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Décrochage scolaire : le défi particulier des enfants de familles immigrantes

Un adolescent est penché sur son bureau dans une salle de classe.

La plus récente étude de Statistiques Canada montre que le taux de décrochage des jeunes immigrants de 20 à 24 ans est de 3,5% pour ceux qui sont au pays depuis cinq à dix ans et de 1,7% pour ceux qui sont au pays depuis plus de dix ans.

Photo : Getty Images / Martin Bureau

Rose St-Pierre

Deux parcours scolaires attendent les jeunes de familles immigrantes : ils réussiront avec brio si leurs parents viennent tout juste de s’installer au pays, ou risqueront de décrocher, s’ils sont des Canadiens de première génération.

Ils viennent de s’installer au pays et doivent s’adapter à un nouveau système scolaire, ils sont parfois obligés d’apprendre à lire et écrire dans une nouvelle langue et occupés à se construire un nouveau groupe d’amis. Malgré tout, ces nouveaux Canadiens réussissent bien à l’école, souvent encouragés par leurs parents qui accordent une grande valeur à l’éducation.

Mais pour ceux nés au Canada, dont les parents ont auparavant immigré au pays, le parcours est plus épineux. Leurs parents combinent souvent plusieurs emplois pour suffire aux besoins de la famille et sont moins impliqués dans le parcours scolaire de leurs enfants.

C’est du moins ce qu’observe Maryse Bermingham, sociologue et consultante en diversité, qui soutient que le phénomène du décrochage est plus inquiétant chez les enfants issus de l’immigration qui sont nés au Canada, contrairement aux nouveaux élèves qui arrivent au pays à un très jeune âge.

Ce serait dû à un problème d’intégration des parents qui ne comprennent pas leur rôle, qui devraient participer de concert avec l’école dans la réussite académique déclare la sociologue. Pour eux, on vient avec la même idée que dans le pays d’origine, l’école c’est l’affaire de l’école […] et tout ce qu’on demande c’est de l’envoyer à l’école à l’heure et avec le matériel.

L’autrice de l’étude The Color of Poverty, qui s'intéresse à la question de la réussite scolaire, ajoute que ces lacunes dans l’accompagnement scolaire de la part des parents, nouvellement arrivés au pays, s’explique par des difficultés inhérentes au parcours d’intégration des nouveaux arrivants.

Ils ont un problème au niveau de l’employabilité. Des fois ils doivent cumuler deux emplois pour maintenir la famille et celle restée au pays, expose Mme Bermingham. Une situation, ajoutée à un manque de connaissance sur le système scolaire, qui complique l’implication des parents dans le parcours scolaire de leurs enfants.

Mais selon la sociologue, le personnel enseignant, hautement qualifié, manque aussi de connaissances et de formations en matière d’interculturalité pour intervenir auprès de ces jeunes plus à risque de décrochage. Ils ont très peu de formation à ce sujet ajoute-t-elle.

Une responsabilité parentale

Lorsque la fille de Julie Clark, nouvellement arrivée au pays et mère de deux enfants, a eu des difficultés à l’école, la mère originaire du Libéria est tout de suite intervenue.

Mme Clark s’est tournée vers l’institution scolaire, pour établir un plan d’action en concertation avec l’enseignant afin d’aider sa fille à réussir sur les bancs d’école. Selon elle, il ne fait aucun doute: c’est aux parents d’agir pour éviter le décrochage de leur enfant.

Gros plan sur le visage d'une femme regardant la caméra.

Julie Clark, originaire du Libéria, est mère de deux enfants de 9 et 12 ans.

Photo : Fournie par Julie Clark

Ce sont les parents qui doivent faire un effort, même si ces parents sont eux-mêmes au coeur d’un parcours d’intégration souvent épineux, croit-elle. Le problème ce n’est pas l’enfant [...] c’est notre devoir d’aller à l’école et de voir ce qui ne va pas.

Selon Mme Clark, les adultes installés au pays qui n’ont pas d’enfants viennent généralement au Canada pour se trouver un meilleur emploi. Ils viennent ici pour obtenir un bon travail et [vont] à l’école pour améliorer leur statut social.

Pour ceux qui amorcent une nouvelle vie au pays avec leurs enfants, l’éducation des plus jeunes est leur priorité.

Mais dans les deux cas, selon Mme Clark, ce sont les parents qui doivent faire un effort pour que ces enfants puissent [réussir].

L'âge des enfants aussi en cause

Cinq jeunes filles discutent près des fenêtres de leur salle de classe.

Une étude de Statistiques Canada montre que le taux de décrochage des jeunes immigrants varie selon l'âge au moment de l'arrivée au pays. Jusqu'à l'âge de 9 ans environ, le risque d'abandon des études secondaires ne varie pas; par contre, chez les enfants arrivant après cet âge, le risque d'abandon des études secondaires augmente de façon claire et constante.

Photo : Getty Images / Sean Gallup

La plus récente étude de Statistique Canada, publiée en 2006-2007, montre que le taux de décrochage des jeunes immigrants de 20 à 24 ans est de 7 %, ce qui est inférieur à celui des jeunes Canadiens de naissance qui dépasse les 9 %.

Le faible taux de décrochage des immigrants tient sans doute, selon Statistique Canada, à la grande valeur que les immigrants, autant les jeunes que leurs parents, accordent à l'éducation.

Mais une autre catégorie de jeunes immigrants semble faire bande à part et être plus à risque de décrochage. Selon l’étude, ce profil distinct s’explique selon l'âge de ces enfants immigrants à leur arrivée au Canada.

Jusqu'à l'âge de 9 ans environ, le risque d'abandon des études secondaires ne varie pas en fonction de l'âge au moment de l'arrivée ; par contre, chez les enfants arrivant après cet âge, le risque d'abandon des études secondaires augmente de façon claire et constante.

Selon les conclusions de Statistique Canada, ces difficultés particulières s'expliquent par la courbe d’apprentissage d’une deuxième langue et le niveau qu’ils intègrent en arrivant dans le système scolaire.

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