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Premier du genre au monde, le Théâtre autochtone d'Ottawa lance sa saison

Muriel Miguel est assise sur une scène.

La metteure en scène Muriel Miguel, lors des répétitions de la pièce The Unnatural and Accidental Women, pour la première production du Théâtre autochtone du CNA, à Ottawa, le mercredi 28 août 2019.

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Radio-Canada

Le Centre national des Arts (CNA) d'Ottawa s’apprête à lancer la toute première saison de sa production Théâtre autochtone, intitulée Nos histoires guérissent.

Ce projet artistique inédit mettra en valeur des spectacles dans une dizaine de langues autochtones, en plus du français et de l'anglais. Sur les 11 productions de la saison 2019-2020, neuf sont écrites et créées par des femmes.

Le CNA prêche ainsi par l'exemple puisque le Théâtre autochtone est le premier du genre au monde.

Le lancement de la saison aura lieu le 11 septembre dans l’effervescence du festival Mòshkamo : le réveil des arts autochtones. Du théâtre, de la musique, des expositions, de la danse, du cirque d'Iqaluit, des causeries, des spectacles jeunesse et des marionnettes figurent dans cette riche programmation, qui proposera des spectacles jusqu’en juin prochain.

Entre excitation et fébrilité

Tandis que se rapproche la date fatidique de lancement, l'énergie bouillonnante et la fébrilité étaient palpables lors des répétitions de la pièce The Unnatural and Accidental Women, de Marie Clements, qui traite du sujet des femmes et filles autochtones disparues et assassinées. Un mélange d’excitation, de nervosité et peut-être même un peu d'incrédulité habitait la troupe.

Muriel Miguel, la metteure en scène de cette pièce, originaire de l’État de New York, de la Nation Kuna et Rappahannock, semblait cependant rayonner de joie parmi les membres de la distribution de la production inaugurale du nouveau Théâtre autochtone.

À 81 ans, la femme de théâtre, qui a reçu la bourse Guggenheim en 2016 et un doctorat honorifique de l’Université Miami en Ohio, n'aurait jamais pensé qu’un tel projet, qui rassemble autant de créateurs autochtones pendant une saison complète, puisse voir le jour dans un si grand centre des arts de la scène.

Il était temps, a-t-elle finalement lancé, en précisant participer à cette grande aventure avec un enthousiasme débordant.

Cinq comédiennes répètent sur scène.

Monique Mojica se produit avec d'autres membres de la distribution lors d'une répétition pour la première production du Théâtre autochtone du CNA.

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Celle qui a également été chorégraphe et actrice reste cependant concentrée et consciente des enjeux que le défi représente. Elle ne perd pas de vue l’idée que cette première pierre devra assurer la consolidation de la présence du Théâtre autochtone dans la capitale nationale.

Il est très important de faire en sorte que nous réussissions. Car faire en sorte que nous ne réussissions pas, c'est comme ça depuis toujours.

Muriel Miguel, metteure en scène de la Nation Kuna et Rappahannock

Tout au long de sa carrière, elle a notamment rapporté avoir évolué dans une industrie qui n'a consacré que peu de ressources à raconter des histoires autochtones.

Faisant figure de pionnière, Muriel Miguel a fondé la troupe de théâtre Spiderwoman Theater, basée à Brooklyn, en 1976, pour permettre aux femmes autochtones de s'épanouir sur scène. Une troupe qui est désormais considérée comme la plus ancienne compagnie de théâtre du genre en Amérique du Nord. Elle a également enseigné au Centre for Indigenous Theatre et créé une méthode novatrice d’interprétation basée sur la culture autochtone.

Une pièce-choc sur les femmes autochtones

Pour les membres du CNA, il est apparu comme une évidence de faire appel à l’expérience et au talent de Muriel Miguel pour la mise en scène de The Unnatural and Accidental Women, une pièce provocatrice écrite par la dramaturge Métis-Dene Marie Clements, il y a deux décennies.

Dans cette pièce, qui se déroule dans le Downtown Eastside de Vancouver, les esprits de dix femmes témoignent de la vie et de la mort de l'une et de l'autre alors qu'elles se réunissent pour soutenir Rebecca dans sa recherche de réponses sur sa propre mère, qui est partie en promenade et n'est jamais revenue.

Les comédiennes se meuvent sur scène.

Les répétitions avant le lancement de la saison le 11 septembre prochain.

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

À la suite d'une enquête nationale sur la tragédie des femmes et des filles autochtones disparues et assassinées et de la publication d'un rapport final plus tôt cette année,le moment pour revoir le travail de Clements semblait approprié, a notamment déclaré Kevin Loring, directeur artistique du Théâtre autochtone.

