent parfois excédés, épuisés par l’expérience.

Des gondoles longent des murs de briques dans un quartier de Venise.

Des gondoles se suivent dans les canaux de Venise.

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

Même les fragiles fondations de la ville en souffrent, attaquées par les vagues des bateaux de croisière et la pollution provenant des moteurs de petites embarcations.

Le maire de la ville parle d’un patrimoine mondial en péril.

Les résidents en font aussi les frais. Beaucoup d’appartements ont été transformés pour accueillir des visiteurs qui paient plus cher; les boulangers ont fait place à des marchands de gelato.

En 40 ans, la population de Venise a fondu de moitié. Ceux qui restent ne sont plus assez nombreux pour faire vivre autant de fromagers et de bouchers. Ces commerces de proximité disparaissent lentement.

Les touristes ne vont tout de même pas manger [mes langoustines] crues dans la rue!, lance Gianni, poissonnier depuis plusieurs décennies au marché public de Venise.

Autour de lui, des étals inoccupés, des maraîchers offrant des souvenirs.

L'impact du tourisme à Venise vu par un poisonnier

Le poissonnier se plaint du nombre de clients qui diminue, de la difficulté à trouver des employés fiables. Mais pour autant, il n’en veut pas aux touristes.

Riche et pauvre, tout le monde a le droit de visiter. Il suffit que les personnes se comportent décemment et qu'elles respectent la ville.

Justement, avec le tourisme de masse, Venise a découvert qu’ils ne sont pas tous aussi respectueux. Certains jettent des déchets dans le canal, lance le jeune gondolier Jacomo. D'autres s’y baignent. Venise, ce n'est pas Disneyland... on ne peut pas faire ça!

Limiter ou interdire le tourisme?

Il n’y a pas qu’à Venise où les résidents sont excédés. Ceux qui habitent l’une des rues les plus photographiées de Paris n’en peuvent plus. Des manifestations antitouristes ont déjà eu lieu dans quelques villes d’Espagne.

Un peu partout, les autorités s’interrogent et réagissent de manière différente. Le nombre de visiteurs est dorénavant limité à Dubrovnik et à Cinque Terre, par exemple.

Ailleurs, on tente de développer des destinations de rechange, afin de mieux répartir le flot de visiteurs. Pas toujours facile. Au Louvre, par exemple, les responsables estiment que 80 % des visiteurs souhaitent surtout y entrevoir un portrait au sourire énigmatique...

À Venise, les énormes bateaux de croisière ne pourront plus circuler aussi près du centre historique. Et les visiteurs devront aussi payer une taxe pour visiter la ville.

Des touristes sur une place publique près de laquelle navigue un paquebot.

Des touristes à la place Saint-Marc, les bras bien tendus, prennent des photos.

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

Mais pas question d’interdire le tourisme ni d’en limiter le nombre. Après tout, Venise ne pourrait pas survivre sans tous ces visiteurs.

C’est un peu le défi qu’apporte le tourisme de masse : bien gérer ces flots de touristes, sans tuer la poule aux oeufs d’or.

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