Marie écrivait sur cette question bien avant qu'elle ne fasse la Une des journaux nationaux, a-t-il défendu. Avec une saison qui célèbre tout particulièrement les femmes autochtones, on ne pouvait pas avoir une pièce plus forte que celle-ci.

Kevin Loring, qui est aussi dramaturge et comédien lauréat d'un Prix du Gouverneur général, a choisi Muriel Miguel comme metteure en scène peu de temps après avoir été embauché il y a deux ans pour présenter sur scène une vision audacieuse de la programmation autochtone.

Cette dernière avait joué deux fois tante Shadie, l'un des personnages de femmes assassinées, dans des versions antérieures de la pièce.

Muriel Miguel connaît donc bien les personnages et, selon elle, il est important de trouver un équilibre entre l'obscurité de l'expérience des victimes et un dialogue léger et humoristique.

Nous devons parler des esprits, nous devons parler de la façon dont tuer des femmes est vraiment lié aux familles. Mais si tu travailles avec les Autochtones, il faut que ce soit drôle.

Muriel Miguel

La programmation doit s'adresser à un auditoire autochtone, mais la longévité de ce théâtre dépendra aussi de l’attrait d’un public plus large.

En quête d’un auditoire diversifié

Bien que la saison inaugurale de septembre à mai attirera certainement de nombreux spectateurs curieux, la viabilité du projet se résume à un marché commercial qui n'a pas encore fait ses preuves.

Les mêmes abonnés qui achètent des laissez-passer de saison pour Shakespeare, Broadway et les ballets populaires vont-ils envisager d'investir dans le théâtre autochtone?

Le programme attirera-t-il des nouveaux arrivants qui, autrement, n'iraient pas au CNA

Dans les deux cas, Kevin Loring est convaincu que la réponse est oui.

Portrait de Kevin Loring.

Kevin Loring, directeur artistique du Théâtre autochtone du CNA.

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Tout public qui viendra sera ravi et impressionné. Je pense que le travail parlera de lui-même, a-t-il précisé.

Ce dont nous avons fondamentalement besoin dans notre société, c'est d'entendre ces voix.

Kevin Loring, directeur artistique du Théâtre autochtone du Centre national des Arts

Des billets à 15 dollars pour les communautés

Trois pièces de théâtre seront présentées en septembre, dont Mokatek et l’étoile disparue du Gatinois Dave Jenniss.

La production primée de Kevin Loring, Là ou le sang se mêle (Where the Blood Mixes), sur les effets des traumatismes causés par les pensionnats, sera également présentée en français et en anglais.

Le CNA s'est par ailleurs engagé à offrir aux auditoires autochtones des billets d'une valeur de 15 dollars à tous les membres de la communauté autochtone qui s'auto-identifient pendant toute la saison.

Certains spectacles comprendront également des « soutiens spirituels et émotionnels adaptés à la culture » sur les lieux.

Les organisateurs devraient ainsi entamer cette première saison en fanfare.

Le Moshkamo lancera les festivités

Le lancement du Théâtre autochtone coïncide avec le Moshkamo, un festival d'arts et de communautés autochtones proposant des ateliers, des expositions et des activités culinaires.

Ce festival se déroule du 11 au 29 septembre et s'inscrit dans le cadre des efforts déployés par le CNA pour faire connaître les activités de l'Orchestre.

Plusieurs musiciens autochtones parmi les plus célèbres du pays donneront des concerts, dont Buffy Sainte-Marie, Susan Aglukark ou encore Jeremy Dutcher.

Le chanteur est installé devant un micro, le bras levé, brandissant une plume.

Jeremy Dutcher, lors du gala du Prix de musique Polaris à Toronto le 17 septembre 2018

Photo : La Presse canadienne / Tijana Martin

Mais il est difficile d'ignorer que le Théâtre autochtone du CNA devra faire ses preuves pour s'assurer un avenir.

Le gouvernement fédéral a notamment refusé une demande de financement de 3,5 millions de dollars qui aurait permis de financer les saisons futures. Le CNA reste donc ouvert à des offres de partenariat ou de commanditaires.

L'art peut faire la lumière sur des questions difficiles d'une manière vraiment puissante qui dépasse l'intellect, croit cependant Kevin Loring, qui reste optimiste. Les histoires nous atteignent dans nos cœurs, et c'est comme ça qu'on change d'avis.

Sarah Laou avec les informations de David Friend

Avec les informations de CBC

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